Le Moyen-Orient est en « guerres ». Selon Benjamin Netanyahou, Israël mène une guerre sur sept fronts :
1. Gaza
2. La Cisjordanie
3. Le Liban
4. La Syrie
5. Iran
6. Le Yémen
7. L’Irak.
Ces fronts ne sont pas tous également actifs. Certains sont en ébullition, tandis que d’autres restent relativement calmes (par exemple, les relations entre Israël et l’Irak restent plutôt paisibles).
Concernant Gaza, la trêve en place est jugée fragile par de nombreux observateurs, d’autant que le Premier ministre israélien a exprimé sa volonté de poursuivre la guerre jusqu’à une « victoire totale », selon ses propres termes au lendemain du 7 octobre. Le déclenchement de ces conflits remonte à cette date, qui a entraîné une riposte d’Israël d’une violence extrême, causant environ 48 000 morts côté palestinien et 1 600 côté israélien. À ce jour, les hostilités se poursuivent.
Ce sont des guerres très spécifiques pour plusieurs raisons :
1. La spécificité des combattants
D’un côté, Israël possède une armée conventionnelle très puissante, dotée de l’arme nucléaire et d’un service de renseignement extrêmement efficace, comme l’a démontré son infiltration des réseaux du Hezbollah et de l’Iran. Israël fait preuve d’une grande détermination après le traumatisme du 7 octobre, qui a marqué profondément la société israélienne. De l’autre côté, on trouve des milices et des groupes armés autogérés, comme le Hezbollah, le Hamas, les Houthis et certaines milices irakiennes, qui ont parfois été impliquées dans les affrontements. Ces groupes disposent d’armements relativement sophistiqués : le Hezbollah possède des missiles à courte et moyenne portée fournis par l’Iran et fabrique de nombreux drones. Le Hamas, quant à lui, produit des roquettes et des drones, mais en quantité bien inférieure à ce que possède l’armée israélienne. Il s’agit donc d’une guerre asymétrique, où d’un côté il y a une armée conventionnelle et de l’autre, des milices qui compensent leur faiblesse par des pratiques terroristes et la prise d’otages.
Le Liban et la Syrie sont, bien malgré eux, impliqués dans ce conflit. Quant à l’Iran, il a joué un rôle plus actif après une provocation israélienne : l’assassinat d’Ismaël Haniyeh à Téhéran. Ces États sont devenus des acteurs involontaires de la guerre, contraints de prendre parti malgré eux.
2. La dimension exiguë du champs de bataille
La bande de Gaza, qui représente environ un tiers de la taille de l’agglomération parisienne, est le cœur de ce champ de bataille, mais ses impacts s’étendent au Liban, à la Syrie, au Yémen et à l’Iran, bien que ces prolongements soient plus ponctuels. Il y a également désormais des répercussions en Cisjordanie. C’est une guerre qui se déroule sur un terrain limité, mais dont les conséquences dépassent largement ce cadre, affectant Israël et la « communauté internationale ».
3. Utilisation de certaines pratiques par Israël : les assassinats ciblés
C’était une pratique ancienne et relativement rare, qui ne ciblait que des Palestiniens hors de la Palestine, des scientifiques iraniens ou des Palestiniens en Iran. Puis elle est devenue plus courante et sophistiquée, comme l’a démontré l’affaire des bipeurs et les attaques d’assassinats ciblés collectifs visant quasiment tous les cadres principaux du Hezbollah. Ce développement marque une évolution inquiétante d’une pratique jusque-là exceptionnelle. Elle se distingue également par l’ampleur des destructions. J’ai mentionné les 48 000 Gazaouis tués et 100 000 blessés, Gaza étant en grande partie rasée, avec environ 85 % de ses infrastructures inutilisables, y compris les écoles et universités qui ne peuvent plus fonctionner. Au Liban, des villages entiers ont été détruits, et même Beyrouth a subi les attaques israéliennes.
Les règles d’engagement de l’armée israélienne, qui entraînent ce que l’on appelle pudiquement les dommages collatéraux, sont telles qu’ils sont devenus si nombreux qu’ils ne peuvent plus être considérés comme tels. Plusieurs personnalités israéliennes ont souligné ce point. Cette situation est liée à la doctrine Eizenkot, du chef d’état-major israélien, qui estime qu’une riposte massive doit être menée chaque fois qu’une attaque provient d’un point précis, quel que soit le nombre de personnes présentes sur place. Il ne s’agit donc plus seulement de dommages collatéraux.
4. L’impuissance de la communauté internationale
Même lorsque les États-Unis s’associent à la communauté internationale pour condamner la situation et proposer des solutions, comme la Résolution 2735 du 10 juin 2024, soutenue et votée par les États-Unis, qui prévoyait un plan en trois phases, Israël ne l’a pas mis en œuvre. Curieusement, ce n’est que sous Trump que l’on a vu un début d’application de cette résolution. Israël a tenté de dissimuler ses actions auprès de Biden, tout en continuant à bloquer l’aide humanitaire et à attaquer le Liban, malgré les tentatives de dissuasion de l’administration Biden.
Trump souhaite la fin des combats, mais la solution qu’il envisage ne semble pas capable de régler le problème, comme le montre la vidéo qui montre que Gaza devrait se transformer en Riviera, ce qui relève de la provocation. Quant à la position future des États-Unis, elle reste floue. Vont-ils encourager l’expulsion des Palestiniens de Gaza ou de la Cisjordanie ? Accepteront-ils une annexion partielle ou totale des territoires palestiniens ? Le rejet catégorique du contre-plan par Trump ne laisse pas présager une solution sérieuse pour l’avenir des événements.
Tout ceci se fait avec des objectifs qui sont très flous.
Que cherche Israël ? Le Premier ministre israélien a évoqué une victoire « totale », mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Est-ce une éradication du Hamas et du Hezbollah pour garantir sa sécurité ? Ou est-ce la récupération des otages ? Cela ne semble pas être la priorité de Netanyahu. L’éradication des groupes semble difficile à réaliser. Le Secrétaire d’État, A. Blinken, a observé que le Hamas avait probablement recruté plus de combattants qu’il n’en avait perdu. La structure du Hamas reste intacte, malgré les événements. Quant au Hezbollah, bien qu’affaibli, il n’est pas éliminé. Ces deux groupes sont des écosystèmes bien structurés, à la fois politiques et sociaux, qui bénéficient de l’adhésion d’une part importante de la population, qu’il s’agisse des chiites du sud du Liban ou des sunnites palestiniens.
Quels sont les autres objectifs israéliens ? L’un d’eux est de garantir la sécurité du pays, en particulier celle de la population du nord d’Israël, où environ 80 000 personnes ont été évacuées en raison des attaques du Hezbollah. De même, une grande partie de la population libanaise a été forcée de fuir, bien qu’une partie soit revenue, mais de manière très limitée. Un autre objectif, exprimé par le Premier ministre israélien, est de remodeler le Moyen-Orient. Cependant, Israël ne semble pas être en position de réussir là où les États-Unis ont échoué sous l’administration de George W. Bush. Il semble aussi qu’il y ait un objectif sous-jacent, clairement visible pour l’opinion publique israélienne : plus la guerre dure, plus il y a de chances que Netanyahu échappe à la justice. Ce qui est inquiétant, c’est qu’Israël pourrait s’engager dans une guerre sans fin, accompagnée, si possible, d’une expulsion des Palestiniens. Cela risquerait de créer un climat de guerre prolongé, sans fin.
Concernant le Hamas, il semble que son objectif soit de se positionner comme le seul représentant légitime de la cause palestinienne, particulièrement après la généralisation des accords d’Abraham. Le 7 octobre pourrait avoir été déclenché en réponse à ces accords, renforçant l’idée du Hamas de se présenter comme l’alternative face à une Autorité palestinienne jugée décrédibilisée. Pour les Houthis, leur objectif est de se faire reconnaître sur la scène internationale, ce qu’ils ont réussi à accomplir en contrôlant les deux tiers du Yémen. Quant au Hezbollah, son but principal est de maintenir le contrôle du sud du Liban. Leur soutien au Hamas a été intermittent et relativement modeste. C’est principalement Israël qui a cherché à régler ses comptes avec le Hezbollah après le semi-échec de la guerre de 2006[1], également connue sous le nom de guerre des 33 jours, à l’issue de laquelle Hassan Nasrallah avait proclamé une « victoire divine ».
Va-t-on vers la fin de ces guerres ?
Comme nous l’avons observé, une accalmie provisoire a eu lieu, notamment avec l’obtention d’un cessez-le-feu au Liban en septembre dernier grâce à l’administration Biden. Cependant, la nouvelle administration américaine ne semble pas se sentir liée par cet accord, qui date de la période précédente. Malgré ce cessez-le-feu, Israël poursuit son occupation d’une partie du Sud-Liban, notamment les cinq zones stratégiques le long de la frontière avec Israël, et continue ses interventions en violation de l’accord, y compris à Beyrouth et Baalbek, qui sont des bastions du Hezbollah.
En Syrie, on constate que Tel Aviv continue d’étendre progressivement son contrôle sur le Golan syrien et insiste pour une démilitarisation totale de la zone, ainsi que du territoire compris entre Damas et la frontière jordanienne jusqu’à Deraa. Une exigence que le nouveau gouvernement syrien juge inacceptable.
Trêve de Gaza
La situation reste fragile et tout laisse à penser que les combats vont reprendre, comme l’ont indiqué le chef de l’armée israélienne et le Premier ministre, qui ont insisté sur la nécessité de « terminer le travail ». L’administration Trump semble prête à laisser faire. Une extension de la guerre vers l’Iran ? Jusqu’à présent, il n’y a eu que des échanges ponctuels. L’Iran a réussi à envoyer 300 missiles et drones au-dessus d’Israël, mais sans causer de dommages majeurs. En revanche, Israël, au-delà de l’assassinat d’Ismaël Haniyeh, a détruit une grande partie des défenses anti-aériennes iraniennes.
Israël ira-t-il plus loin ? Benjamin Netanyahou, depuis longtemps, cherche à cibler des sites iraniens sensibles, notamment les installations pétrolières et nucléaires. Cependant, il a été freiné par les États-Unis, dont le soutien logistique est crucial, que ce soit pour les bombes à haute pénétration, le renseignement ou le ravitaillement en vol. La situation est actuellement incertaine. Trump semble privilégier une pression maximale plutôt qu’une attaque directe contre ces sites. Ces éléments, combinés à d’autres facteurs, laissent penser qu’une extension de la guerre est quasi inévitable, avec des actions militaires qui pourraient entraîner un embrasement du Moyen-Orient.
Des Lueurs d’espoir
L’évolution de la situation en Syrie est particulièrement intéressante. La brutalité de la chute du régime de Bachar al-Assad a surpris tout le monde. Bien que l’armée syrienne ait été affaiblie depuis un certain temps, en juillet dernier, Bachar a pris conscience de l’épuisement de son armée et a sollicité l’aide de Vladimir Poutine en juillet 2024, qui a refusé. Cette brutalité peut être expliquée par plusieurs facteurs, notamment les conséquences indirectes de l’agression israélienne, qui a affaibli le Hezbollah, le retrait partiel des milices chiites par l’Iran, préoccupé par ses propres enjeux, et le désengagement militaire russe en raison de la guerre en Ukraine. Tous ces éléments ont contribué à la chute de Bachar, dont le régime est devenu de plus en plus vulnérable, une sorte de coquille vide. Finalement, il a suffi de quelques événements extérieurs pour faire disparaître cette coquille avec l’effondrement d’une armée minée par la corruption.
Quant au nouveau régime, l’apparition d’Ahmed al-Charaa, ancien jihadiste reconverti en homme politique, est particulièrement surprenante. Après 20 ans de carrière dans le jihad, il a abandonné son look de combattant pour adopter un costume trois pièces et une barbe taillée. Cette transformation physique s’accompagne d’une mutation idéologique. Certains se demandent si cela ne reflète pas un désir de se présenter comme un homme respectable, digne d’un soutien économique et financier. Pour l’instant, al-Charaa s’efforce de rassurer tout le monde, en multipliant les discours sur les élections, le dialogue, la protection des communautés, et la liberté d’expression, tout en insistant sur le fait que cela ne concerne pas les institutions. Il a également exprimé le souhait de voir les sanctions européennes et américaines levées, car elles ont provoqué des pénuries sévères en Syrie. Sa position est d’autant plus pressante, car avec le retrait iranien et l’arrêt des approvisionnements russes en pétrole et en céréales, la situation économique du pays est de plus en plus critique.
Cela explique en grande partie la dynamique politique observée du côté des pays occidentaux et arabes. L’administration Biden a effectivement réussi à alléger et suspendre certaines sanctions, notamment celles qui ont un caractère humanitaire et alimentaire. L’Europe a suivi la même voie, permettant ainsi un nouveau flux d’importations qui devrait pouvoir se développer. Cependant, ce nouveau pouvoir est profondément démuni en ressources financières. Manifestement, al-Charaa tente de jouer la carte de la diplomatie entre la Turquie et l’Arabie saoudite. La Turquie, qui a probablement joué un rôle important dans sa prise de pouvoir, semble avoir agi de manière stratégique. Il est difficile de dire si Erdogan a incité al-Charaa à se diriger vers Damas, ou si cela a été une initiative propre à ce dernier, mais il est certain qu’al-Charaa a reçu une neutralité bienveillante de la part de la Turquie. Quant aux ressources financières, elles devraient probablement provenir de l’Arabie saoudite, qui pourrait jouer un rôle clé. Il y a eu une visite officielle en Arabie saoudite, suivie d’une visite en Turquie, ce qui renforce cette hypothèse.
Des progrès sont à signaler. Par exemple, une conférence de dialogue a eu lieu, et elle s’est plutôt bien déroulée, bien qu’une absence notable ait été celle des Kurdes. Un nouveau gouvernement, qui devait normalement se constituer le 1er mars, est attendu. Cela pourrait être un bon signe, suggérant qu’il existe des tractations pour intégrer des personnalités qui ne sont pas directement liées à HTC. Cependant, ce futur gouvernement devra faire face à de grands défis. Tout d’abord, la Syrie reste complètement fragmentée, avec la présence de troupes étrangères dans plusieurs régions, principalement turques. Si les forces iraniennes et russes aient diminué leur présence, les Turcs demeurent un acteur clé. Une partie du territoire est toujours contrôlée par les Kurdes, qui disposent d’une armée assez importante, de 100.000 combattants qui refusent de s’intégrer dans l’armée syrienne, préférant conserver leur structure militaire en cas d’intégration. De plus, la région alaouite semble encore difficile à contrôler. Enfin, dans le sud, plusieurs milices importantes, dont des milices druzes, revendiquent une certaine autonomie et ne souhaitent pas s’intégrer dans l’armée syrienne.
Les choses avanceront lentement, marquées par de nombreuses incertitudes, notamment avec une levée progressive des sanctions. En ce qui concerne le retour des réfugiés, il y a eu environ 5 à 6 millions de Syriens en exil, répartis entre les pays voisins et plus loin, notamment en Europe, en particulier en Allemagne. Beaucoup d’entre eux sont des cadres. La question est de savoir s’ils reviendront. Certains se sont bien intégrés, notamment en Allemagne, où environ un tiers d’entre eux ont acquis la nationalité allemande. Cependant, il n’est pas certain qu’ils choisissent de revenir. Plusieurs pays de l’Union européenne, y compris la France, a pris des mesures pour garantir aux réfugiés syriens qui souhaiteraient retourner dans leur pays un statut de réfugié, à condition que leur séjour soit temporaire. Quant aux pays arabes, les Saoudiens, après une période de méfiance, semblent désormais accepter le nouveau pouvoir en Syrie. Mais qu’en est-il de la Russie et de l’Iran ? Ces deux puissances disposent d’une capacité de nuisance et semblent, pour l’instant, un peu en retrait. Cela dit, des négociations sont en cours pour que la Russie conserve ses deux bases stratégiques en Syrie, une maritime et une aérienne. Ainsi l’avenir est incertain. Pour l’instant, il n’y a pas véritablement d’alternative, d’où la position de soutenir ce nouveau pouvoir, à condition qu’il respecte certains critères, notamment en matière d’exclusivité. Je n’irais pas jusqu’à parler de démocratie.
Concernant le Liban, il y a quelques bonnes nouvelles. Le cessez-le-feu du 27 novembre 2024 et l’application de la Résolution 1701 devraient aboutir au retrait du Hezbollah au nord du Litani, accompagné du désengagement des installations militaires. La chute de Bachar al-Assad peut également être perçue positivement, car le nouveau régime syrien ne sera probablement pas aussi autoritaire que l’ancien. La situation politique au Liban s’est un peu débloquée avec l’élection de J. Aoun à la présidence et le choix de Nawaf Salam, ancien président de la Cour Internationale de Justice (CIJ), comme Premier ministre. Il a pu former un gouvernement, bien qu’il comprenne encore 4 ou 5 ministres proches du Hezbollah occupant des postes importants. Cependant, des problèmes structurels internes persistent, tels que la sécurité, le trafic de drogue, et une économie en faillite. De plus, le Liban reste gouverné sur des bases communautaires, ce qui continue de poser des défis majeurs.
Le fait que le Moyen-Orient connaît un basculement géopolitique complet
Si l’on examine la situation des différents pays et acteurs, on constate que certains pays sont dans un état de sinistre. Damas et Bagdad jouent un rôle majeur dans cette dynamique. En Syrie, la reconstruction prendra beaucoup de temps. En Irak, bien que le pays bénéficie de ressources financières considérables grâce à la production de pétrole, il se trouve coincé entre les États-Unis et l’Iran, avec une situation de fragmentation entre les communautés sunnites, chiites et le Kurdistan. Certaines voix s’élèvent pour que la communauté chiite devienne un État à part entière, mais cette question reste non résolue, surtout avec l’influence des milices soutenues par l’Iran.
Parmi les pays sinistrés, le Yémen fait face à une situation humanitaire catastrophique et est profondément fragmenté. La Libye est toujours coupée en deux, tandis que le Soudan continue de vivre sous l’emprise d’une guerre civile. Cependant, de nouvelles puissances régionales émergent, dont certaines non arabes, en plus d’Israël. La Turquie, avec un président ayant une politique extérieure active et parfois agressive, a développé son influence sur le Moyen-Orient arabe. L’Iran, bien qu’affaibli, reste un acteur clé, notamment parce que les États-Unis lui ont offert l’Irak sur un plateau en éliminant la menace de Saddam Hussein et en promouvant la démocratie, qui favorise la règle de la majorité, et donc les chiites en Irak, qui avaient longtemps été exilés en Iran et sont naturellement liés à ce dernier. Concernant les pays arabes, ce sont principalement les pays du Golfe qui ont gagné en influence grâce à leurs ressources financières considérables. Certains d’entre eux ont également mené une politique extérieure active, à commencer par l’Arabie Saoudite, qui a connu une rupture avec Salman, puis l’ascension de Mohammed ben Salmane comme prince héritier. Le Qatar et les Émirats Arabes Unis, notamment Abou Dhabi, ont eux aussi des ambitions de puissance et d’influence, qu’ils n’hésitent pas à utiliser, y compris sur le plan militaire.
Un dernier point à noter concerne le basculement des influences des puissances extérieures. Les États-Unis, depuis l’ère Obama et poursuivis sous Trump, ont opté pour un pivot vers le Pacifique, considérant la Chine comme la principale menace stratégique. Trump, tout en restant engagé au Moyen-Orient pour garantir la sécurité d’Israël, cherche à réduire l’implication américaine dans la région. L’armée américaine maintient encore une présence significative avec environ 40 000 hommes dans la région, mais l’objectif reste de se désengager progressivement.
De son côté, l’Europe semble largement hors-jeu, tandis que la Russie connaît un retour notable dans la région. Elle a réussi à s’implanter dans des pays où elle n’avait pas de relations particulières auparavant, notamment en Arabie Saoudite. Il existe désormais une concertation étroite entre la Russie et les pays producteurs de pétrole dans le cadre de l’OPEC+ pour gérer le marché mondial du pétrole. La Russie est également très présente en Libye, a renforcé sa présence au Yémen, et est revenue en Égypte. Bien qu’il y ait eu un échec avec le retrait de Syrie, la coopération Trump/Poutine semble permettre à la Russie de reprendre un rôle important au Moyen-Orient.
La Chine, quant à elle, est entrée par la voie économique et commence désormais à jouer un rôle politique au Moyen-Orient. La plupart des pays de la région ont la Chine comme premier client et fournisseur. Les ministères des Affaires étrangères arabes se réunissent régulièrement à Pékin sous présidence chinoise, et la Chine a réussi à utiliser habilement sa diplomatie pour normaliser ses relations avec l’Arabie Saoudite et l’Iran.
Le paysage du Moyen-Orient est en pleine mutation et continuera de changer, mais on ne sait pas encore dans quelle direction. Les problèmes structurels persistent, notamment la question palestinienne, qui a été négligée par Israël, notamment avec les événements du 7 octobre, mais aussi des questions comme la place de l’Iran, sa présence militaire, et la reconstruction de la Syrie. Enfin, la seule certitude qui demeure au Moyen-Orient est l’incertitude.
Notes
[1] Editor’s note: The 33-day war took place in the summer of 2006 following a border incident provoked by Hezbollah, with Israel declaring war on Lebanon. According to many sources and documents, the border incident was merely an ideal pretext to attack Hezbollah and attempt its destruction, as its military capabilities posed a threat to northern Israel.



