L’Union européenne à l’épreuve de l’Asie du Sud-Ouest ou la désintégration normative

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Voici quelques années encore, observateurs et chercheurs continuaient à explorer la « puissance normative » de l’Union européenne (UE). Taillée sur mesure pour cette dernière, cette notion se référait directement au moteur de l’intégration européenne – dépassement des conflits armés entre Etats membres grâce à un enchevêtrement d’intérêts mutualisés et traduits en autant de droits et d’obligations – ainsi qu’aux valeurs dont l’UE se revendiquait dans ses textes fondateurs et sa production discursive[1]. Pour sa politique étrangère, l’article 21 du Traité sur l’UE promettait de « promouvoir dans le reste du monde : la démocratie, l’État de droit, l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, les principes d’égalité et de solidarité et le respect des principes de la charte des Nations unies et du droit international ». 

Certes, la « puissance normative » européenne a toujours souffert de nombreuses incomplétudes dues entre autres aux divisions et divergences internes, à des intérêts autocentrés faisant, par exemple, souvent préférer le soutien à des régimes autoritaires ouverts à la coopération en matière de migration et de lutte contre le terrorisme plutôt qu’à leur remise en question[2]. Néanmoins, en de nombreuses circonstances, la « diplomatie déclaratoire » européenne se rattachait au droit et le rappelait, faute de s’y conformer. Or, depuis les attaques perpétrées par le Hamas palestinien en Israël le 7 octobre 2023, l’UE et l’essentiel de ses Etats membres se sont de plus en plus détachés des normes et valeurs prônées, y compris au niveau discursif, pour ce qui a trait aux dynamiques conflictuelles en Asie du Sud-Ouest[3]. Au point que la politique étrangère de l’UE est désormais méconnaissable, ressemblant à un attelage désordonné de diplomaties cautionnant de différentes façons et à divers degrés les violations et crimes perpétrés ici et là par leurs alliés. 

La cécité face aux dynamiques génocidaires[4] en Palestine

Premier soutien financier de l’Autorité palestinienne, l’UE était particulièrement bien placée pour observer, en particulier depuis la deuxième Intifada, les ravages de la colonisation et de la répression des Palestiniens à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, puis ceux de l’embargo quasi-total imposé à Gaza et émaillé d’« opérations » israéliennes, toujours terriblement létales. Malgré ces violations permanentes et la destruction récurrente d’infrastructures financées sur les deniers des contribuables européens[5], l’UE et ses États membres (EM) n’ont eu de cesse d’approfondir sans réserve leurs échanges et tous types de coopération avec l’Etat d’Israël. Au point que celui-ci est devenu l’Etat non-membre le plus étroitement arrimé à l’attelage européen bien que ses pratiques dans les territoires palestiniens demeurent en contradiction totale avec l’article 2 de l’accord d’association liant les deux parties[6]. 

Malgré leur connaissance non seulement des violations perpétrées par Israël mais aussi du caractère insoutenable de la situation des Palestiniens, les responsables européens ont unanimement réagi aux attaques létales du 7 octobre 2023 comme si elles intervenaient en dehors de tout contexte historique. Certes, l’émotion et la solidarité initiales avec Israël s’inscrivaient dans une logique de rejet de la violence. Mais, en décontextualisant et dé-historicisant les violences du 7 octobre, en acquiesçant par l’absence de tout volontarisme politique à des représailles militaires israéliennes tous azimuts[7], les Européens ont abandonné les valeurs et normes les engageant au titre de leurs propres Traités et des obligations découlant des différents corpus du droit international. 

Les déclarations faites par les responsables israéliens, et qui seront retenues pour étayer l’accusation de génocide portée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ)[8], n’ont amené aucune réaction européenne significative. Bien au contraire, les EM n’ont pas assumé les obligations leur incombant au titre de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide même après que la CIJ eut estimé dans son ordonnance de janvier 2024 qu’il était plausible qu’Israël soit en train de commettre un génocide à Gaza[9]. Ils n’ont non plus assumé celles découlant des mandats d’arrêts émis, quelques mois plus tard, par la Cour pénale internationale (CPI), la Hongrie allant jusqu’à « dérouler le tapis rouge à Nétanyahou »[10], pourtant visé par un mandat. Dans leurs relations avec l’Etat d’Israël, aucune mesure concrète n’a été prise[11] par l’UE et ses EM : les différentes dimensions de la coopération n’ont guère été affectées, tant au sein de l’UE que dans des contextes plus larges comme l’Eurovision ou les événements sportifs. Et cela en un contraste frappant avec les sanctions multidimensionnelles prises à l’encontre de la Russie après son invasion de l’Ukraine. 

Et pourtant, chaque jour, depuis le 8 octobre 2023, les violations de toutes les normes et valeurs prônées par l’UE dans l’article 21 de son TUE s’étalent devant le monde entier dans le premier « live-streamed genocide »[12] de l’histoire, avec un coût humain et matériel sans comparaison possible à l’ère moderne : meurtre de plus de 73.000 Palestiniens, dont près de 83% de civils[13] ; destruction quasi-complète de tout le bâti dans toutes ses déclinaisons (habitations ; hôpitaux ; écoles et universités ; lieux de culte et vestiges ; infrastructures sanitaires et civiles…)[14] ; embargo qui, selon les périodes, génère une insécurité alimentaire plus ou moins aiguë, voire une famine[15]. La vie de la quasi-totalité des Gazaouis est irrémédiablement bouleversée : pas une seule famille n’a été épargnée par la mort et la destruction. Gaza a été transformée par les Israéliens en un champ de ruines et de désespoir où près de deux millions de personnes tentent de survivre dans les conditions inhumaines[16]. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où la colonisation, la répression et la violence des colons ont atteint des niveaux sans précédent, le quotidien est à peine plus supportable. Près d’une centaine de prisonniers palestiniens sont morts depuis le 7 octobre 2023 dans les geôles israéliennes[17], qualifiées de réseau de camps de torture par l’organisation israélienne B’Tselem[18]. 

Malgré ces réalités que le « Plan de paix »[19] et le cessez-le-feu de Donald Trump n’ont presque pas modifié, l’Union européenne et l’essentiel de ses EM n’ont à ce jour pas condamné avec fermeté ces violations massives des droits humains les plus fondamentaux et ils n’ont adopté, à titre collectif ou national[20], aucune mesure décisive. Au contraire, les dirigeants européens ont cherché à contrer tous les efforts visant à leur faire respecter les obligations légales qui découlent des textes européens et internationaux. Ainsi, et malgré le caractère délétère de la situation en Palestine, le ministre allemand de Affaires étrangères, Johann Wadephul, justifiait en avril 2026 le blocage par son pays de toute mesure européenne contre Israël en assurant : « ‘Nous devons parler des questions cruciales avec Israël’« , mais « ‘cela doit se faire dans un dialogue critique et constructif avec Israël, c’est que nous défendons’ »[21]. Par ailleurs, les relations européennes avec le monde israélien des affaires, de l’armement[22], de la culture, de l’éducation ou encore de la recherche[23] continuent de prospérer alors que la vie de chaque Palestinien est mise entre parenthèses. De plus, l’immense majorité d’entre eux ont adopté, en contradiction avec les principes cardinaux de l’Etat de droit, des politiques répressives à l’encontre des soutiens des Palestiniens et cautionné, voire promu, des stratégies de réduction de ces soutiens au silence[24].

Le blanc-seing pour l’écrasement du Liban 

L’acquiescement aux politiques israéliennes au Liban est tout autant en rupture avec le droit international. 

Il fut un temps où les Européens réservaient au Liban, empêtré dans une guerre dite « civile » mais aux innombrables ramifications régionales[25], un soutien certain. Ce dernier n’avait jamais été assez loin pour contester, à la fin de la guerre civile, la double occupation, israélienne dans le sud, syrienne au nord et à l’est du pays. Néanmoins, les Européens, notamment la France, restaient au chevet libanais comme l’atteste par exemple le soutien apporté quand Shimon Peres, assurant l’intérim à la tête du gouvernement israélien après l’assassinat de Rabin, décide de lancer une opération dite « raisins de la colère » particulièrement meurtrière au regard des standards de l’époque[26]. Le ton commence à changer lorsqu’Israël décide de se retirer unilatéralement du Liban en 2000, dans un contexte d’impasse du processus de paix dans ses volets palestinien, syrien et libanais. Bien que le retrait n’ait rien réglé d’autre que l’occupation militaire du Liban sud, la communauté internationale, Européens en tête, a considéré que les compteurs repartaient à zéro, ignorant toutes les exactions subies en près de 22 ans d’occupation[27]. 

Dans un contexte régional marqué par la deuxième intifada ainsi que l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, la communauté internationale, emmenée par les Etats-Unis et la France, profite des premières élections présidentielles post-retrait israélien pour faire pression en vue d’un retrait de la Syrie et un désarmement du Hezbollah, seule milice ayant été autorisée à garder ses armes après la guerre pour résister à l’occupation israélienne. En résulte la résolution 1559[28] du Conseil de sécurité qui importe la polarisation régionale croissante au Liban et entraîne un regain de violence : assassinats politiques, dont celui de l’ancien premier ministre Hariri (février 2005)[29], paralysie du gouvernement et manifestations, etc. Début juillet 2006, en écho à ce qui se passe alors entre Israël et le Hamas, le Hezbollah capture des soldats israéliens à la frontière ; la réplique israélienne est totale : blocus ; bombardements intensifs à travers le pays, avec ciblage de tout type d’infrastructures civiles, et une destruction massive de la banlieue sud de Beyrouth. Là encore, les diplomaties notamment européennes réagissent rapidement et une issue est trouvée au travers de l’adoption de la Résolution 1701[30]. Celle-ci prévoit le renforcement de la FINUL et trois pays européens s’engagent à fournir d’importants contingents[31] : la France, l’Espagne et l’Italie. Cette force stabilisera la situation pendant 18 ans, malgré un contexte régional volatile et violent, marqué entre autres par l’accélération de la colonisation israélienne, le conflit en Syrie où les bras de fer entre Israël et le Hezbollah se délocalisent, les soubresauts dans l’Irak post-invasion américaine ou encore la guerre au Yémen[32]. Toutefois, aucune initiative diplomatique ne s’est attelée au règlement du conflit entre Israël d’une part, la Palestine et le Liban d’autre part. 

Au lendemain des attaques menées par le Hamas en Israël, le Hezbollah ouvre un « front de soutien » destiné à empêcher Israël de concentrer toutes ses forces militaires sur Gaza. S’enclenche un cycle d’attaques et de représailles de part et d’autre de la frontière israélo-libanaise. Du côté du Hezbollah, les frappes sont presque millimétrées au début, ciblant des positions militaires dans les territoires occupés par Israël et revendiqués par le Liban. Pendant près d’un an, l’initiative des montées de palier reviendra à Israël : dès les premières semaines, des civils tombent sous le feu israélien, tout comme des journalistes et des secouristes. Les assassinats ciblés par drones se multiplient, tout comme les frappes aériennes. En janvier 2024, un seuil est franchi avec l’assassinat, dans la banlieue sud de Beyrouth, d’un haut responsable du Hamas, Al Arouri[33]. Durant cette période et jusqu’à l’automne, les frappes israéliennes comptent pour près de 80% des échanges de feu de part et d’autre, et sont 25 fois plus létales[34].

A la mi-septembre 2024, le gouvernement Netanyahou décide d’une montée aux extrêmes : explosions des pagers puis de walkies-talkies, début d’un « carpet bombing » des régions à coloration chiite à travers le pays, et dès le 1er octobre opérations au sol. Si le Hezbollah réussit quelques actions marquantes, la campagne israélienne au Liban est dévastatrice pour ce dernier[35]. Pourtant, les Européens, Union et États membres, évitent dans leur immense majorité de condamner les frappes israéliennes et se contentent d’appeler à la retenue ou la désescalade[36]. En outre, tout comme à Gaza, ils laissent aux Américains le monopole de la sortie de crise. En effet, fin novembre 2024, une cessation des hostilités est négociée par une administration Biden sur le départ, en concertation avec l’équipe de Trump[37]. En apparence, l’on revient aux termes de la résolution 1701 avec, cette fois-ci, un engagement plus ferme côté libanais pour évincer les armes du Hezbollah du Sud-Liban. « Garantie » par un « mécanisme » dominé par les Américains et auquel la France est associée[38], la cessation des hostilités s’avère unilatérale : l’armée israélienne n’arrête pas ses opérations en territoire libanais. Après son retrait de l’essentiel des zones occupées (et complètement détruites) en février 2025, elle reprend de manière plus soutenue les assassinats ciblés, les frappes aériennes à travers le pays, ou des opérations plus ponctuelles : assassinats et enlèvements ; destructions d’infrastructures y compris civiles ; pulvérisation de glyphosate sur des terrains agricoles ; frappes contre des points frontaliers, la liste est longue[39]. Ainsi, au premier anniversaire de la cessation des hostilités, la FINUL dénombrait plus de 10.000 violations du côté israélien, le Hezbollah ayant, pour sa part, quasi-totalement cessé ses attaques[40]. Sans les reprendre au moment où, de manière unilatérale, Israël décide de frapper l’Iran en juin 2025[41].

Cela était d’autant plus problématique que deux personnalités fortement soutenues par la « communauté internationale » se retrouvaient aux commandes au Liban. De fait, le général Joseph Aoun, favori de Washington, Paris et Ryad, a été élu en janvier 2025 à la présidence de la république, tandis que Nawaf Salam, figure internationale fort respectée, se retrouvait à la tête du gouvernement[42]. Bien qu’ils se soient tous deux engagés à rendre à l’Etat libanais le monopole des armes et aient mis en place des politiques très concrètes en ce sens, leurs soutiens internationaux se sont abstenus d’exercer la pression suffisante pour obtenir qu’Israël cesse ses attaques et laisse à la nouvelle équipe la marge nécessaire pour réussir[43]. Outre la décrédibilisation des nouveaux dirigeants libanais, cette passivité internationale a contribué à créer le contexte dans lequel il devenait d’autant plus facile pour le Hezbollah de se joindre à la nouvelle guerre lancée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran début 2026. 

Le matin du 28 février 2026, alors que commençait l’agression contre l’Iran, l’armée israélienne « annonçait effectuer des frappes ‘sur les infrastructures du Hezbollah’ dans le sud du Liban »[44]. Fidèle à son avertissement du 25 février selon lequel il considérerait « toute atteinte contre le guide suprême, Ali Khamenei, comme une ‘ligne rouge’ »[45], le Hezbollah réagit à l’assassinat de ce dernier en rompant à son tour la cessation des hostilités par des tirs vers Israël. En représailles, ce dernier renoue avec la stratégie de la guerre totale. Les ordres d’évacuation se succèdent à destination des villages et des villes du Sud du Liban, ainsi que des quartiers non seulement de la banlieue sud de la capitale, mais également son centre. Des frappes massives sont menées en diverses régions du pays, faisant dès le premier jour 31 morts et 139 blessés[46]. Dans les capitales européennes, seules des « préoccupations » sont exprimées. Si « la décision du Hezbollah de se joindre à l’Iran dans les hostilités » est clairement condamnée dans une déclaration conjointe (Canada, France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni), la responsabilité israélienne n’est nullement mentionnée de manière explicite, et le collectif se contente d’estimer qu’« une offensive terrestre israélienne de grande envergure aurait des conséquences humanitaires dévastatrices et pourrait mener à un conflit de longue durée. Cela doit être évité »[47]. La déclaration faite par Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français, au sortir de sa tournée au Liban puis en Israël en mars 2026 est particulièrement illustrative des perceptions inversées en matière de chronologie et de responsabilités désormais familières en Europe ; omettant toute référence au fait que l’Iran a été militairement attaqué le 28 février par le couple israélo-américain, et que le Hezbollah rompait après 15 mois une cessation des hostilités qu’Israël n’avait aucunement respectée, M. Barrot évoquait « la dramatique escalade au Liban, provoquée par la décision inadmissible et irresponsable du Hezbollah, que nous avons condamnée avec la plus grande fermeté, de se joindre aux agressions iraniennes contre Israël, faisant primer le soutien au régime de Téhéran sur la stabilité et le sécurité du Liban et entraînant ce pays dans une guerre dont ne voulaient ni ses autorités ni sa population »[48]. 

Ainsi, l’action du Hezbollah se voit déconnectée de l’histoire longue, des violations quotidiennes par Israël de la cessation des hostilités de novembre 2024 et donc de la Résolution 1701, ainsi que de l’agression militaire entreprise par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran et, ligne rouge[49] annoncée par le Hezbollah, l’assassinat du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, grande figure de l’Islam chiite.  En outre, si le Hezbollah est appelé à « déposer les armes », aucune demande n’est faite pour qu’Israël cesse ses frappes. De droit international, de proportionnalité dans les représailles israéliennes, il n’est guère question, sinon pour appeler, dans un style cryptique, « toutes les parties à agir dans le respect du droit international humanitaire »[50]. Si la haute représentante de l’UE, Kaja Kallas, estime que la réaction d’Israël est « brutale » et que ce dernier « devrait cesser ses opérations »[51], elle assure que « Israël a le droit à la légitime défense conformément au droit international » et n’évoque le droit international humanitaire que dans les mêmes termes vagues que les différents Etats membres. Entretemps, le nombre de morts et de blessés ne cesse de s’accumuler[52] ; près de 18% de la population se retrouvent sur les routes[53], le Sud se vidant de ses habitants ; les destructions, dans le Sud du Liban, le sud de la capitale mais en bien d’autres points du territoire sont incommensurables. Dans un environnement où les vulnérabilités étaient déjà nombreuses. 

S’il est certain que le Liban officiel et certaines composantes de la société libanaise se retrouvent dans le narratif qui pose le Hezbollah comme agresseur hors de tout contexte, nombreux sont ceux qui s’offusquent de l’unilatéralisme perceptible dans la lecture européenne des événements[54]. Derrière celle-ci se profilent, en effet, la sacralisation du droit d’Israël à se défendre quel qu’en soit le prix pour ses voisins, et quel qu’en soit le coût en termes de violations des différents corpus du droit international. 

Les amnésies à l’égard de l’Iran

La routinisation des « deux poids, deux mesures » dans les rangs des dirigeants européens se révèle sans doute pleinement au travers de leur incapacité de nommer les actes d’Israël et des Etats-Unis du 28 février 2026. Or, au regard du droit international, les attaques conjointement lancées ce jour-là ne sont rien moins qu’un « crime d’agression » tel que défini par la résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale des Nations unies du 14 décembre 1974[55] et repris par l’article 8 bis du Traité de Rome instituant la Cour pénale internationale. Ce dernier entend ce crime comme « la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies. » (par. 1). L’acte d’agression est entendu, pour sa part, comme « l’emploi par un État de la force armée contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations Unies » (par. 2)[56]. Par ailleurs, parmi les actes constitutifs d’actes d’agression, sont listés, en point b, « Le bombardement par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État, ou l’utilisation d’une arme quelconque par un État contre le territoire d’un autre État » ; en point d, « L’attaque par les forces armées d’un État des forces terrestres, maritimes ou aériennes, ou des flottes aériennes et maritimes d’un autre État »[57]. 

Au regard de ces articles, les attaques menées par Israël et les Etats-Unis ainsi que la mise à disposition des Etats-Unis (et parfois d’Israël) par différents États de la région de leurs territoires ou de leur espace aérien pour frapper l’Iran sont constitutives d’actes d’agression. Or, à part l’Espagne dont le Premier ministre a clairement rejeté la guerre, aucun Etat Européen n’a condamné les attaques israélo-américaines, et encore moins l’assassinat de hauts responsables politiques et militaires iraniens. La plupart, oublieux des dizaines de milliers de Palestiniens morts à Gaza, chiffre avéré, ont invoqué les « dizaines de milliers de morts » que le régime aurait causés – chiffres non stabilisés – pour légitimer l’action israélo-américaine, ou à l’instar du ministre des Affaires étrangères belge, ont plus ou moins directement imputé l’échec des négociations à l’Iran et suggéré que cette action permettait d’« éviter un risque de sécurité et d’embrasement généralisé dans la région »[58]. 

Ces positionnements sont d’autant plus interpellants au regard des responsabilités dans les impasses qui ont mené à la situation actuelle. A cet égard, il est essentiel de rappeler l’implication des Européens, en particulier la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ainsi que l’UE au travers de sa haute représentante Federica Mogherini, dans les négociations autour du programme nucléaire iranien[59]. Ces négociations avaient abouti à la signature d’un Joint Comprehensive Plan of Action en juillet 2015 qui encadrait étroitement le programme nucléaire iranien et le mettait sous une surveillance étroite par l’Agence internationale de l’énergie atomique[60]. Cet accord avait été en outre unanimement soutenu par le Conseil de sécurité de l’ONU au travers de sa résolution 2231[61]. S’exprimant devant le Conseil des gouverneurs de l’AEIA, le Directeur de celle-ci, Yukiya Amano déclarait le 5 mars 2018 : « À ce jour, je peux affirmer que l’Iran met en œuvre ses engagements liés au nucléaire » ; soulignant qu’il « [était] essentiel que l’Iran continue de mettre pleinement en œuvre ces engagements », il prévenait aussi que « si le JCPoA échouait, ce serait une grande perte pour la vérification nucléaire et pour le multilatéralisme »[62]. 

Or c’est le Président Trump qui, deux mois plus tard, viole l’accord, en sortant unilatéralement. Les tentatives du président français Macron, de la chancelière allemande Merkel et du Premier ministre britannique Johnson de l’en dissuader n’auront pas pesé lourd face à l’influence israélienne[63]. En outre, Washington réinstaure une batterie de sanctions contre l’Iran. Face à cette « dénonciation unilatérale d’un accord international par l’un de ses plus importants signataires (…) [qui] fait fi des tensions régionales et des appels à la prudence des alliés » et constitue une « rupture ‘à l’instinct’ du consensus international », et malgré les demandes iraniennes, les autres signataires du JCPoA, Européens notamment, ne feront pas grand-chose pour tenter de sauver l’accord. Pourtant, l’Iran ne commencera à déroger à ses obligations que bien plus tard et de manière progressive. Un point d’inflexion est, à cet égard, l’assassinat de Qassem Soleimani, un des plus hauts dirigeants des Gardiens de la révolution par les Etats-Unis, le 3 janvier 2020[64]. Le surlendemain, l’Iran annonce « que son programme nucléaire ne serait plus ‘soumis à aucune limite opérationnelle’ » mais qu’il « continuerait de coopérer avec l’Agence ‘comme par le passé’ »[65]. A partir de là, par touches incrémentales, l’Iran revient sur ses obligations. Plutôt que de déployer toute leur diplomatie pour convaincre l’administration Biden de reprendre langue avec Téhéran, les Européens vont reprocher à l’Iran de ne plus respecter ses obligations, en une inversion totale des responsabilités dans la violation de l’accord de 2015. 

Au moment où les attaques du 7 octobre 2023 surviennent, l’amnésie européenne est également complète. Non seulement à l’égard de la situation intenable dans les territoires palestiniens occupés qui explique la survenance d’une telle attaque, mais également à l’égard de l’Iran, désormais traité comme un paria ne pouvant se prévaloir d’aucun droit face aux escalades impulsées par Israël d’abord, puis par les Etats-Unis. Ainsi, les Européens ne vont pas clairement condamner ni les frappes israéliennes sur un bâtiment consulaire iranien à Damas en avril 2024, ni l’assassinat, à Téhéran même, de Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas, lors de l’investiture du président réformiste Pezechkian en juillet 2024[66]. Chaque fois que l’Iran est acculé à riposter, il s’attire par contre des condamnations bien que ses représailles soient savamment calibrées et orchestrées de manière à éviter un embrasement[67]. 

Ce retournement des responsabilités est particulièrement visible dans le contexte des deux agressions dont l’Iran est l’objet en juin 2025 puis à partir de février 2026. Dans le premier cas, alors que Téhéran est engagé dans des négociations avec les Etats-Unis sur son programme nucléaire, Israël se lance dans une large campagne de frappes aériennes et d’assassinats ciblés[68]. Pendant 12 jours, Israël pilonne le pays pour éradiquer tant les installations nucléaires que le programme balistique iranien : 610 civils au moins trouvent la mort – dont des enfants, des secouristes, et des médecins – et plus de 4700 sont blessés[69]. Face à cette guerre totale, l’Iran riposte plus sévèrement qu’auparavant, faisant 28 morts civils en Israël[70] et 3 238 blessés. Le 24 juin un cessez-le-feu entre en vigueur, après que les Etats-Unis aient largué leurs plus grosses bombes sur trois installations nucléaires iraniennes[71]. 

Lors de cet épisode, les réactions européennes sont également brouillées. Loin de condamner cette agression, plusieurs dirigeants réaffirment le droit d’Israël à se défendre et se contentent de faire part de leur « préoccupation »[72]. Le chancelier allemand ira jusqu’à dire que « C’est le sale boulot qu’Israël fait pour nous tous », considérant que le régime iranien avait « apporté la mort et la destruction au monde avec des attentats, des meurtres et des massacres, avec le Hezbollah, avec le Hamas » ou encore « la livraison de drones à la Russie »[73]. Dans un contexte où le génocide israélien à Gaza avait déjà fait plus de 55.000 morts[74], des civils dans leur immense majorité, et que la famine commençait à y sévir, une telle déclaration révèle l’ampleur du dérèglement normatif européen. 

Plutôt que de tenter la médiation, les Européens, à l’opposé de ce qu’ils avaient fait jusqu’en 2015, optent pour la voie coercitive. Ignorant le fait que l’Iran était en négociation avec les Etats-Unis lorsqu’il avait été attaqué en juin[75], balayant la crise de confiance compréhensible côté iranien et méprisant les gestes d’ouverture que, malgré cela, Téhéran montrait en acceptant le retour des inspecteurs de l’AIEA, les « E3 » (Royaume-Uni, France et Allemagne) déclenchent en août un dispositif permettant le rétablissement des sanctions levées en 2015 dans le cadre du JCPoA[76]. Prenant effet en septembre, ces sanctions visaient notamment à ramener les Iraniens à la table des négociations comme y poussait d’ailleurs le secrétaire d’Etat américain Rubio qui précisait alors : « La diplomatie est encore une option – un accord reste la meilleure issue pour le peuple iranien et le monde. Pour que cela arrive, l’Iran doit accepter des pourparlers directs, menés de bonne foi, sans tergiversations ni obscurcissements ». [77]

Début février 2026, un nouveau round de pourparlers entre Téhéran et Washington reprend, avec en toile de fond des menaces américaines se matérialisant au travers de l’envoi d’une véritable armada dans la région[78]. Les informations qui transpirent révèlent des avancées. Badr al Busaidi, ministre des Affaires étrangères omanais et intermédiaire entre les deux parties, l’assurait quelques heures avant qu’Israël, accompagné cette fois des Etats-Unis, lance des attaques de grande envergure sur l’Iran, assassinant, entre autres, Ali Khamanei[79]. Cette fois, la réponse iranienne ne se fait pas attendre : dans les heures qui suivent, des frappes visent Israël et les infrastructures militaires américaines dispersées dans les pays du Golfe[80]. 

Mais là encore, l’inversion est totale dans les positions adoptées par l’immense majorité des pays européens. Loin de dénoncer les agresseurs au sens de l’article 8bis du Traité de Rome, ces derniers vont condamner les attaques iraniennes dans les pays du Golfe[81], ignorant qu’un des actes considérés comme constitutifs d’agression par cet article est « Le fait pour un État de permettre que son territoire, qu’il a mis à la disposition d’un autre État, serve à la commission par cet autre État d’un acte d’agression contre un État tiers » (article f). A chaque étape du conflit, les déclarations érigent l’Iran en un agresseur agissant hors de tout contexte et par conséquent coupable de toutes violations. A cet égard, la Résolution 2817 du Conseil de sécurité (11 mars 2026) est particulièrement illustrative. Sa formulation présente l’Iran comme l’agresseur de ses voisins, condamnant « avec la plus grande fermeté les attaques inacceptables perpétrées par la République islamique d’Iran contre les territoires » de ses voisins, le fait qu’il ait attaqué des zones d’habitation, des biens à caractère civil, fait des victimes parmi la population civile et causé des dommages à des bâtiments civils… En revanche, aucune mention n’est faite des attaques initialement subies par l’Iran, ni, à la différence du traitement réservé à ses voisins, de son droit à voir sa souveraineté ou son intégrité territoriale respectées, de l’assassinat de nombre de ses dirigeants ou encore des frappes massives contre des civils et des infrastructures civiles[82]. Cet usage évident des deux poids deux mesures est, à l’évidence, un facteur d’exacerbation. 

Largement étudiée par la littérature scientifique post-coloniale[83], cette stratégie dénie en fait à l’Iran, considéré comme un acteur « barbare » et « terroriste », le bénéfice du droit et ce à double titre. D’abord, face aux attaques israélo-américaines, il ne peut se revendiquer de la Charte des Nations unies et de son article 51 qui reconnaît pourtant le « droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales ». De plus, l’application du droit international humanitaire et le droit de la guerre ne lui est pas reconnue puisque les capitales européennes et Bruxelles n’ont pas condamné les frappes massives dont il était l’objet, y compris sur des sites entraînant de terribles morts civiles, à l’instar des 168 petites filles tuées le premier jour de l’agression[84] ; l’assassinat des grandes figures du régime ne l’a pas été non plus, pas plus que les frappes israélo-américaines sur des infrastructures énergétiques ou nucléaires. 

Conclusion

En moins de trois ans, les crises paroxystiques qui secouent l’Asie de l’Ouest ont révélé l’ampleur de la désintégration normative de l’Europe et de ses Etats membres. Cette désintégration se manifeste au grand jour à Gaza, où la CIJ a pourtant estimé plausible la perpétration d’un génocide par Israël, et dans le reste des territoires occupés palestiniens confrontés à la violence coloniale israélienne ; au Liban, victime d’un nettoyage ethnique d’une partie substantielle de son minuscule territoire et d’une punition collective visant prioritairement les Chiites et, moins sévèrement, l’ensemble du pays ; en Iran qui, malgré les agressions multiples dont il a été l’objet en particulier en juin 2025 et février 2026, reste la cible de condamnations qui ne touchent pas ses agresseurs. Face à cette situation qui consume des sociétés entières, générant en Palestine des dizaines de milliers de victimes, et des milliers d’autres au Liban et en Iran, sans parler des destructions matérielles incommensurables, les prétentions européennes en matière d’universalité et d’invisibilité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de respect de la dignité humaine ou encore des principes d’égalité et de solidarité ne tiennent plus. Pas plus que le respect des principes de Charte des Nations Unies et du droit international puisque les Européens sont désormais incapables de nommer les violations massives perpétrées par les Etats-Unis et Israël, et encore moins les agresseurs. 

Soutenus par les narratifs des médias et de certaines composantes des élites culturelles et économiques, les gouvernants européens se distinguent désormais par une pratique systématique des deux poids deux mesures. Si eux-mêmes s’en accommodent, nombre de leurs concitoyens les observent sans comprendre ; ils alimentent également le ressentiment en Asie du Sud-Ouest et dans les Suds globaux qui sont les récipiendaires traditionnels des leçons européennes en matière de droits humains et d’état de droit. 

A l’heure où, faute de lucidité et de courage politique, l’Europe reste la spectatrice partiale d’une série de conflits sans solution militaire soutenable, à l’heure où elle s’est laissé marginaliser dans les dynamiques de sortie de crise alors même que ces bouleversements auront d’inévitables impacts négatifs au niveau économique, sécuritaire et migratoire, les conséquences de ce dérèglement normatif européen pourraient se révéler dévastatrices. D’autant que la littérature a, depuis longtemps, établi que l’écrasement des peuples et leur humiliation ne peuvent en aucun cas amener la paix mais uniquement préparer les violences futures et des stratégies de déviance. 

Notes

[1]  Voir notamment : Richard Rosecrance, « The European Union: A New Type of International Actor », dans Jan Zielonka (ed.), Paradoxes of European Foreign Policy, La Hague, Kluwer Law International, 1998, pp. 15-23 ; Ian Manners, « Normative Power Europe : A Contradiction in Terms? » Journal of Common Market Studies, vol. 40, No. 2, 2002, p. 235-258; Lisbeth Aggestam, « Europe Puissance: French Influence and European Independence », dans Helene Sjursen (ed.), Redefining Security? The Role of the European Union in European Security Structures, ARENA Report, No. 7, 2000, p. 67-82 ; ou encore Helene Sjursen « Security and Defence », dans Walter Carlsnaes, Helene Sjursen et Brian White (eds), Contemporary European Foreign Policy, Londres, Sage Publications, 2004, pp. 59-74.

[2]   Cf. la critique portée par Thomas Diez, Constructing the Self and Changing Others : Reconsidering ‘Normative Power Europe’, présentation à la PSA Annual Conference, Leeds, 5-7 avril 2005, p. 1 (consultable sur www.psa.ac.uk/2005/pps/Diez.pdf) ; Elena Aoun, « L’Union européenne en Méditerranée : Puissance en repli, normes en déshérence ? », Politique européenne, No. 39, 2013, pp. 76-104

[3]   L’Asie du Sud-Ouest recouvre ce qui est communément désigné par « Moyen-Orient », appellation eurocentrique dont se détache cet article. 

[4]   Cette qualification qui est ici de nature analytique et non pas juridique repose sur l’examen des pratiques israéliennes à Gaza au regard de l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948). Elle se base également sur l’ordonnance de la Cour internationale de justice du 26 janvier 2024, ainsi que sur l’analyse légale menée par la commission indépendante mise en place en mai 2021 par le Conseil onusien des droits humains et publiée en septembre 2025. Il est également intéressant de pointer l’article d’un spécialiste israélien des Genocide Studies publié quelques jours après le début des représailles israéliennes à Gaza : Raz Segal, « A Textbook Case of Genocide », Jewish Currents, 13 octobre 2023.

 [5] Emma du Chatinier & Alexander Fanta, « The EU has spent millions of euros on Palestinian infrastructure. Israel keeps knocking it down », Follow the Money, 9 août 2024.  

[6]   David Cronin, Europe’s alliance with Israel. Aiding the Occupation, London, Pluto, 2011.

[7]   Didier Fassin, Une étrange défaite. Sur le consentement à l’écrasement de Gaza, Paris, La découverte, 2024. 

[8]  Pour une recension des déclarations de divers hauts responsables politiques, militaires et figures publiques israéliens révélant une intention génocidaire ou une incitation au génocide, voir les trois annexes du « Dossier des preuves publiques des actes de génocide commis par l’État d’Israël contre les Palestiniens à Gaza au 4 février 2025 » adressé par la Représentante permanente de l’Afrique du Sud au President du Conseil de sécurité de l’ONU par lettre du 28 février 2025 (S/2025/130). 

[9]   CIJ, Application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud c. Israël), 26 janvier 2024 ; en décembre 2024, Amnesty international plaidait – en vain – pour que les Etats européens assument individuellement leurs obligations, si leurs divergences, prétexte à l’inaction, n’étaient pas surmontées (Eve Geddie, « If the EU won’t stop Israel’s genocide in Gaza, member states must go it alone », Amnesty International, 20 décembre 2024). 

[10]   Andras Rostovanyi, « La Hongrie déroule le tapis rouge à Nétanyahou et claque la porte de la CPI », Le Devoir, 3 avril 2025. See also : « L’Union européenne se divise sur les mandats d’arrêt émis par la CPI visant Nétanyahou et Gallant », Libération, 22 novembre 2024.

[11]   Après avoir évoqué une éventuelle suspension des échanges commerciaux préférentiels avec Israël à l’été 2025 alors que sévissait la famine à Gaza, l’UE y a renoncé dès l’annonce d’un cessez-le-feu début octobre, se privant ainsi de tout instrument de pression afin que le gouvernement israélien respecte ce cessez-le-feu qui s’est avéré être totalement illusoire. Voir Jennifer Rankin, « EU criticised for pausing sanctions on Israel in response to Trump Gaza efforts », The Guardian, 21 octobre 2025; sur le caractère meurtrier, en particulier pour les enfants, du « cessez-le-feu » à Gaza, voir Daniel Johnson, « Gaza: Sneeze and you might get shot, warns UNICEF in alert on child killings », UN News, 19 juin 2026. 

[12]  Selon le politicien britannique Jeremy Corbyn dans son post Instagram du 20 juin 2025. Cette affirmation rejoint celles de nombreuses personnalités telles que Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, qui parle « d’abomination diffusée en direct » notamment dans son rapport « Le génocide à Gaza : un crime collectif », Assemblée générale e l’ONU, 20 octobre 2025. 


[13]   Emma Graham-Harrison & Yuval Abraham, « Revealed: Israeli military’s own data indicates civilian death rate of 83% in Gaza war« , The Guardian, 21 août 2025.

[14]   Neta C. Crawford, « The Human Toll of the Gaza War: Direct and Indirect Death from 7 October 2023 to 3 October 2025« , Costs of War, Brown University, 7 octobre 2025;  UN Human Rights Council, Legal analysis of the conduct of Israel in Gaza pursuant to the Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide, 16 septembre 2025.  

[15]   « Famine à Gaza : ‘un échec pour l’humanité toute entière’, selon le chef de l’ONU« , UN, 22 août 2025.    

[16]   Gisha, « Gaza Now. Facts and figures » (dernier accès : 29 juin 2026).

[17]    Physicians for human rights, Deaths of Palestinians in Israeli Custody: Enforced Disappearances, Systematic killings and cover-ups, novembre 2025.   

[18]   B’Tselem, Living Hell. The Israeli Prison System as a Network of Torture Camps, janvier 2026.

[19]   Sur les dangers intrinsèques de ce plan, voir Elena Aoun, « La « paix » de Trump ou le plan de tous les dangers », Le Blog de Médiapart, 24 octobre 2025. Pour une évaluation des impasses 6 mois après son adoption, voir Larry Garber et Liam Hamama, « Six Months In: Assessing the Status of the Gaza Ceasefire », JStreet, 16 avril 2026. 

[20]   Dana Reignier-Tayar and Agatha Verdebou, « Les sanctions européennes contre Israël : quand le consensus limite l’action« , GRIP, 26 février 2026. 

[21]   « L’Allemagne réitère son refus de suspendre l’accord d’association entre l’UE et Israël« , France 24, 21 avril 2026.   

[22]   Tal Schneider, « Israel has surpassed UK as 7th largest global arms exporter, report shows« , The Times of Israel, 10 mars 2026. 

[23]   Israel Innovation Authority, Israeli Researchers and Companies Secure Over €1.1 Billion in Horizon Europe Grants, Cementing Global Leadership in Innovation, 19 mars 2025. 

[24]  Erika Guevara-Rosas, « Europe: Stop punishing Palestinian solidarity and start punishing those who commit genocide », Amnesty international, 15 février 2025; Benjamin Goodwin, « Repression on protests in solidarity with Flotilla and Palestinian people: NGOs demand EU Council action », European Civic Forum, 16 octobre 2025 ; Josephine Solanki, « Germany’s Crackdown on Palestine Solidarity. Solidarity under Siege Series: Introduction », TNI, 26 novembre 2025 ; « Austria: Crackdown on Palestinian solidarity has triggered significant chilling effect », Amnesty International, 18 mars 2026. Créée déjà en 2019, la plateforme European Legal Support Center documente la répression à travers l’Europe de la solidarité avec les Palestiniens, et soutient légalement ceux qui en sont victimes. Ses rapports et analyses sont accessibles via ce lien : https://elsc.support/research-and-report/.


[25]   Dima de Clerck, Stéphane Malsagne, Le Liban en guerre : 1975-1990, Paris, Gallimard, 2025.  

[26]  Le bilan de cette opération s’élevait à 150 civils libanais tués, 350 blessés, tandis que du côté israélien 62 civils avaient été blessés (Amnesty international, « Israel/Lebanon : Amnesty international concerns over killings of Lebanese civilians reinforced after visits to Israel and Lebanon », 23 mai 1996. Le 18 avril 1996, le ciblage par l’armée israélienne d’un hangar de la FINUL avait causé le « massacre de Cana » au cours duquel 94 civils libanais ont été tués. Cet événement avait révulsé l’opinion international et contraint Israël au cessez-le-feu (Françoise Chipaux, « Le massacre de Cana oblige Israël à envisager un cessez-le-feu », Le Monde, 20 avril 1996. Voir plus globalement autour de cet épisode et des démarches diplomatiques : Hervé de Charrette, Opération Raison de la colère. L’histoire secrète d’un succès diplomatique français, Paris, éditions du CNRS, 2018. 


[27]   Elena Aoun, « The European involvement in Post-2006 UNIFIL: The art of the possible », in Elena Aoun (ed.), The United Nations Interim Force in Lebanon: Multiple Perspectives on a Multinational Peace Operation, Bruxelles, Peter Lang, 2018, p. 115-139.

[28]   « Les principaux points de la résolution 1559 de l’ONU sur le Liban », Le Monde, 12 mars 2005. 

[29]   Nicholas Blanford, Killing Mr Lebanon: The Assassination of Rafik Hariri and Its Impact on the Middle East, New York, Tauris, 2006.

[30]   « Qu’est-ce que la résolution 1701 du Conseil de sécurité ? », ONU Info, 3 octobre 2024.   

[31]   Alexander Mattelaer, « Europeans to the Front! The Role of France, Italy and Spain in the UNIFIL Enhancement », in Elena Aoun (ed.), The United Nations Interim Force in Lebanon…, op. cit., pp. 173-189.

[32]   Elena Aoun (ed.), The United Nations Interim Force in Lebanon: multiple perspectives on a multinational peace operation, Bruxelles, Peter Lang, 2018. 

[33]    « Senior Hamas figure Saleh al-Arouri killed in Lebanon« , The Guardian, 2 janvier 2024.   

[34]    Voir les graphes compilés par Al Jazeera à partir de la base de données indépendante « Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED) » :  Mohammed Hussein and Hanna Duggal, « Mapping over a year of cross-border attacks between Israel and Lebanon », Al Jazeera, 13 octobre 2024.     

[35]     Fin novembre 2024, le Liban compte 4 047 morts et 16 638 blessés, essentiellement des civils. Côté israélien, 45 civils sont morts, et 73 soldats, dont 52 en territoire libanais (voir : « Israeli attacks have killed 4,047 people in Lebanon, Lebanese minister says », Reuters, 4 décembre 2024 ; « Costs of Israel-Hezbollah conflict on Lebanon, Israel », Reuters, 27 novembre 2024 ; « Israël/Liban : Les attaques du Hezbollah ont mis en danger des civils », Human Rights Watch, 7 mars 2025).


[36]   « ‘Unimaginable consequences’: World reacts to Israel’s strikes on Lebanon« , Al Jazeera, 24 septembre 2024.   

[37]   « Israel, Hezbollah agree to ceasefire brokered by US and France, to take effect Wednesday« , Reuters, 27 novembre 2024.  

[38]   Nicolas Falez, « Cessez-le-feu entre Israël et le Liban: qu’est ce que le «mécanisme de supervision» ?« , Le Figaro, 5 décembre 2024.  

[39]   « Liban : Israël a illégalement détruit du matériel de reconstruction« , Human Rights Watch, 15 décembre 2025; « ‘Un défi à l’État libanais’ : la Jamaa Islamiya réagit quatre jours après l’enlèvement d’un de ses responsables« , L’Orient-Le Jour, 13 février 2026;  « Pulvérisation de glyphosate par Israël : le Liban prépare une plainte à l’ONU« , L’Orient-Le Jour, 4 février 2026.   

[40]   See the analyses based on the reports of the UN Secretary-General in: Elena Aoun, Flexibility and adaptability of UN missions: UNIFIL between opportunities and contextual limitations, Observatoire Boutros Ghali, DGRIS, GRIP, février 2026, notably pp. 13-14 and annexes 4 to 8. 

[41]    « Iran Update Special Edition: Israeli Strikes on Iran, June 13, 2025« , Institute for the Study of War, 14 juin 2025.   

[42]   Laure Stephan, « Le Liban se dote enfin d’un président, après une élection sous la pression occidentale et arabe« , Le Monde, 10 janvier 2025; Hélène Sallon, « Au Liban, Nawaf Salam forme un gouvernement ‘de réforme et de salut’« , Le Monde, 9 février 2025.  

[43]   « Israël pilonne le Liban-Sud, Aoun, Salam et Berry interpellent les pays garants du cessez-le-feu« , L’Orient-Le Jour, 18 septembre 2025. 

[44]   « Frappes sur l’Iran : les Libanais craignent d’être entraînés dans la guerre », Les Echos, 28 février 2026.   

[45]   « Le Hezbollah n’interviendra pas en cas de frappes américaines ‘limitées’ contre l’Iran« , Le Figaro, 25 février 2026.   

[46]   « Le Hezbollah tire des missiles sur Israël et précipite de nouveau le Liban dans la guerre« , Le Monde, 2 mars 2026.   

[47]   « Déclaration des dirigeants du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Royaume-Uni concernant l’escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah », Paris, 16 mars 2026.   

[48] Déclaration à la presse de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, sur le conflit au Moyen-Orient, à Tel Aviv le 20 mars 2026.

[49]   « Le Hezbollah n’interviendra pas en cas de frappes américaines ‘limitées’ contre l’Iran« , Le Figaro, 25 février 2026.  

[50] Id.

[51]   « Lebanon: Statement by the High Representative on the recent developments« , European External Action Service, 9 mars 2026.   

[52] Il était de 4 247 morts et 12 195 blessés, dans leur immense majorité des civils (voir le site du ministère libanais de la Santé publique, https://www.moph.gov.lb/en/Pages/129/85842/, dernier accès le 28 juin 2026). 


[53]   « Liban : 18 % de la population déplacée en 16 jours, un pourcentage record« , Ici Beyrouth, 18 mars 2026.    

[54]   « Lebanon caught in the crossfire: EU’s silence signals political weakness, expert says« , EUPerspectives, 8 avril 2026.   

[55]   United Nations General Assembly, Definition of Aggression, Resolution 3314 (XXIX), 14 décembre 1974.

[56]    Ces termes reprennent ceux de l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies qui pose que : « Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. »

[57] Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

[58]   « Contraire au droit international, mais justifiée : Maxime Prévot réagit à l’attaque contre l’Iran« , 7 sur 7, 2 mars 2026.       

[59]   Olivier Decottignies, « Europe and the JCPOA« , Washington Institute, PolicyWatch 2655, 13 juillet 2016.  

[60]   Arun Vishwanathan, “Iranian Nuclear Agreement: Understanding the Nonproliferation Paradigm », Contemporary Review of the Middle East, no. 1, 2016, pp. 3-22. 

[61]    Conseil de Sécurité, Résolution 2231 (2015) sur le programme nucléaire de l’Iran.   

[62]   « Nucléaire : l’Iran poursuit la mise en œuvre de ses engagements« , ONU Info, 5 mars 2018.     

[63]   Julian Robinson, Ariel Zilber, Francesca Chambers, and David Martosko,  » EU chief says Europe must ‘replace the US’ as world superpower as he attacks Trump over Iran deal and accuses America of turning its back on allies« , The Daily Mail, 10 mai 2018; « US turning its back on allies by quitting Iran deal: EU’s Juncker« , PressTV, 10 mai 2018.  

[64]    Philippe Gélie, « Iran: Trump déchire l’accord sur le nucléaire », Le Figaro, 8 mai 2018. 

[65]  International Atomic Energy Agency, Verification and monitoring in the Islamic Republic of Iran in light of United Nations Security Council resolution 2231 (2015) – Report by the Director General, 3 mars 2020.   

[66]   Reflétant le centre de gravité européen par rapport à l’assassinat de Haniyeh, Peter Stano, porte-parole de la Commission européenne pour les affaires étrangères, ne le condamne guère, se limitant à rappeler que « L’UE a une position de principe qui consiste à rejeter les exécutions extrajudiciaires », et à appeler à la retenue (cité dans Jean Delaunay, « L’UE appelle à la « plus grande retenue » après l’assassinat du chef du Hamas Ismaïl Haniyeh », L’observatoire de l’Europe, 1er août 2024. 


[67]   « Iran dismisses European leaders’ call to refrain from retaliating for Hamas leader’s killing« , Euronews, 13 août 2024. 

[68]   Julian Borger, « A week of war that left Iran stunned and bloodied« , The Guardian, 20 juin 2025. 

[69]   « Iran : au moins 610 morts depuis le début de la guerre contre Israël« , L’Orient-Le Jour, 24 juin 2025.   

[70]    « Guerre Israël-Iran : Les 28 victimes tuées lors des attaques de missiles iraniens « , The Times of Israel, 30 juin 2025.     

[71]   « Trump annonce que les États-Unis ont mené plusieurs frappes sur des sites nucléaires iraniens« , Le Parisien, 22 juin 2025. 

[72]   « Le tour du monde des réactions après les frappes israéliennes contre l’Iran« , France 24, 13 juin 2025.    

[73]  « Guerre au Proche-Orient : ‘Israël fait le sale boulot pour nous tous’ selon le chancelier allemand Friedrich Merz », RTBF Actus, 17 juin 2025.  

[74]      UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA), Reported impact snapshot | Gaza Strip (25 juin 2025). 

[75]   Enola Richet, « Attaque d’Israël : comment les négociations avec Washington ont endormi la vigilance de l’Iran« , L’Express, 14 juin 2025; Banafsheh Keynoush, « The Perils of Nuclear Talks after the US-Israel War on Iran », Middle East Policy, Vol. 32, No 2, 2025, p. 36-50. 

[76]   « Nucléaire iranien : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne déclenchent le mécanisme pour réimposer les sanctions de l’ONU« , Le Monde, 28 août 2025.

[77]   « Nucléaire iranien : le Conseil de sécurité de l’ONU rétablit les sanctions contre Téhéran« , Le Monde, 26 septembre 2025.    

[78]   « US and Iran agree to Friday talks in Oman but still at odds over agenda », Reuters, 4 février 2026.

[79]   « Le chef de la diplomatie omanaise accuse Washington de s’être ‘laissé entraîner’ dans la guerre« , L’Orient-Le Jour, 19 mars 2026.    

[80]   « Iranian missiles shake Gulf cities after US, Israeli strikes on Iran« , Reuters, 28 février 2026.   

[81]   « France, Germany and UK urge Iran to ‘negotiate solution’ after attack », The Guardian, 28 février 2026. Il est à noter que l’immense majorité des attaques iraniennes visaient des sites militaires américains, ainsi qu’en attestent les analyses satellitaires qui montrent les destructions extensives dans une vingtaine de bases militaires dans la région (cf. Merlyn Thomas, Alex Murrayand, Matt Murphy, « Iran attacks damage 20 US military sites since start of war, satellite images show », BBC, 1er juin 2026). 

[82]     Conseil de sécurité, Résolution 2817, du 11 mars 2026.

[83]    Anthony Anghie, « The Evolution of International Law: Colonial and Postcolonial Realities », Third World Quarterly, vol. 27, n° 5, 2006, pp. 739–753.

[84]    Tess McClure, « Minab school bombing: what evidence is there that the US was responsible?« , The Guardian, 10 mars 2026; Jeremy Scahill, Murtaza Hussain, and Reza Sayah, « Massacre at Minab: The School That Became a Grave« , Dropsite, 30 septembre 2026.

To cite this article: « L’Union européenne à l’épreuve de l’Asie du Sud-Ouest ou la désintégration normative » by Elena Aoun, EISMENA, 27/10/2026, [https://eismena.com/research/the-european-union-and-the-southwest-asian-crucible-normative-disintegration-at-work/?lang=fr].

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Qu’est-ce qui lie les États-Unis et Israël ?

Dans une intervention sur ARTE, Adel Bakawan, directeur d’EISMENA, analyse la méfiance d’Israël vis-à-vis de la manière dont Donald Trump gère le conflit avec l’Iran. Malgré l’évolution des calculs politiques, il estime que les liens militaires, diplomatiques et en matière de renseignement qui unissent les États-Unis et Israël rendent une rupture inenvisageable pour les deux parties.

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EISMENA au Liban

Dans le cadre de ses activités de recherche et d’analyse sur les transformations géopolitiques du Moyen-Orient, l’European Institute for Studies on the Middle East and North Africa (EISMENA) a dépêché Lyna Ouandjeli, responsable du pôle de recherche de l’Institut, au Liban pour une mission de terrain d’une semaine.

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