La guerre de 2026 dans l’évolution des relations entre l’Iran et les Etats-Unis : Vers la fin du leadership américain ?

Trump and Rubio - Photo: Reuters

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Philippe Destatte

Philippe Destatte

L’histoire de l’Iran contemporain est fondamentalement liée à ses ressources pétrolières[1]. Les premiers occidentaux à s’y intéresser sont les Britanniques. En mai 1901, William Knox D’Arcy (1849-1917), fortuné investisseur anglais acquiert une concession d’une durée de soixante ans auprès du grand vizir de Téhéran et du shah Mozaffareddine (1853-1907). C’est un territoire immense, équivalant à deux fois la taille du Texas. C’est alors une victoire importante de l’Angleterre vis-à-vis de la Russie dans leurs tentatives de s’approprier le corridor du pétrole autour du Golfe persique. Il s’agit aussi d’un enjeu stratégique capital pour l’Empire britannique. En effet, dès 1911, Winston Churchill (1874-1965), alors Premier Lord de l’Amirauté, fait convertir les vapeurs au charbon de la Royal Navy en navires fonctionnant au pétrole. La possession de l’or noir devient décisive durant la Première Guerre mondiale. L’essence est aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain : la formule de Georges Clemenceau (1841-1929), chef du gouvernement français, est restée célèbre. Elle figure dans sa note adressée au président des USA Woodrow Wilson (1856-1924), le 15 décembre 1918[2].

Dans les années qui suivent la Grande Guerre, le Congrès américain se saisit des débats relatifs aux matières premières et en particulier des ressources pétrolières compte tenu de la différence entre, d’une part, la production et les réserves identifiées des États-Unis et, d’autre part, les besoins de consommation de la société américaine. Le rapport du sous-secrétaire d’État Frank L. Polk (1871-1943) que le président Wilson fournit au Sénat le 17 mai 1920 et qui est ensuite largement médiatisé, a pour effet de révéler un sentiment anti-britannique marqué concernant les restrictions imposées aux pétroliers US dans les colonies britanniques. Ces restrictions s’appliquent aussi à d’autres pays dans lesquels les Anglais ont pris soin de s’assurer des ressources et d’établir des monopoles à leur profit. Le rapport Polk établit que, en Perse, les Américains sont éliminés par le fait que l’Anglo-Persian Oil Company dispose de droits exclusifs sur toute concession pétrolifère pour une période de 30 ans à partir de 1901. Le rapport souligne que ce privilège a été renforcé par l’accord anglo-persan de 1918 plaçant toutes les administrations civiles, militaires et financières de l’État perse sous le contrôle de la Grande-Bretagne. Les négociations entre Londres et Washington sont difficiles, cependant, dans les années qui suivent, tant les groupes économiques que les chancelleries britannique et américaine vont s’efforcer d’établir une entente formelle qui dépasse à la fois l’ambition d’un système hégémonique britannique et la vision d’un monde capitaliste ouvert et éclairé tel qu’on le préconise alors à Wall Street.

A l’aube du nouveau conflit mondial, comme l’a souligné l’historien Ervand Abrahamian, professeur émérite du Baruch College et l’Université de New York le pétrole va devenir le cauchemar britannique (the British nightmare)[3].

1. Les relations entre l’Iran et les États-Unis avant la Révolution islamique (1941-1979)

Alors que, au début de la Seconde Guerre mondiale, l’influence de l’Allemagne est tangible en Iran, ce pays constitue un réel enjeu pour les Alliés, surtout après l’attaque de l’armée du Reich contre l’URSS. Fin août 1941, Russes et Anglais envahissent l’Iran et le partagent en deux zones d’occupation. Le shah Reza Khan Pahlavi (1878-1944), accusé de sympathies à l’égard de l’Axe, est écarté en faveur de son fils Muhammad Reza Pahlavi (1919-1980). Il s’agit bien entendu de couper la route du Golfe et des Indes aux Allemands ainsi que de permettre une communication directe, notamment par le Trans-Iranian Railway, pour ravitailler la Russie en guerre. Les Anglais veulent également sauvegarder leurs intérêts pétroliers : l’Anglo-Persian Oil Company, devenue Anglo-Iranian Oil Company, y est présente depuis le début du siècle. Troisième producteur mondial, 51%. de son capital appartient alors à la Couronne britannique[4].

Alors que Russes et Anglais ont une influence très ancienne sur l’Iran, notamment militaire et économique, c’est à ce moment que les Américains entrent en lice. C’est à Téhéran d’ailleurs que Roosevelt, Staline et Churchill tiennent leur première conférence commune, du 28 novembre au 2 décembre 1943. Tous les trois affirment leur volonté de maintenir l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Iran[5]. Au sortir du conflit, la présence américaine s’accroît, notamment grâce à l’appui du nouveau shah Muhammad Reza Pahlavi à qui les Alliés ont laissé le contrôle de l’armée[6]. Même si cette présence est un temps bloquée par le nationalisme de Muhammad Mossadegh (1881-1967).

Docteur en droit de l’Université de Neuchâtel, Mossadegh est un député iranien, fondateur en 1949 du Djebh-e Melli (Front national populaire)[7] qui essaie de réunir la droite et la gauche dans un projet national, ce qui inclut l’ambition – et donc la menace pour les Anglais – de nationalisation des ressources pétrolières dont l’Iran ne bénéficie que très peu. Nommé Premier ministre, en 1951, il parvient à cet objectif grâce à une politique volontariste incluant une importante réforme agraire et des politiques sociales. Toutefois, Mossadegh, qui, lors de la crise dite d’Abadan, nationalise les raffineries britanniques et crée la National Iranian Oil Company, voit plusieurs milliers de techniciens britanniques quitter l’Iran. Or, les compétences iraniennes manquent pour produire et transformer le pétrole. La production s’interrompt. Les Anglais, qui considèrent cette nationalisation comme une véritable spoliation, s’attachent à décrédibiliser Mossadegh, menacent militairement l’Iran, imposent un embargo et introduisent sans succès des recours devant la Cour internationale de Justice de La Haye et devant les Nations unies. Les années qui suivent – qui sont aussi celles de la montée du nassérisme en Égypte –, mènent progressivement l’Iran au chaos. En effet, d’une part, la position de Mossadegh se radicalise, malgré un travail de médiation et un soutien financier américain à l’Iran et, d’autre part, les relations entre les autorités iraniennes elles-mêmes – le shah, le Premier ministre, le Parlement, le clergé – se détériorent. Alors que le monde est partagé par la Guerre froide qui oppose les Soviétiques aux atlantistes, et que l’influence du Parti communiste iranien Tudeh s’accroît, Mossadegh se rapproche des Russes pour essayer de compenser le départ des techniciens anglais. Cette décision est consécutive au refus de la France et des États-Unis de suppléer la défection britannique. De nouveaux accords économiques sont signés avec Moscou en juin 1953. Le bras de fer entre Mossadegh et le shah, qui est soutenu par les Américains, est remporté par Muhammad Reza Pahlavi, après un véritable coup d’État, le 19 août 1953. En effet, le général Fazlollah Zahedi (1892-1963) prend le pouvoir au profit du shah et devient Premier ministre. La CIA et le MI6 ont joué un rôle décisif dans cette opération.

Le coup de force met fin à une certaine démocratisation du pays au profit d’un renforcement du pouvoir du shah. Le changement de régime permet surtout aux sociétés occidentales de reprendre leur exploitation pétrolière par le biais d’un consortium dans lequel les Iraniens ne sont pas représentés. Le retour financier de l’exploitation du pétrole reste relativement faible pour Téhéran. Il est certain que l’évolution du rôle des États-Unis, de celui de médiateur à celui de partie prenante, a dégradé l’image de Washington dans une partie de l’opinion iranienne. Dans le même temps, l’intérêt stratégique des Alliés occidentaux se cumule à celui des compagnies pétrolières américaines qui se font alors une solide place dans le nouveau consortium, l’Iranian Oil Participants. Les Britanniques ne disposent plus que de 40 % des parts de ce consortium, à égalité avec les Américains. L’Anglo-Iranian Oil Company disparaît pour prendre le nom de la British Petroleum, la société qui commercialise son pétrole en Grande-Bretagne.

Même si Mossadegh a été prudent à l’égard du Parti communiste iranien, qu’il a longtemps tenu à distance, l’anarchie et le refus des occidentaux de l’aider l’ont, en quelque sorte, rangé dans le camp de l’URSS qui, en fait, ne pouvait pas grand-chose pour lui. L’influence des États-Unis devient prépondérante à partir de 1954 et, d’ailleurs, l’Iran adhère l’année suivante au Pacte de Bagdad (Central Trety Organisation – CENTO), l’outil américain de l’endiguement (containment) du Moyen-Orient contre l’Union soviétique et les risques d’expansion communiste. Ancien chef des opérations secrètes puis directeur de la CIA de 1953 à 1961, Allen W. Dulles (1893-1969) a bien expliqué les motivations du soutien au shah, rappelant que Mossadegh était arrivé au pouvoir par des procédés habituels de gouvernement, sans véritablement l’intention de créer un État communiste, mais que, selon le point de vue américain, dès lors qu’il manifesta l’intention d’orienter l’Iran vers un État communiste, il était légitime pour les États-Unis d’accorder un soutien extérieur aux éléments que Dulles qualifie de loyaux et d’anticommunistes. En effet, pour le patron de la CIA, en appliquant la loi de la force au lieu du droit dans leur comportement international, les communistes ne laisseraient pas d’autre choix que celui des contre-mesures si les intérêts vitaux américains étaient en jeu. Dans ce cas, il ne servirait pas à grand-chose, écrit-il, de faire tout bonnement appel à de meilleurs sentiments de leur part ou d’invoquer les règles de la loi internationale[8]. C’est particulièrement clair. Durant les années 1960, le shah va néanmoins s’efforcer de normaliser ses relations avec l’URSS, par différents accords de coopération, y compris par l’achat de matériel militaire. Le chef de l’État iranien se rendra également en visite officielle en Union soviétique en 1968. On observe toutefois que la pression des États-Unis sur le gouvernement iranien reste très forte pendant cette période[9].

Dans les années 1960 et 1970, la modernisation du pays se poursuit, notamment au travers de la Révolution blanche, forte de bonnes intentions, mais génératrice de rancœurs20. Dans le même temps, l’autorité du shah se renforce encore sur la société qui paraît globalement l’accepter, sauf certains milieux intellectuels, en particulier les étudiants et les religieux dont les pouvoirs sont affaiblis par les réformes. Les oppositions sont durement réprimées. À plusieurs reprises, l’Université de Téhéran est fermée. Des arrestations, procès et exécutions se multiplient, aussi en réponse à des assassinats comme celui du chef de la justice militaire, en 1971. En 1975, le shah met fin au régime des partis au profit d’un parti unique : le Rastakhiz, le parti Résurgence. Grâce à ses rentrées pétrolières, l’Iran est devenu la cinquième puissance militaire au monde[10] : les forces armées sont équipées par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le pays s’occidentalise de plus en plus. Aux yeux du monde, l’Iran est le gendarme des Américains dans le Golfe et leur plus fidèle allié. Ces évolutions heurtent tant les traditions religieuses que les opinions démocratiques. Une bonne part de la société iranienne rejette un modèle de gouvernance devenu très répressif. Des mouvements terroristes islamo-progressistes et marxistes se développent dans le pays, réprimés par la SAVAK, la redoutée sécurité intérieure mise en place avec l’aide du FBI et du Mossad[11].

2. La Révolution islamique bouscule les repères géopolitiques et met en cause les relations entre Washington et Téhéran

À la fin des années 1970, la situation politique et sociale se dégrade en Iran, l’opposition devient populaire, gagne du terrain, avec de dures répressions comme celle de Qom en janvier 1978 ou de la Place Jaleh à Téhéran en septembre 1978. En décembre 1978 déjà, certains intellectuels et chercheurs américains s’inquiètent, comme James A. Bill[12], directeur adjoint du Centre d’Études sur le Moyen-Orient à l’Université du Texas à Austin :

Du point de vue de l’intérêt national américain, il est grand temps de se poser certaines questions fondamentales sur l’avenir. L’importance même de l’Iran pour les États-Unis suggère que les décideurs politiques à Washington devraient s’inquiéter de l’attitude qu’adopterait envers l’Amérique tout régime susceptible de succéder aux Pahlavi, et réfléchir à la manière de contribuer à façonner favorablement cette attitude. Si le temps ne joue pas en faveur du shah, est-il prudent de continuer à le soutenir avec ferveur jusqu’au bout ? Est-il politiquement judicieux de l’aider à gagner quelques semaines, quelques mois, voire quelques années supplémentaires ? Quelle a été la politique étrangère américaine envers l’Iran par le passé et quelle pourrait-elle être à l’avenir ?

Les efforts tardifs du shah pour libéraliser le régime n’empêchent pas la montée des groupes d’opposition de toute nature, incarnés par la personnalité de l’Ayatollah Rouhollah Khomeini (1902-1989), adversaire politique de longue date, exilé en Irak puis en France. Le mouvement révolutionnaire s’accélère début 1979 avec le retour au pays du leader religieux et, consécutivement, l’exil du shah vers l’Égypte. Ce dernier a perdu l’appui des États-Unis et est sérieusement malade. La République islamique est proclamée après le référendum du 31 mars 1979. Il s’agit du résultat d’une complexe combinaison de nationalisme, de populisme politique et de radicalisme religieux. Elle met fin à une monarchie perse de 2500 ans.

L’ambition affirmée de l’Ayatollah Khomeini et de la Révolution islamique consiste à établir une société égalitaire fondée sur la religion, l’unité de Dieu et de l’univers, telle qu’elle aurait existé à l’époque de Mahomet et d’Ali. Certains observateurs, comme le journaliste au journal Le MondeAndré Fontaine (1921-2013), soutiennent alors que la Révolution iranienne est le phénomène politique le plus important depuis la Révolution russe de 1917[13]. Masoud Kazemzadeh voit ce fondamentalisme islamique comme une réaction à la modernité, porteuse de l’idée d’un retour à un âge d’or idéalisé et mythifié. Le politologue, professeur à l’Université de Houston le compare au fascisme européen. En fait, il s’agit surtout de l’instauration d’une théocratie. Mais loin de représenter un retour au Moyen Âge, la République islamique est bien une institution révolutionnaire qui transforme le rôle du clergé chiite dans la société en lui donnant un rôle politique déterminant[14]. Par son spiritualisme, cette révolution percute directement les modèles capitalistes et communistes en exaltant l’austérité et l’égalité sociales ainsi qu’en dénonçant en même temps l’impérialisme de Washington et celui de Moscou. Khomeini, comme jadis le Komintern, appelle d’ailleurs tous les peuples musulmans à se soulever contre leurs gouvernements, jugés corrompus et tyranniques. Dans les faits, en Iran, les libertés sont rapidement restreintes : les chefs religieux rétablissent la Charia et abolissent la loi sur la famille qui défendait la femme contre la polygamie et la répudiation. Ils interdisent également le jazz ainsi que la musique pop. Toutefois, en prenant des mesures sociales très égalitaires, bien que sexistes au détriment des femmes, et en partageant les biens confisqués, Khomeini s’attache le petit peuple, qui est nombreux[15].

Les relations avec Israël et les États-Unis se tendent tandis que le leader palestinien Yasser Arafat (1929-2004) est accueilli à Téhéran. Des tensions entre groupes politiques révolutionnaires apparaissent puis éclatent en affrontements. Les Gardiens de la Révolution émergent autour de Khomeini et deviennent le rempart du régime. Alors que les Kurdes d’Iran tentent de faire sécession, le départ du shah pour les États-Unis provoque une campagne antiaméricaine. Manifestement, Washington a fortement sous-estimé les conséquences de l’accueil de Pahlavi aux USA. Cette maladroite décision débouche le 4 novembre 1979 sur l’assaut de l’Ambassade des États-Unis à Téhéran par les étudiants islamiques. Avec l’aval de Khomeini, ils y détiennent une cinquantaine d’otages et réclament que, en échange de leur libération, les États-Unis livrent le shah pour qu’il soit soumis à la justice iranienne. L’intercession du secrétaire général des Nations unies Kurt Waldheim (1918-2007) pour les libérer se heurte à l’intransigeance de Khomeini et du Conseil de la Révolution.

L’intervention de 50.000 soldats soviétiques en Afghanistan le 27 décembre 1979 crée un arrière-plan dramatique à une situation qui l’est déjà largement, en ajoutant à l’intégrisme religieux un nouvel épisode de la Guerre froide dans cette région du monde. Alors que, dans une volonté de calmer le jeu, le président des États-Unis Jimmy Carter (1924-2024) affirme qu’il n’existe pas de divergences fondamentales entre Téhéran et Washington pour tenter de normaliser les relations entre les deux pays, ni le président de la République islamique, ni les émissaires européens ni l’ONU ne parviennent à faire plier les étudiants islamiques preneurs d’otages. L’échec de la tentative américaine de libérer les prisonniers par la force les 24 et 25 avril 1980 se solde par la mort de huit militaires américains et ne fait qu’envenimer la situation, ajoutant de l’humiliation à l’humiliation.

Mais le contexte change. En septembre 1980, l’Irakien Saddam Hussein (1937-2006) jette ses armées contre l’Iran. Bras armé des grandes puissances pour contenir la révolution islamique, il est financé par les pétromonarchies arabes et dispose des armes les plus sophistiquées, livrées notamment par les Américains et les Français[16]. Le changement de contexte est également marqué par la mort du shah Mohammad Reza Pahlavi, en juillet 1980, et la fin du mandat de Jimmy Carter, remplacé par Ronald Reagan (1911-2004). Les 52 otages américains restants – devenus encombrants – sont libérés en janvier 1981. Il n’empêche, les conceptions et les discours enflammés d’un islam iranien qui se veut universaliste ont, pendant 444 jours, été proclamés à la face du monde depuis l’Ambassade américaine à Téhéran. Elles se sont répandues avec force dans le monde musulman. Leur impact a surtout eu lieu sur les communautés chiites et là où la défense avancée de l’Iran commence à se mettre en place, notamment au Liban[17].

Davantage qu’un affrontement idéologique, stratégique ou économique, l’écart entre les États-Unis et l’Iran de Khomeini apparaît civilisationnel et constitue une hostilité structurelle[18]. Mais peut-être peut-on aussi parler d’idéologisation de la religion. Il n’empêche que la Révolution islamique dispose d’un héritage économique et militaire considérable. Les Irakiens l’apprennent à leurs dépens jusqu’en 1988 dans la guerre meurtrière qu’ils ont déclenchée sur le Chatt-el-Arab.

3. 1980-2026 : un engrenage complexe qui dispense de la violence et génère la guerre

Il apparaît impossible d’établir une linéarité entre les événements des années 1980 et ceux de 2026. Des médias rappellent comme un leitmotiv l’humiliation vécue par les Américains lors de la crise des otages de 1979. Celle-ci resterait une blessure ouverte et constituerait, près de 50 ans plus tard, une raison honorable d’ouvrir un nouveau conflit. Donald Trump lui-même resterait marqué par cet événement comme un Twitte du 4 janvier 2020 en attesterait

3.1. L’Iran au cœur ou à la périphérie des conflits du Moyen-Orient ?

On peut pourtant douter que le différend entre les États-Unis et l’Iran soit au cœur des embrasements que le Moyen-Orient a connus depuis la fin du XXe siècle. En fait, il faut se souvenir que la région du Golfe persique a connu une succession de guerres impliquant les États-Unis. D’abord, celle qui fait près d’un million de morts entre l’Iran et l’Irak de 1981 à 1988 et pendant laquelle les relations diplomatiques entre les Américains et les Iraniens sont rompues. La tension atteint son apogée en avril 1988 par une confrontation directe entre marines US et iranienne et en juillet 1988 lors de la destruction par l’US Navy de l’Airbus Iran Air 355 en vol régulier Bandar Abbas – Dubaï avec 290 personnes à bord, alors que des affrontements ont lieu dans le détroit d’Ormuz. Téhéran a soutenu et soutenait encore en 2022 que ce conflit entre la dictature baasiste irakienne, appuyée par les Occidentaux, y compris la Russie, et les pays arabes, affectait et affecterait encore pendant des décennies les relations avec ces pays. Il fait peu de doute que cette guerre, menée au nom de la défense sacrée de la patrie perse, a renforcé le régime islamiste[19].

Ensuite, en 1990, quand Saddam Hussein tente de s’emparer du Koweït, son armée est écrasée par une coalition dirigée par Washington. S’en suit le soulèvement des provinces irakiennes sous influence chiite, violemment réprimé par la garde républicaine du chef d’État irakien avec l’aval des États-Unis et de la Coalition[20]. Les Kurdes obtiennent une forme d’autonomie et l’Irak est alors mis sous tutelle. Durant cette période, des attentats sanglants sont perpétrés dans lesquels la main de l’Iran, par l’intermédiaire de ses forces de procuration (proxies) comme le Hezbollah Al-Hejaz, est identifiée. Ainsi, à Khobar (Arabie saoudite) en 1996, une des plus spectaculaires attaques est menée par les alliés ou mandataires de l’Iran contre les Américains au Moyen-Orient.

Les attaques du 11 septembre 2001 contre les États-Unis sont dirigées par le Saoudien Oussama Ben Laden (1957-2011). L’Iran n’a pas de responsabilité directe dans ces événements, ce qui n’empêche pas George W. Bush de l’inscrire dans l’Axe du Mal (axis of evil), en opposition au monde civilisé. C’est l’Afghanistan, refuge d’al-Qaïda, qui, attaquée par Washington et ses alliés, s’enflamme pour plus de vingt ans : il s’agit de la plus longue guerre que les USA aient menée dans leur histoire. En 2003, c’est également à nouveau à l’Irak que le conflit s’étend. Le pouvoir baasiste – et dès lors tout le pays – est puni et dévasté par une nouvelle coalition, en dehors de toute légitimité internationale, et sous le prétexte de posséder des armes de destruction massive. Même si Téhéran dénonce l’agression, il s’agit en fait d’une aubaine et d’un cadeau stratégique au profit de l’Iran qui voit sa principale menace disparaître[21]. C’est donc la troisième Guerre du Golfe qui, elle-même, débouche sur une nouvelle guerre civile qui ouvre la voie du djihadisme. C’est l’émergence de l’État islamique en 2006…, la coalition de 22 pays contre Daech en 2014… Dans ce chaos, l’Iran apparaît à plusieurs reprises comme un facteur de stabilité dans la mesure où, acteur sunnite extrémiste, Daech menace le régime chiite iranien et ses alliés en Irak et en Syrie. Les Gardiens de la Révolution interviennent dès 2014 contre Daech et l’État islamique (EI), en appuyant les milices chiites en hommes et en ressources financières ainsi que militaires. Le général iranien Qasem Soleimani (1957-2020) commandant de la force Al-Qods du corps des Gardiens de la Révolution islamique (1957-2020) incarne cet engagement. En Syrie, il soutient Bachar al-Assad et mobilise des bataillons de son allié libanais Hezbollah. Une frappe américaine de drone l’assassine en réponse à l’attaque menée contre l’ambassade des États-Unis à Bagdad, lors de la crise américano-iranienne de 2019-2020.

Au-delà du 11 septembre, deux autres éléments majeurs ont, selon Adel Bakawan, directeur de l’EISMENA, contribué à la décomposition du Moyen-Orient[22] : le Printemps arabe, vecteur à partir de 2010, de soulèvements populaires, d’abord porteurs d’espoirs – comme tout printemps –, mais qui laissent place à de nouveaux pouvoirs autoritaires et à des affrontements violents, de la Tunisie à la Syrie et jusqu’au Yémen. Enfin, le 7 octobre 2023 est un nouveau point de bascule. Il s’agit du déchaînement de violences lancé à l’initiative du mouvement islamiste palestinien Hamas, puis poursuivi en retour par le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou (Likoud) et de Bezahel Smotrich (Religious Zionist Party). Consécutivement, c’est l’axe de la résistance, construit par Téhéran pour répondre au discours américain de l’axe du mal et pour contrer l’influence occidentale et israélienne au Moyen-Orient, qui est mis en cause. Il est frappé aux frontières extérieures d’Israël, mais également, en l’Iran lui-même à l’initiative de Washington et de Tel-Aviv. Cette dynamique apparaît d’autant plus surprenante que, pour la première fois depuis les années 1990, au printemps 2023, l’Arabie saoudite et l’Iran avaient amorcé un rapprochement diplomatique sous l’influence de la Chine[23].

3.2. La question du contrôle du programme nucléaire iranien et ses effets

La question du programme nucléaire iranien, de même que le développement par Téhéran d’une redoutable capacité balistique constituent une base des motivations affirmées par les États-Unis et Israël pour attaquer l’Iran. La problématique de l’enrichissement de l’uranium a été mise en évidence depuis le début du siècle à l’initiative d’opposants iraniens. Depuis au moins 2002, un dialogue chaotique existe avec la communauté internationale sur le contrôle des activités nucléaires de l’Iran[24]. Le programme nucléaire iranien est ancien : il a été lancé fin des années 1950 par le shah avec le soutien des États-Unis et de l’Europe et a même constitué un point de friction entre le shah et Washington après 1974. À l’époque, comme en 2006 – au moment où l’ONU, alerté par l’AIEA, a imposé des sanctions économiques internationales – tout comme vingt ans plus tard, la défense des autorités de Téhéran a consisté à soutenir qu’il s’agit d’un programme à vocation civile et que, contrairement à Israël, à l’Inde et au Pakistan, Téhéran a ratifié le Traité de non-prolifération du nucléaire de 1968. Les Iraniens se plaignent dès lors des discriminations dont le pays fait l’objet. Cependant, il faut pouvoir reconnaître sans naïveté que des efforts iraniens pour obtenir l’arme nucléaire ne seraient pas absurdes à défaut d’être légitimes par rapport au traité. Comme le rappelle l’historien français Thomas Gomart, cette ambition traduit surtout la volonté de Téhéran d’assurer sa sécurité face aux États-Unis, à l’Arabie saoudite et à Israël[25]. De surcroît, comme l’écrivait déjà en 2009 Ariel Ilan Roth, chercheur à la John Hopkins University, malgré la profonde aversion de Téhéran pour l’État juif, il est peu probable qu’il attaque Israël avec une arme nucléaire, car l’arsenal atomique israélien est d’une ampleur bien supérieure à la capacité embryonnaire que l’Iran pourrait mettre en place dans un avenir proche. De plus, on estime qu’Israël dispose d’une capacité de riposte assurée, basée sur des sous-marins, qui pourrait dévaster l’Iran.

En 2015, à l’initiative du président américain Barack Obama l’accord JCPOA a été signé avec l’Iran à Vienne[26] permettant la levée de sanctions prises à l’encontre de l’Iran en échange de garanties précises sur la limitation par Téhéran de l’enrichissement de son uranium. Alors que cet accord était signé par les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, la Russie et la France, le président Donald Trump, faisant une véritable obsession à la fois à l’égard de l’Iran et du président Obama – s’est retiré de l’accord en mai 2018 et a pris des mesures pour appliquer à Téhéran une pression maximale[27]. Les Européens comme l’AIEA estimaient pourtant que l’Iran avait respecté ses engagements sur le plan nucléaire[28]. Contrairement aux attentes, après 2021, le Président Joe Biden n’a pas rétabli le JCPOA maintenant la stratégie ferme à l’égard de Téhéran initiée par son prédécesseur. Ce n’est que lorsque les Iraniens ont accéléré leur programme d’enrichissement d’uranium que la Maison-Blanche a repris les négociations. Le 10 juin 2025, Vali Nasr, professeur de Relations internationales à l’Université John Hopkins écrit que :

Bien sûr, les négociations entre les États-Unis et l’Iran pourraient s’enliser, et Washington pourrait revenir à une ligne plus conflictuelle vis-à-vis de Téhéran. Une telle issue risquerait de prolonger le conflit régional et d’écarter toute possibilité de nouvelle normalisation des relations arabo-israéliennes à court terme. Mais si un accord peut être conclu, les États du Golfe ont l’occasion de devenir le pivot d’un nouvel ordre régional, avec des axes les reliant à l’Iran, à Israël et aux États-Unis. Après des années de guerre et de troubles, cela pourrait enfin offrir une véritable chance d’apporter la stabilité dans la région.

Trois jours plus tard, le 13 juin 2025, Israël lance de nouveaux bombardements contre l’Iran, comme elle l’avait fait en avril et octobre 2024. L’opération israélienne est rejointe le 21 juin par l’initiative du président américain de faire bombarder trois sites nucléaires iraniens dans ce qui sera appelé la Guerre des Douze jours (the 12-Day War). Donald Trump affirme ensuite que les sites nucléaires iraniens ont été complètement détruits par ses bombardiers B2[29]. Non seulement un certain nombre d’experts y compris américains en doutent, mais estiment que le principal résultat sera que Téhéran rendra encore son programme nucléaire davantage opaque et donc renforcera l’incertitude de la communauté internationale en termes de prolifération. Observons également que, selon l’avis donné dès le 10 mars 2026 par Julie Masterson, analyste Défense à la Rand Corporation, les stocks d’uranium hautement enrichi de l’Iran ne présenteraient pas de risque immédiat de militarisation : ils sont stockés sous forme de gaz et devraient être enrichis davantage et convertis en métal pour pouvoir être utilisés dans une arme nucléaire.

Les sanctions économiques qui lui sont imposées sont loin d’être sans effet sur l’Iran : le pays connaît une récession prolongée qui provoque le mécontentement de la population et remet en cause, surtout dans la jeune génération, la légitimité de la République islamique. C’est effectivement aussi l’objectif de ces sanctions. Les manifestations populaires ont provoqué, à de nombreuses reprises – 2009, 2017, 2019[30] –, et encore en décembre 2025 jusqu’en février 2026, des répressions sanglantes. Les dernières ont été évoquées à Washington pour appeler à un changement de régime. Mais il est possible de douter que ces événements constituent la motivation d’une intervention américaine. En fait, la question des buts de la guerre lancée par Donald Trump reste posée, tout comme les chemins de sortie du conflit, tant les déclarations de la Maison-Blanche et des représentants de l’Administration US semblent confuses et se révèlent contradictoires.

Conclusion : la mise en cause du leadership international américain

Loin d’être inscrit dans un processus limpide et fluide, fait d’enchaînements causaux bien identifiés, l’objet d’étude que constitue le Moyen-Orient apparaît comme un système mouvant, particulièrement instable. Ses cadres et structures, issus des colonisations, guerres, partages et traités, jadis figés par la politique des Blocs et de la Guerre froide, s’effondrent pour laisser la place à une multitude d’émergences. Au Moyen-Orient, tous les phénomènes sont liés et la relation entre les États-Unis et l’Iran est la résultante des relations que Washington entretient avec Israël et l’Arabie saoudite, observait Pierre Guerlain, professeur de Civilisation américaine à l’Université Paris X Nanterre. On voit mal comment ce système, non linéaire, pourrait, à court ou moyen termes, se stabiliser de lui-même et, encore moins s’apaiser par le truchement de forces extérieures.

Entendre les présidents successifs des États-Unis affirmer que leurs priorités stratégiques sont dans le Pacifique et face à la Chine, puis les voir constamment revenir barboter dans les eaux de l’Océan indien et du Golfe persique constitue un véritable paradoxe[31]. On peut croire que c’est la soif de pétrole qui continue à les y attirer depuis près d’un siècle. On peut également mettre en cause la médiocrité de la connaissance des questions iraniennes par les décisionnaires de Washington[32]. Il n’empêche, voici des décennies que les États-Unis, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, alimentent des foyers de guerre au Moyen-Orient. Aussi, 2026 ne semble pas fondamentalement différer de ce qui s’est déroulé dans le Golfe depuis 2003 malgré l’expression brouillonne, chaotique et contradictoire du locataire de la Maison-Blanche. Comme il l’avait fait dans son premier mandat, Donald Trump n’a pas mis fin aux guerres, il les a poursuivies, sans même parvenir à clairement expliquer pourquoi ni comment. Comme le rappelait une carte blanche d’ambassadeurs belges publiée le 21 mars 2026, cette guerre contre l’Iran a été initiée en partie pour des raisons de politique intérieure par un Premier ministre israélien visé par un mandat d’arrêt, et par un président des États-Unis qui n’accorde aucune priorité à la démocratie et à l’État de droit (…) dans un mépris total de la Charte des Nations unies et de toutes les règles du droit international[33]. Alors que le Premier ministre d’Israël Benyamin Netanyahou répète que, depuis plus de deux ans, son armée se bat sur sept fronts, il dit voir, derrière tous ces fronts la main de l’Iran. L’hypothèse la plus plausible, c’est que les États-Unis se sont laissés embarquer par le Premier ministre israélien dans une guerre d’anéantissement contre Téhéran, avec l’ambition – tellement répétée depuis 25 ans – de remodeler le Moyen-Orient[34]. Isoler l’Iran s’inscrit dans la logique des Accords d’Abraham signés à la Maison-Blanche en 2022[35]. Il est ainsi permis de craindre le pire en termes humanitaires puisque, comme le confirme l’Institut français des Relations internationales (IFRI), deux ans de bombardements intensifs par les Israéliens sur Gaza n’ont pas éliminé le Hamas, même au prix d’au moins 50.000 morts palestiniens, principalement des civils[36]. C’est assurément la même logique dévastatrice qui est en cours tant au Sud Liban que sur l’agglomération de Téhéran en mars 2026.

Quel avenir nous réserve le nouveau conflit ? Contrairement à des confrontations précédentes, l’Iran lutte directement contre les États-Unis et Israël qui l’ont agressé et qui ont assassiné son suprême leader Ali Khameni (1939-2026), âgé de 86 ans. Ainsi, en imposant une transition au pouvoir dans des conditions d’extrême contrainte, la guerre a sans nul doute renforcé les éléments les plus radicaux du régime[37]. D’une part, la communauté internationale est consciente de la nécessité de faire retomber la tension dans cette région. D’autre part, chacune et chacun connaît l’ampleur du risque de voir tant de navires, d’avions, de missiles et de drones s’affronter sur un espace aussi restreint. Sans oublier qu’un événement de type 9/11 peut toujours survenir qui déstabiliserait à nouveau davantage le monde durant plusieurs décennies.

Ce qui est manifeste, c’est que cette crise met directement en cause le leadership mondial des États-Unis qui, au travers de l’action de leur président Donald Trump, apparaissent être devenus l’agent perturbateur principal. Ainsi, dès janvier 2026, Daniel W. Drezner et Elizabeth Saunders, professeurs à Tufts et à Columbia, estimaient que, au cours de sa première année de mandat, le président des États-Unis a sapé les instruments mêmes de la puissance américaine, provoquant un déclin de l’hégémonie des USA et les transformant en puissance révisionniste qui injecte de l’agressivité dans le système international.

En d’autres termes, l’anarchie qui émerge sous Trump est plus chaotique. Elle se rapproche davantage de l’anarchie plus primitive du philosophe politique Thomas Hobbes — un monde de « tous contre tous », où le pouvoir souverain ne peut être contesté ni au niveau national ni au niveau international. Dans cet ordre hobbesien, dirigé par un leader qui rejette toute contrainte sur sa capacité d’agir et qui est enhardi par la technologie pour agir à un rythme effréné, tout est permis. Un ordre pourrait bien finir par émerger de cette anarchie, mais cet ordre a peu de chances d’être dirigé par les États-Unis – ni de leur profiter.

Les initiatives militaires unilatérales et inconsidérées qui ont été prises au Moyen-Orient menacent non seulement la sécurité internationale, mais également le commerce mondial. Comme le rappelle la professeure Roxana Niknami de l’Université de Téhéran, chaque semaine de fermeture du détroit d’Ormuz ou chaque augmentation d’un point du Brent au-dessus des 100 dollars donne des arguments à celles et à ceux qui estiment que l’hégémonie américaine n’est plus une garantie de stabilité fiable pour l’économie mondiale. Rappelons également que le leadership ne s’exprime pas uniquement par la puissance et par la force d’action, mais surtout par la capacité de développer et de maintenir une qualité de relations avec ses alliés, ses partenaires et, plus généralement, ses interlocuteurs.

Les alliés et partenaires des États-Unis ayant déjà largement pris leur distance avec les initiatives de la Maison-Blanche, notre conviction est que ce ne peut être que de la sagesse et de l’initiative du peuple américain que peut revenir l’équilibre – fût-il précaire – qui régnait auparavant dans le monde.

Notes

[1] This analysis is derived from an interview given to the newspaper Pro-Deo, a publication of the General Student Assembly of the University of Mons Law School, on 10 March 2026.

[2] If the Allies are not to lose the war, then, at the moment of the decisive German offensive, a fighting France must have petrol, which is as essential as blood in the battles of tomorrow. Note du Président Clemenceau pour le Président Wilson, 15 décembre 1917, in Francis DELAISI, Le Pétrole, p. 143-144, Paris, Payot et cie, 1921. – Matthieu AUZANNEAU, Or noir, La grande histoire du pétrole, p. 107, Paris, La Découverte, 2015.

[3] Ervand ABRAHAMIAN, A History of Modern Iran, p. 100, Cambridge UK – New York, Cambridge University Press, 2018. – For a general overview of the Iranian issue, one might start by referring to Touraj ATABAKI ed., Iran in the 20th Century. Historiography and Political Culture, London/New York, I.B. Tauris, 2009.

[4] M. AUZANNEAU, Or noir…, p. 230-231.

[5] Herbert FEIS, Petroleum and American Foreign Policy, p. 23-24, Stanford, Stanford University Press, 1944.


[6] E. ABRAHAMIAN, A History of Modern Iran…, p. 101.

[7] Masoud KAZEMZADEH, The Iran National Front and the Struggle for Democracy: 1949–Present, p. 8sv, Berlin, De Gruyter Contemporary Social Sciences, 2024.

[8] Allen DULLES, La technique du renseignement (The Craft of Intelligence), p. 288 et 301, Paris, Robert Laffont, 1964.

[9] Robert MANTRAN, L’Iran, enjeu ou partenaire, in Encyclopaedia Universalis, vol. 9, p. 99, Paris, 1968.

[10] E. ABRAHAMIAN, A History of Modern Iran…, p. 128.

[11] E. ABRAHAMIAN, A History of Modern Iran…, p. 129.

[12] James A. BILL, Iran and the Crisis of ’78, in Foreign Affairs, December 1, 1978.

[13] Kenise MOURAD, Iran, L’an I de la révolution islamique, dans Universalia 1980, Les événements, les hommes, les problèmes en 1979, p. 286, Paris, Encyclopaedia Universalis, 1980. – In 1981, Robert Gilpin, Professor of International Affairs at Princeton University, wrote: It would be foolish to suggest, for example, that the great revolutions of the twentieth century (the Russian, Chinese and perhaps Iranian) have not had a profound impact on world politics. R. GILPIN, War and change in World Politics, p. 203, Cambridge, Cambridge University Press, 1981.

[14] Stéphanie ROZA & Amirpasha TAVAKKOLI, Lumières et antilumières en Iran, Un siècle de lutte politique, p. 231, Paris, PUF, 2026. – Jean-Pierre DIGARD, Bernard HOURCADE et Yann RICHARD, L’Iran au XXe siècle, Entre nationalisme islam et mondialisation, Paris, Fayard, 2007.

[15] Jean GUEYRAS, Iran, Une lutte impitoyable pour le pouvoir, in Universalia 1981, Les événements, les hommes, les problèmes en 1980, p. 283-286, Paris, Encyclopaedia Universalis, 1981.

[16] Pierre-Jean LUIZARD, Les racines du chaos, Irak, Syrie, Liban, Yémen, Libye, Cinq États arabes en faillite, p. 55, Paris, Tallandier, 2022.

[17] Bernard HOURCADE, Iran, in Yves LACOSTE dir., Dictionnaire de géopolitique, p. 814, Paris, Flammarion, 1993.

[18] Clément THERME, Téhéran Washington, 1979-2025, Le Grand Satan à l’épreuve de la Révolution islamique, p. 208 et 216, Paris, Maisonneuve & Larose – Hémisphères, 2025.

[19] Christopher DE BELLAIGUE, What Iran Wants, The Roots of the Islamic Republic’s Conflict, in Foreign Affairs, March – April 2025, February 25, 2025. – Vali NASR, Iran’s Grand Strategy, A Political History, Princeton University Press, 2025.

[20] Adel BAKAWAN, L’Irak, Un siècle de faillite, De 1921 à nos jours, p. 119, Paris, Tallandier, 2021.

[21] Maya KANDEL, Les Etats-Unis et le monde, de George Washington à Donald Trump, p. 161, Paris, Perrin, 2018. – Mahan ABEDIN, L’Iran en Irak, Vers l’hégémonie ?, in Thierry DE MONTBRIAL & Dominique DAVID, RAMSES 2021, Le grand basculement ?, p. 162, Paris, Dunod, 2020. – Cl. THERME, Téhéran Washington, 1979-2025…, p. 222.

[22] Adel BAKAWAN, La décomposition du Moyen Orient, p. 11-13, Paris, Tallandier, 2025.

[23] Clément THERME, L’Iran et ses voisins, Rivalités et rapprochements, in Thierry DE MONTBRIAL & Dominique DAVID, RAMSES 2025, Entre puissances et impuissances, p. 76-79, Paris, Dunod, 2024.

[24] Philippe BOULANGER, Géographie militaire et géostratégie, Enjeux et crises du monde contemporain, p. 249-252, Paris, Armand Colin, 2015. – Ariane TABATABAI, Maximum Pressure Yields Minimum Results, Trump’s favorite foreign-policy doctrine has failed, in Foreign Policy, March 6, 2019.

[25] Thomas GOMART, L’affolement du monde, Dix enjeux géopolitiques, p. 256, Paris, Tallandier, 2020. – Voir aussi André FONTAINE, L’Iran met en avant l’ambition de voir son « rang » reconnu, Monsieur Ahmadinejad ne peut ignorer l’énormité des représailles s’il ouvrait les hostilités contre Israël, dans Le Monde, 18 mars 2009. Au nom de quoi exclure l’hypothèse qu’il cherche plutôt, prenant exemple non seulement sur de Gaulle, mais aussi sur Israël, l’Inde et le Pakistan, à faire reconnaître à son pays, en se dotant de la bombe, le rang auquel il a rarement cessé de prétendre depuis que Cyrus s’est proclamé, au VIe siècle avant J.-C., roi des « quatre coins du monde » et qu’il a repris Jérusalem à Nabuchodonosor pour la rendre aux Hébreux ?

[26] JCPOA: Joint Comprehensive Plan of Action. – Dorothée SCHMID, Faillite de l’accord nucléaire iranien, Un grave échec pour le multilatéralisme, dans Th. de MONTBRIAL et D. DAVID, Ramses 2019, p. 174-177, Paris, IFRI – Dunod, 2018.

[27] Maya KANDEL, Les Etats-Unis et le Moyen Orient, Entre obsession et éloignement, in Th. de MONTBRIAL & D. DAVID, Ramses 2020, p. 206-209, Paris, IFRI – Dunod, 2019.

[28] Olivier ZAJEC, Une nouvelle ère ?, Défense et stratégie des Etats-Unis après la première année de l’administration Trump, dans Politique américaine, 2018, n°31, p. 115.

[29] Confirmed in the National Security Strategy of the United States of America, p. 1 : In Operation Midnight Hammer, we obliterated Iran’s nuclear enrichiment capacity. And, p. 28 : Iran – the region’s chief destabilizing force -has been greatly weakened by Israeli actions since October 7, 2023, and President Trump’s June 2025 Operation Midnight Hammer, which significantly degraded Iran’s nuclear program. National Security Strategy of the United States of America, Washington, White House, November 2025

[30] Azadeh KIAN, Le processus révolutionnaire en Iran, De profonds impacts sur la société in Thierry DE MONTBRIAL & Dominique DAVID, RAMSES 2024, Un monde à refaire, p. 268-271, Paris, IFRI – Dunod, 2023.

[31] Damien CAVE, Choe SANG-HUN, Javier C. HERNANDEZ & Eric SCHMITT, Mideast war could help China and change Asia, US shift of military assets to the region means less of a focus on the Pacific, in The New York Times International Edition, March 14-15, 2026, p. 5.

[32] In other words, the politicisation of Iranian issues is proportional to the difficulty of gaining a deep and detailed understanding of matters of concern to Iran (military capabilities, sociological developments, internal struggles within the Iranian regime, nuclear activities, human rights). Cl. THERME, Téhéran Washington, 1979-2025..,, p. 31-32 et 231.

[33] Our translation. Ceci n’est pas notre guerre, in La Libre Belgique, samedi 21 et dimanche 22 mars 2026, p. 34-35.

[34] Dana SOUL, America and Israel’s War to Remake the Middle East, The Perils for the Region – and the Alliance, in Foreign Affairs, March 4, 2026. https://www.foreignaffairs.com/united-states/america-and-israels-war-remake-middle-east – – Mark MAZZETTI, Julian E. BARNES, Edward WONG and Ronen BERGMAN, Israël looked for revolt in Iran, It didn’t happen, in The New York Times International Edition, March 24, 2026, p. 5.

[35] Solène LECLERC, Les accords d’Abraham, Vers un nouvel ordre régional de sécurité ? in Thierry DE MONTBRIAL & Dominique DAVID, RAMSES 2023, L’Europe dans la guerre, p. 264-267, Paris, Dunod, 2022

[36] Denis BAUCHARD, Le Moyen-Orient après le 7 octobre, Vers l’embrasement ?, in Thierry DE MONTBRIAL & Dominique DAVID, RAMSES 2026, Un nouvel échiquier, p. 214-217, Paris, Dunod, 2025.


[37] Ilan GOLDENBERG, America has no good options in Iran… in Foreign Affairs, March 23, 2026.









































To cite this article: « La guerre de 2026 dans l’évolution des relations entre l’Iran et les Etats-Unis : Vers la fin du leadership américain ? » by Philippe Destatte, EISMENA, 02/04/2026, [https://eismena.com/analysis/la-guerre-de-2026-dans-levolution-des-relations-entre-liran-et-les-etats-unis-vers-la-fin-du-leadership-americain/?lang=fr].

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