On peut soutenir qu’aucune autre question n’a autant captivé l’attention mondiale que le conflit israélo-palestinien. « Pour les Juifs, la création d’Israël fut un Retour, avec toute la signification mystique que la majuscule implique. Pour les Arabes, ce fut une nouvelle invasion », écrivait I.F. Stone en 1967 dans sa recension du Le conflit israélo-arabe, publiée par Les Temps Modernes à Paris. Les noms et les événements évoqués montrent la persistance du conflit et le degré d’implication qu’il suscite parmi beaucoup. Les sommets passés n’ont jamais concerné exclusivement la Palestine : ils ont toujours porté sur bien plus. Sommet après sommet, le champ du conflit et le nombre d’acteurs impliqués ne cessent de s’élargir.
La question palestinienne, l’un des conflits les plus complexes et inextricables de l’ère moderne, a fait l’objet d’innombrables sommets. Ironie du sort, à chaque nouveau cycle de négociations, Israël en sort renforcé, les Palestiniens affaiblis, et une solution viable paraît encore plus hors de portée. Comme le soulignent plusieurs chercheurs majeurs, aucune solution ne semble pouvoir satisfaire les deux camps. À ce stade, la solution à un ou deux États apparaît tout aussi irréalisable, comme l’affirme Robert Malley. Le récent sommet pour la paix de Charm el-Cheikh est, à bien des égards, le sommet de Trump, et il doit être lu comme tel. Dès le départ, l’approche de Trump envers la question palestinienne et la guerre à Gaza n’a jamais été réellement tournée vers la paix. Le président américain fut même parmi ceux qui ont légitimé les discours marginaux sur le déplacement forcé des populations. Le 4 février 2025, Donald Trump déclara devant la presse que les États-Unis prendraient le contrôle de la bande de Gaza, déplaçeraient sa population palestinienne et exploiteraient ses ressources. Cette déclaration donna lieu à un projet prévoyant « l’évacuation de la population de Gaza vers le Sinaï », révélé par le ministère israélien du Renseignement.
Ce document recommandait à Israël « d’évacuer la population gazaouie vers le Sinaï » en pleine guerre, par la construction de camps de tentes et de nouveaux centres urbains dans le nord du territoire égyptien, destinés à accueillir les expulsés. Il proposait également la création d’une « zone stérile de plusieurs kilomètres à l’intérieur de l’Égypte », interdisant toute activité ou résidence près de la frontière israélienne. Dans le même temps, il préconisait de mobiliser les pays alliés, en premier lieu les États-Unis, pour faciliter la mise en œuvre du plan. Ce projet fut rapidement suivi par le Gaza Riviera Plan, une esquisse dystopique inspirée de l’urbanisme des monarchies du Golfe6. De plus, le plan imaginait Gaza comme un nœud vital du India-Middle East-Europe Corridor (IMEC), un projet présenté lors du sommet du G20 à New Delhi en septembre 2023. L’ensemble de ces développements dessine les contours d’un Moyen-Orient en gestation, ou plutôt tel que certains souhaitent le voir advenir. Tous révèlent une vérité sombre : dans cet ordre projeté, il n’y a pas de place pour le peuple palestinien. L’histoire enseigne que lorsqu’un peuple devient apatride, il devient aisé d’imaginer l’avenir sans lui. En ce sens, la question palestinienne fait écho à la question kurde : deux peuples rendus apatrides par la réorganisation coloniale moderne de la région.
Le tournant décisif survint le 9 septembre, lorsque Netanyahu ordonna une frappe aérienne sur un immeuble résidentiel à Doha, visant à assassiner quatre dirigeants du Hamas alors engagés dans des négociations de cessez-le-feu. Cette attaque illustra le visage du Moyen-Orient à venir, où Israël frappe quand et où il le souhaite. Comme le formula Netanyahu, l’attaque n’était pas un échec : « le message était clair, nous y avons réfléchi avant de le lancer : « Vous pouvez vous cacher, vous pouvez fuir, mais nous vous trouverons. » Cette frappe provoqua la colère des pays du Golfe, en particulier du Qatar. Cependant, elle toucha surtout un point plus sensible encore : celui des intérêts économiques. Les affaires de la famille Trump sont en effet de plus en plus imbriquées avec les capitaux qataris et du Golfe. Trump finit donc par exercer une pression sur Netanyahu afin qu’il présente des excuses officielles à Doha.
Against this background the Sharm el-Sheikh summit emerged. The summit was a grand spectacle in its own right. For the declining power of Egypt, it offered a rare moment of relevance, something both the country and its president desperately needed. For Trump, it served multiple purposes: a gesture of reconciliation with the Gulf countries, a reinforcement of personal and familial business ties, and, not least, a retort to the Nobel Peace Prize committee that declined to honor him. Nevertheless, the summit might have a number of other impacts on Palestinians and the rest of the region. It all depends on how it evolves. The participation of leaders and officials from 27 countries, including many Islamic countries in the Middle East and beyond, can be seen as a preparatory step toward managing relations with Israel and, potentially, paving the way for further normalization.
Ici réside le paradoxe de la guerre de Gaza : si elle a isolé Israël sur la scène internationale, elle a simultanément consolidé sa position régionale. Si le conflit évolue vers une phase de paix et de reconstruction, une relation plus étroite entre Israël et les six États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Émirats arabes unis, Bahreïn et Oman – pourrait se dessiner. Les deux parties seraient soutenues par les États-Unis et formeraient ainsi les piliers de l’hégémonie américaine dans la région, dans un contexte où Washington cherche à contenir la Chine. Cette dynamique renforcerait davantage l’influence régionale d’Israël, d’autant que les pays du Golfe et Israël seraient poussés dans cette direction par les États-Unis. Si le déclin de l’Iran facilite ce processus, l’ambition régionale de la Turquie constitue un défi. Israël refusera toute présence militaire turque à Gaza, compte tenu de l’implication d’Ankara en Syrie et de l’incompatibilité entre le modèle régional turc et la vision stratégique israélienne.
Fait intéressant, la plupart des pays affichent des objectifs clairs, qu’ils participent au sommet ou s’y opposent – à l’exception de l’Irak. La position irakienne est singulière. En 2022, le Parlement irakien a adopté une loi intitulée Criminalisation de la normalisation et de l’établissement de relations avec l’entité sioniste. Comme le titre l’indique, il est même illégal d’y mentionner Israël par son nom. La loi érige la normalisation avec Israël en crime passible de la réclusion à perpétuité ou de la peine de mort. Elle fut largement le fruit de l’initiative personnelle du clerc chiite influent Moqtada al-Sadr qui, en formant une coalition avec des sunnites et des Kurdes (notamment le Parti démocratique du Kurdistan), fut accusé par ses rivaux chiites de vouloir normaliser les relations avec Israël. En réponse, il rédigea et fit adopter cette loi, fort de sa majorité parlementaire. Cet épisode illustre la prépondérance des réactions personnelles sur la diplomatie institutionnelle dans la politique étrangère irakienne.
As a result, Iraq’s regional position has become severely constrained. For example, the Iraqi prime minister could only attend the Sharm el-Sheikh summit once it was confirmed that the Israeli prime minister would not be present. Within this framework, Iraq cannot endorse a two-state solution nor effectively support the Palestinian cause, yet it also seeks to avoid direct confrontation with Israel. Consequently, Iraq finds itself unhappily isolated—caught in a gray zone between principle and pragmatism.
Notes
[1] Roberto Fabbri & Sultan Sooud Al-Qassemi. Urban Modernity in the Contemporary Gulf. 2022. Routledge.



