Le 24 juillet 2025, Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaîtrait officiellement l’État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies, prévue en septembre (la 80e session aura lieu le mardi 9 septembre 2025 et le débat général à partir du 23 septembre 2025). Cette annonce intervient dans un contexte diplomatique marqué par un appel collectif inédit de 15 pays, dont le Canada et l’Australie, invitant l’ensemble des États du monde à se joindre à eux pour reconnaître la Palestine comme État souverain. Parmi ces signataires figurent des pays européens tels que l’Andorre, la Finlande, l’Islande, l’Irlande, le Luxembourg, Malte, la Norvège, le Portugal, Saint-Marin, la Slovénie et l’Espagne. Neuf d’entre eux n’ont pas encore procédé à la reconnaissance formelle mais expriment désormais une « volonté positive » de le faire. L’initiative franco-saoudienne, lancée à l’issue de la conférence ministérielle à New York les 21 et 22 juillet, vise à maintenir en vie la solution à deux États, hypothèse mise à mal par la guerre en cours à Gaza et par l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie. Plusieurs pays arabes, dont l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Égypte, y ont également appelé le Hamas à remettre ses armes à l’Autorité palestinienne, signe d’un effort pour renforcer une gouvernance unifiée du futur État palestinien. Dès lors, entre portée symbolique et conséquences géopolitiques, cette décision soulève des questions essentielles de droit international et pourrait redessiner les équilibres diplomatiques autour de la question palestinienne.
Les fondements juridiques de la reconnaissance d’un État
Sur le plan juridique, la reconnaissance d’un État est un acte discrétionnaire de politique étrangère. Elle repose sur des critères définis par la Convention de Montevideo de 1933 :
- Une population permanente
- Un territoire défini
- Un gouvernement effectif
- La capacité d’entrer en relations avec d’autres États.
Or, si la Palestine remplit partiellement ces critères, puisqu’elle dispose d’une population permanente, d’un appareil politico-administratif incarné par l’Autorité palestinienne, elle ne contrôle pas l’ensemble de son territoire et son autorité gouvernementale est compromise par la division entre la Cisjordanie et Gaza. Cela explique pourquoi certains pays, notamment occidentaux, ont conditionné la reconnaissance à un accord négocié avec Israël, conformément aux résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui posent le principe d’une paix fondée sur le retrait israélien des territoires occupés et sur des négociations directes.
La Palestine au sein des Nations-Unies
Depuis 2012, la Palestine détient à l’ONU le statut d’État observateur non membre, obtenu par la résolution 67/19 de l’Assemblée générale. Ce statut lui permet de signer des traités multilatéraux, d’adhérer à des organisations internationales et de saisir la Cour pénale internationale, mais il ne lui donne pas de vote ni un siège au Conseil de sécurité, ce qui reste impossible en raison du veto américain. La trajectoire diplomatique de la question palestinienne s’inscrit dans une longue histoire internationale. En 1947, l’ONU adopte le plan de partage de la Palestine (résolution 181), prévoyant deux États, l’un juif et l’autre arabe, et un statut international pour Jérusalem. L’année suivante, la création d’Israël et la guerre qui s’ensuit provoquent la Nakba, l’exode de centaines de milliers de Palestiniens. En 1967, après la guerre des Six Jours, Israël occupe la Cisjordanie, Jérusalem-Est, Gaza, le Sinaï et le Golan, conduisant à l’adoption de la résolution 242 qui appelle au retrait des territoires occupés.
In 1988, the PLO unilaterally proclaimed the State of Palestine in Algiers, receiving recognition from over 100 countries. The Oslo Accords (1993–1995) established the Palestinian Authority and mutual recognition between Israel and the PLO, but the peace process was disrupted by the Second Intifada (2000–2005). In 2012, Palestine achieved its observer state status. In May 2024, Spain, Ireland, and Norway officially recognized the State of Palestine, and in 2025, France is preparing to do the same.
Des réactions internationales contrastées
L’annonce de Paris a donc suscité des réactions contrastées. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, a dénoncé sur X une décision qui « récompense la terreur » à la suite de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, ajoutant qu’un État palestinien dans les conditions actuelles « serait une rampe de lancement pour anéantir Israël ». Les États-Unis, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, ont « fermement rejeté » l’initiative française, la qualifiant d’« imprudente » et rappelant leur position constante qu’est la suivante : la création d’un État palestinien doit résulter de négociations bilatérales. Cette approche, critiquée par certains universitaires notamment Fawaz Gerges de la London School of Economics, revient selon eux à « accorder à Israël un droit de veto sur les aspirations palestiniennes à l’autodétermination.» Du côté palestinien, la reconnaissance par un membre permanent du Conseil de sécurité constitue une victoire diplomatique. Aujourd’hui, plus de 140 États membres de l’ONU reconnaissent déjà la Palestine, notamment la quasi-totalité des pays arabes, musulmans et du Mouvement dit des « non-alignés ». Cependant, le poids symbolique d’une reconnaissance française est considérable, car elle brise l’image d’un consensus occidental réticent à franchir ce pas. En Europe, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège avaient ouvert la voie en mai 2024, et l’annonce de Paris pourrait déclencher un effet d’entraînement au sein de l’Union européenne, bien que des pays comme l’Allemagne ou encore les Pays-Bas restent fermement opposés à une telle démarche.
Les scénarios possibles sur le plan géopolitique en cas de reconnaissance française de l’État palestinien
Sur le plan géopolitique, plusieurs scénarios sont envisageables. Dans l’hypothèse la plus optimiste, la reconnaissance pourrait relancer le processus diplomatique et pousser Israël à revenir à la table des négociations, notamment sous pression de partenaires économiques ou militaires. Elle pourrait également renforcer la légitimité internationale de l’Autorité palestinienne au détriment du Hamas, à condition que les pays arabes s’impliquent dans une réconciliation interpalestinienne. Mais dans un scénario plus pessimiste, cette décision pourrait au contraire durcir la position israélienne, entraîner une intensification de la colonisation en Cisjordanie et isoler diplomatiquement la France auprès de certains alliés, en particulier aux États-Unis. L’histoire récente montre que la reconnaissance unilatérale d’un État contesté, comme ce fut le cas pour le Kosovo en 2008 ou le Sud-Soudan en 2011, produit des effets essentiellement symboliques à court terme, sans résoudre les questions territoriales et sécuritaires fondamentales. Pour la Palestine, les obstacles restent nombreux : le statut de Jérusalem, le tracé des frontières, le droit au retour ou à l’indemnisation des réfugiés, ainsi que les garanties de sécurité pour Israël.
Conclusion
En définitive, la reconnaissance annoncée par la France est un acte politique à forte portée symbolique, susceptible de modifier les équilibres diplomatiques au Moyen-Orient et de provoquer une recomposition des alliances. Mais sa capacité à transformer la réalité sur le terrain dépendra de la volonté des acteurs régionaux et internationaux de s’engager dans un processus de paix crédible, fondé sur le droit international et sur les résolutions des Nations Unies, plutôt que sur des gestes diplomatiques isolés.



