Prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthistes : 5 questions pour comprendre la situation au Yémen

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Au Yémen, les combattants houthistes soutenus par l’Iran se sont emparés vendredi 11 septembre du détroit de Bab el-Mandeb. Un nouveau bouleversement dans la région et pour l’économie mondiale déjà fortement perturbée de l’autre côté de la péninsule arabique, au niveau du détroit d’Ormuz. On vous explique les récents développements dans la région avec Adel Bakawan, directeur de l’EISMENA et spécialiste du Moyen-Orient.

Ouest-France (https://www.ouest-france.fr/) Jérémy Breton 

Un véhicule de police houthiste patrouille dans une rue de Sanaa, au Yémen, le 10 septembre 2026, lors d’une campagne de mobilisation de combattants dans le cadre d’une offensive contre les troupes gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite. | EPA / YAHYA ARHAB

Le Yémen s’enfonce dans la guerre au Moyen-Orient. Le pays divisé et en proie à une guerre civile [1] depuis plus de dix ans a vécu de nouveaux bouleversements ces derniers jours [2]. On fait le point sur les derniers développements en cinq questions. 

Qui sont les Houthistes ? 

Vendredi 11 septembre, les Houthistes, groupe proxy de l’Iran qui combat le gouvernement internationalement reconnu du Yémen (soutenu par une coalition menée par l’Arabie saoudite), se sont emparés du détroit de Bab el-Mandeb après avoir pris le contrôle de la côte yéménite sur la mer Rouge et des îles situées au cœur du détroit. Cette situation a entraîné la fuite des forces gouvernementales yéménites et des bombardements de l’aviation saoudienne. La recrudescence des combats a également causé le déplacement de près de 86 000 personnes [3], a indiqué l’Onu, ce dimanche 13 septembre 2026. En juillet les rebelles houthistes qui contrôlent la capitale yéménite Sanaa avaient annoncé un blocus maritime en mer Rouge contre l’Arabie saoudite et revendiqué des attaques contre plusieurs de ses pétroliers. Ce groupe armé fait partie de l’Axe de la résistance composé entre autres de l’Iran, des mouvements islamistes du Hamas, du Hezbollah et des milices pro-iraniennes présentes en Irak.

Des partisans houthistes brandissent des pancartes et agitent des drapeaux de l’Axe de la Résistance, soutenu par l’Iran, lors d’une manifestation contre les États-Unis et Israël, à Sanaa, au Yémen, le 11 juillet 2025. | ARCHIVES YAHYA ARHAB / EPA

De confession chiite, le mouvement des Houthistes doit sa force « à l’intervention directe de l’Iran », affirme Adel Bakawan, directeur de l’Institut Européen pour les Études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (EISMENA). « Il y a des cadres dirigeants des Gardiens de la révolution islamique sur place [au Yémen, N.D.L.R.] qui transmettent non seulement leur savoir concernant les missiles balistiques et les drones mais aussi des pièces détachées » et surtout « beaucoup d’argent ».

« À ce titre, le Yémen est devenu un terrain de confrontation indirecte entre l’Iran et l’Arabie saoudite [4] », explique-t-il. Après l’accord de Pékin en mars 2023, les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite se sont normalisées. Mais la guerre du 28 février, déclenchée par l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, a décomposé le Moyen-Orient. « Une des conséquences de cette guerre, c’est la reprise de la conflictualité au Yémen. »

Pourquoi le détroit de Bab el-Mandeb est-il aussi stratégique et quelles sont les conséquences de sa prise de contrôle par les Houthistes ?

« Le détroit de Bab el-Mandeb représente 15 % de l’économie mondiale », explique Adel Bakawan. Alors que l’Iran a déjà la main sur le détroit d’Ormuz, situé de l’autre côté de la péninsule arabique et par lequel transite 20 % du pétrole mondial, la prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb est « un levier de pression inestimable pour les Iraniens et les Houthistes », analyse l’auteur de La décomposition du Moyen-Orient. La navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb est « sûre » pour tous sauf pour l’Arabie saoudite, ont affirmé vendredi les Houthistes. C’est d’ailleurs le pays qui apparaît comme le grand perdant de la situation. Pour Adel Bakawan, « ce n’est pas dans l’intérêt des Houthistes d’imposer un blocus mais c’est un message politique très important pour la communauté internationale. Ils disent : « Nous avons la main sur 15 % de l’économie internationale, vous reconnaissez un gouvernement qui n’a pas la main sur le détroit de Bab el-Mandeb ni sur la capitale, le moment est venu de négocier avec nous.» ».

Quels acteurs peuvent être amenés à intervenir si les Houthistes consolident leur position autour du détroit ?

Le 7 août 2026, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé dans la ville la plus sacrée de l’Islam le pacte de La Mecque [5]. Un pacte régional de sécurité, défensif, qui prévoit que ses membres doivent porter secours à l’un des leurs s’il est attaqué. Un pacte de faible valeur pour Adel Bakawan. « Les Pakistanais et les Turcs ne vont jamais intervenir contre les Houthistes, et par définition les Iraniens. De même que si le Pakistan était attaqué par l’Inde, l’Arabie saoudite n’interviendrait pas. Aucune alliance n’a jamais fonctionné au Moyen-Orient en termes de sécurité et de défense. Un État doit prendre lui-même en charge sa propre sécurité, sinon c’est un État fragile. »

Quid des États-Unis ?

Selon le média américain Axios [6], le prince héritier et dirigeant de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a appelé Donald Trump à deux reprises jeudi pour lui demander de frapper les combattants yéménites, en vain. Le président américain a dit samedi que les Houthistes, qui avaient subi des bombardements américains en 2025 pour s’être attaqués à des bateaux commerciaux dans le détroit de Bab el-Mandeb pour soutenir le Hamas dans sa guerre contre Israël, lui ont demandé de ne pas intervenir dans la guerre au Yémen. Pour Adel Bakawan, la situation est limpide : « Le grand perdant dans cette histoire c’est l’Arabie saoudite » et « aucun pays n’interviendra pour la défendre face à l’Axe de la résistance ».

Quelles conséquences sur l’économie mondiale ?

La situation au Moyen-Orient se traduit par un rebond des cours du pétrole (le baril de Brent est repassé au-dessus des 100 dollars) et une remontée des prix à la pompe pour les automobilistes français. Au moment de l’écriture de ce papier, le sans-plomb 95 atteint son plus haut niveau en 2026 avec un prix de 2,12 € le litre. Le gazole culmine plus haut encore avec 2,31 € le litre. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui ne croit plus à la réouverture du détroit d’Ormuz cette année, a indiqué vendredi revoir encore en baisse sa prévision de la demande mondiale de pétrole en 2026. « L’impasse persistante dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran retarde la perspective d’une normalisation des flux l’année prochaine », indique-t-elle. De son côté, la production mondiale recule de 1,6 million de barils par jour, avec « plus de 10 mb/j à l’arrêt dans le Golfe du fait des conditions de sécurité ». L’offre totale de pétrole « devrait reculer cette année, le redressement attendu dans le Golfe étant désormais repoussé à 2027 », estime l’AIE. Les prix à la pompe ne devraient donc pas baisser prochainement. Une réunion est prévue lundi entre plusieurs ministres des Affaires étrangères des pays du Golfe pour renforcer la coopération en matière de sécurité au Moyen-Orient.

Bibliographie : 

[1] Angevin Patrick, « Yémen. Quatre questions pour comprendre un conflit qui n’en finit pas », Ouest-France, 23 novembre 2018 https://www.ouest-france.fr/monde/yemen/yemen-quatre-questions-pour-comprendre-un-conflit-qui-n-en-finit-pas-6085416

[2] Ouest-France, « Les rebelles houthistes se sont emparés de l’ensemble de la côte yéménite sur la mer Rouge », Ouest-France, 11 septembre 2026, https://www.ouest-france.fr/monde/yemen/les-rebelles-houthistes-semparent-de-lensemble-de-la-cote-yemenite-sur-la-mer-rouge-b96a1026-adeb-11f1-b773-22a20d9d91fa 

[3] Le Bloa Alan, « 85 000 déplacés à cause des combats : l’ONU alerte sur la crise qui s’aggrave au Yémen », Ouest-France, 13 septembre 2026, https://www.ouest-france.fr/monde/yemen/85-000-deplaces-a-cause-des-combats-lonu-alerte-sur-la-crise-qui-saggrave-au-yemen-3d6933f8-af7b-11f1-b773-22a20d9d91fa

[4] Chapleau Philippe, « Analyse. Téhéran face à Riyad : qui sera le champion du golf Persique ? », Ouest-France, 13 septembre 2026, https://www.ouest-france.fr/monde/iran/analyse-teheran-face-a-riyad-qui-sera-le-champion-du-golfe-persique-b7416cbe-af48-11f1-b773-22a20d9d91fa

[5] Boudignon Ceili, « L’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé un accord de défense commun », Ouest-France, 7 août 2026, https://www.ouest-france.fr/monde/proche-orient/larabie-saoudite-le-pakistan-et-la-turquie-ont-signe-un-accord-de-defense-commun-f846dc88-924e-11f1-8bae-616c424ae7e0

[6] Barak Ravid, « Scoop: MBS urged Trump to strike Houthis amid Red Sea threat », AXIOS, 11 septembre 2026, https://www.axios.com/2026/09/11/houthis-yemen-saudi-trump-mbs-strikes

To cite this article: « Prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthistes : 5 questions pour comprendre la situation au Yémen » by Adel Bakawan, EISMENA, 16/09/2026, [https://eismena.com/news/prise-de-controle-du-detroit-de-bab-el-mandeb-par-les-houthistes-5-questions-pour-comprendre-la-situation-au-yemen/?lang=fr].

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