Rojava : les dernières heures d’une révolution ? 

Source: Dida Faridoon for EISMENA

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Dida Faridoon is one of the few journalists to have attended the meeting of Rojava’s political representatives held in Qamishli on August 29, 2026, with Mazlum Abdi and Ilham Ahmed among the participants. Reading her account, the meeting appears to have been a moment of truth. Away from the cameras, a difficult and at times painful debate unfolded among Kurdish leaders confronted with an existential question: what will remain of Rojava, the Syrian Dida Faridoon est l’une des rares journalistes à avoir assisté à la réunion des représentants politiques du Rojava qui s’est tenue à Qamishli le 29 août 2026, en présence notamment de Mazlum Abdi et Ilham Ahmed. À la lecture de son compte rendu, cette réunion semble avoir été un moment de vérité. Loin des caméras, un débat difficile et parfois douloureux s’est déroulé entre les dirigeants kurdes confrontés à une question existentielle: que restera-t-il restera du Rojava, des Forces démocratiques syriennes et des acquis politiques et sociaux construits depuis plus d’une décennie ? Grâce au témoignage exceptionnel de première main de Dida Faridoon, l’EISMENA donne accès aux discussions qui se sont tenues à huis clos, ainsi qu’aux entretiens qu’elle a personnellement menée avec plusieurs personnalités de premier plan au sujet de l’avenir du Rojava, des FDS et des Unités de protection des femmes (YPJ). Son témoignage nous plonge au cœur des questions, des préoccupations et des espoirs qui façonnent actuellement la pensée des dirigeants kurdes de Syrie. Surtout, il offre un rare aperçu de ce qui pourrait s’avérer être une nouvelle phase décisive dans la lutte des Kurdes de Syrie. 

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Dans le cadre de la lutte contre Daech, l’une des organisations terroristes les plus dangereuses de l’histoire contemporaine, les Unités de protection des femmes, connues sous le nom YPJ, sont apparues comme un symbole de résistance. C’est dans ce contexte que je me suis préparée à retourner dans le nord-est de la Syrie, cette région connue sous le nom de Rojava. En tant que journaliste kurde, et à travers mon travail sur le documentaire Miss Rojava, je suis cette révolution depuis 2020. J’ai été témoin de l’évolution des conflits : de la libération de la région de Daech au côté des États-Unis, à la chute du régime bassiste en 2024 et l’avènement du nouveau gouvernement dirigé par Ahmed al-Charaa. Il est tôt le matin, et nous attendons de franchir la frontière à Semalka, pour rejoindre le Rojava, depuis la région du Kurdistan irakien.  On sent tout de suite que les choses ont changé. Obtenir une autorisation n’est plus aussi simple qu’autrefois, car les Kurdes ne sont plus les seuls à exercer l’autorité ici. 

Sur la route menant à Qamishli, ma première étape, on voit encore flotter le drapeau du kurdistan, tandis que les portraits des dirigeants des partis politiques et les autres drapeaux sont moins visibles. 

J’attends de rencontrer Ilham Ahmed, une représentante du Rojava et du nord-est de la Syrie, dans son bureau au Ministère des Affaires Étrangères. Elle vient de rentrer de Damas. Comme toujours, elle était habillée simplement mais avec élégance. Je lui dis souvent : « tu as l’air d’une diplomate française”. Elle rit et répond : “oui, mais notre situation est très différente”. Peut-être, en tant que féministes, nous partageons la même vision, mais notre réalité est celle du Moyen-Orient. 

Son emploi du temps a été modifié en raison d’une réunion prévue le lendemain avec la majorité des partis politiques kurdes du Rojava. Il doivent discuter de sa rencontre avec le gouvernement syrien. 

29 Août 2026 — Qamishli, parc Azadi 

La réunion était présidée par Ilham Ahmed, représentante du Rojava et du nord-est de la Syrie, et Mazlum Abdi, ancien commandant en chef des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), en présence de la majorité des partis politiques kurdes du Rojava. Elle avait pour objectif de faire le point sur la dernière réunion qui s’est tenue à Damas. 

Que s’est-il passé ?

La dernière réunion à Damas entre les représentants des Kurdes du nord-est de la Syrie – Rojava – menés par Ilham Ahmed et Mazlum Abdi, et le gouvernement syrien avait pour objectif de négocier un accord visant à intégrer les deux administrations tout en cherchant à garantir certains droits fondamentaux aux Kurdes. Les discussions ont notamment porté sur le droit d’apprendre leur langue maternelle à l’école, sur ce qu’il adviendrait après la dissolution des FDS, ainsi que sur l’avenir des Unités de protection des femmes (YPJ). L’accord n’a pas été bien accueilli par de nombreux partis kurdes, notamment en raison des postes proposés aux représentants kurdes. Mazlum Abdi, l’ancien commandant en chef des FDS, deviendrai un conseiller du président syrien. Un siège au Parlement syrien a également été proposé à Ilham Ahmed, comme elle me l’a elle-même confié.

Source : Dida Faridoon pour EISMENA

Il y a également eu une longue discussion sur l’enseignement en langue Kurde. Finalement, seules trois classes en kurde ont été autorisées sur les territoires kurdes. La réunion a duré de 9 heures à 15 heures. À l’issue de celle-ci, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Ilhan Ahmed dans sa voiture lorsqu’elle était en route pour une autre réunion de consultation. 

Sur le chemin menant au ministère des Affaires étrangères, où elle travaille à Qamishli, elle m’a expliqué qu’à la suite de cet accord, elle allait s’installer à Damas pour y poursuivre son travail.

Je lui ai demandé : 

« Après tous ces conflits, toute cette incertitude, ces avancées et ces revers, reste-t-il encore de l’espoir ? »

Ilham Ahmed a répondu : 

« Pour notre peuple, qui mérite un meilleur avenir, bien sûr nous devons garder de l’espoir. Je sais que ce n’est pas pour cela que notre peuple s’est battu toutes ces années, mais la réalité est différente aujourd’hui. Nous sommes toujours en train de négocier. Rien n’est joué. Et nous savons aussi que la société syrienne n’est pas encore prête à accepter pleinement notre vision de la démocratie ni à s’y habituer. »

Et qu’en est-il des YPJ ? 

« Les YPJ continueront d’exister, mais peut-être dans un uniforme différent, » m’a confié Ilham Ahmed. 

Pourquoi les YJP sont-elles importantes ? 

Les YPJ ont été fondées en 2012 et comptait alors environ 15 000 combattantes. Leurs membres ont pris part à la guerre contre Daech, l’une des organisations terroristes les plus dangereuses de l’histoire contemporaine. Au cours de ce conflit, les YPJ sont devenues un symbole de résistance. Pour moi, en tant que femme kurde, et pour de nombreuses femmes et de filles à travers le monde, les YPJ et la révolution des femmes dans cette région connue sous le nom de Rojava sont devenues des symboles d’espoir. Elles incarnent également les acquis politiques et sociaux obtenus au prix d’années de conflits et de lutte. Je les ai vues transformer une région qui n’avait jamais existé sous cette forme auparavant en un territoire désormais perçu comme une terre dirigée par des femmes. 

Source : Dida Faridoon pour EISMENA

Pour beaucoup d’entre nous, féministes engagées dans la lutte pour les droits des femmes, écrire ou manifester était l’un des rares moyens disponibles pour nous exprimer et défendre nos droits. Au Rojava, les YPJ ont montré au monde une autre façon de se protéger et de défendre ses droits, car elles étaient confrontées à une réalité très différente. La plupart des combattantes des YPJ ont rejoint leurs rangs dès leur plus jeune âge. 

C’était le cas de la commandante des YPJ, Rohlat Afrin. Lors d’une précédente interview en 2025, dans l’un des camps d’entraînement de Hassaké, exactement deux mois après la chute d’al-Assad, je lui ai demandé ce qu’elle pensait du nouveau gouvernement. 

Elle m’avait répondu : 

« Nous devons savoir à qui nous avons affaire, contre qui nous nous sommes battus et qui nous pourrions être amenés à affronter à nouveau. » 

Ses paroles nous ont amenés à considérer que l’idéologie du gouvernement de transition et celle incarnée par les YPJ représentaient deux visions profondément différentes. Tout reste incertain. Mais après avoir suivi cette situation pendant toutes ces années, deux choses me semblent claires depuis longtemps : l’espoir et la résistance. Après avoir vécu pendant cinquante ans sous un régime qui imposait des restrictions aux femmes, ces femmes sont devenues des courageuses combattantes. 

L’avenir qui les attend reste incertain. Mais une chose est sûre : après plus d’une décennie de guerre, de révolution et de bouleversements politiques, les femmes du Rojava sont devenues des actrices qu’aucun nouvel ordre politique syrien ne pourra facilement ignorer. 

To cite this article: « Rojava : les dernières heures d’une révolution ?  » by Dida Faridoon, EISMENA, 14/09/2026, [https://eismena.com/analysis/rojava-the-final-hours-of-a-revolution/?lang=fr].

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