COP29 : Un chapitre décevant de la diplomatie climatique ?

COP29 President speaking. Photo: AFP. (RUDAW)

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Mohamad al-Basem

Mohamad al-Basem

La 29e édition de la Conférence des Nations Unies sur le climat, tenue à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, n’a pas réussi à atteindre les accords révolutionnaires que beaucoup espéraient. Placé sous le signe de l’engagement à financer des initiatives visant à répondre aux impacts du changement climatique, le sommet promettait un soutien dans des domaines clés : aider les communautés touchées par des catastrophes liées au climat, soutenir les populations déplacées, renforcer les capacités des organisations œuvrant dans les domaines de l’aide, de la sensibilisation et de la planification de projets, ainsi que promouvoir des initiatives accélérant la transition vers les énergies propres.

Cependant, ces attentes n’ont pas été comblées en raison de la faiblesse des négociations menées lors de la conférence. Plusieurs organisations ont exprimé leur déception face à la gestion de l’événement par l’Azerbaïdjan, certaines allant jusqu’à se retirer dès la première semaine. Les débats ont mis en lumière la réticence des pays du « Nord global » à honorer leurs engagements financiers en faveur de l’action climatique. Bien que ces nations soient les principaux responsables de la dégradation environnementale mondiale, elles ont refusé d’apporter des concessions significatives, notamment en ce qui concerne la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles et des industries dépendantes du pétrole, du gaz et des plastiques.
Des militants écologistes, des défenseurs du climat, des journalistes et des organisations concernées ont fait entendre leurs voix tout au long de la conférence. La COP29 a été le théâtre de manifestations pacifiques d’une ampleur inédite par rapport aux sommets climatiques précédents. Les protestataires ont dénoncé les pays du « Nord global », les nations industrialisées et les gouvernements qui allouent des milliers de milliards de dollars au financement des guerres, mais hésitent à investir des montants équivalents pour sauver la planète d’un phénomène que beaucoup qualifient d’« écocide ».

La rhétorique politique a dominé les discussions lors du sommet de Bakou, mettant en évidence l’incapacité des principaux acteurs, notamment les États-Unis et les pays européens, à apporter des contributions substantielles en faveur d’un monde durable et plus vert. La conférence a convenu de relever l’objectif de financement fixé lors de la COP 28 à Dubaï, le faisant passer de 100 milliards à 300 milliards de dollars. Toutefois, malgré les défis liés à la mobilisation d’un tel montant, celui-ci demeure insuffisant au regard de l’ampleur de la crise mondiale.
Les grandes économies ont continué d’éviter d’assumer leur responsabilité à l’égard du bien-être des pays du « Sud global », malgré les appels lancés l’année précédente en faveur d’une multiplication des contributions. Les nations industrialisées semblaient principalement concentrées sur les profits à court terme, accordant peu d’attention aux catastrophes environnementales et climatiques imminentes qui menacent la planète dans les décennies à venir.
Les négociations ont clairement été marquées par des lacunes fondamentales, notamment l’indifférence du « Nord » face aux besoins urgents du « Sud ». Les délégations occidentales semblaient détachées des dures réalités auxquelles est confronté le « Sud global », ne manifestant ni compréhension ni empathie à l’égard de leur situation.

Ces pays restent réticents à assumer la responsabilité de la lutte contre le changement climatique, une crise largement alimentée par leurs propres industries et leur dépendance aux combustibles fossiles. L’engagement proclamé dans la Charte du Commonwealth de protéger « les nations les plus vulnérables » résonne comme un discours creux pour ceux qui se trouvent en première ligne de la crise climatique.
La coalition des pays en développement a rejeté la proposition d’allouer 250 milliards de dollars par an aux pays les plus pauvres pour lutter contre les impacts du changement climatique. L’enjeu central de ce débat réside dans un paradoxe : de nombreux pays en développement, bien qu’étant producteurs de pétrole, contribuent très peu aux effets négatifs du changement climatique. Cependant, en raison de mauvaise gestion financière, de corruption et d’inefficacités administratives, ces nations demeurent classées comme « riches en pétrole mais encore en développement ». L’Irak en est un exemple frappant de cette contradiction : le pays cherche à bénéficier des fonds climatiques tout en étant critiqué pour sa forte dépendance aux combustibles fossiles. La solution réside dans une transition progressive vers les énergies propres, un changement qui s’applique également à des pays comme l’Arabie Saoudite et l’Azerbaïdjan.

Un projet d’accord financier a été présenté, visant à mobiliser 1,3 trillion de dollars par an d’ici 2035 pour les pays en développement. Ce financement dépendrait des contributions des économies avancées et d’autres sources de financement, comme les fonds privés ou de nouvelles taxes. Cependant, les chances de succès semblent minces, étant donné que les nations riches refusent catégoriquement de partager ne serait-ce qu’une petite portion de leurs énormes profits tirés de l’exploitation de la planète. Il est à noter que les demandes des pays en développement – déjà rejetées – ne représentent pas plus de 1 % du PIB mondial. « Est-ce trop demander pour sauver des vies ? » pouvait-on lire sur la pancarte d’un jeune manifestant lors de la conférence. Il est irrationnel pour les nations riches de continuer à développer leurs économies aux dépens des populations du « Sud global ». Le moment est venu de transformer les mécanismes de production et de privilégier les énergies propres. Le monde s’effondre sous le poids des défis climatiques, avec des centaines de millions de personnes déplacées en raison de la migration induite par le climat, un nombre qui ne cesse d’augmenter.

Les États-Unis, entre autres, doivent affronter cette réalité : leur priorité est-elle de financer des guerres et d’aggraver la dégradation de la planète, ou de la reconstruire grâce à des initiatives écologiques et de promouvoir des moyens de subsistance durables ? Le modèle de leadership mondial nécessite une refonte fondamentale, car il aliene de plus en plus les populations les plus vulnérables.

Dans de nombreux pays, les déplacements liés au climat ont incité à une réévaluation des frontières entre les populations autochtones et les migrants, signalant des changements démographiques imminents et de potentielles menaces pour la sécurité. La seule solution viable est d’accélérer une transition énergétique juste, qui prenne en compte l’urgence de l’action climatique tout en abordant les inégalités qui exacerbent la souffrance des populations les plus vulnérables du monde. Il est impératif d’accélérer les accords visant à réduire la production de plastique, à développer de nouveaux systèmes de gestion des déchets et à promouvoir une économie circulaire fondée sur le recyclage. L’application des traités sur la pollution plastique est particulièrement urgente, puisque 99 % des plastiques sont issus de produits chimiques dérivés des combustibles fossiles. Lors de la conférence climatique, il a été souligné que la production continue de plastiques accélère non seulement la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes, mais menace également la santé humaine, animale et végétale en compromettant la sécurité alimentaire et celle des ressources en eau.

Un traité visant à éliminer progressivement les combustibles fossiles pourrait être facilité par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), offrant un cadre global pour l’élimination progressive de tous les combustibles fossiles. Cependant, atteindre cet objectif nécessite un engagement sincère de la part des principaux acteurs de la conférence, un résultat qui semble peu probable dans un avenir proche. Le scepticisme face au changement climatique reste profondément ancré dans les politiques de certains pays clés, notamment les États-Unis et la Chine.

Néanmoins, cette question doit être une priorité lors de la COP 30, prévue au Brésil. Réaliser des progrès significatifs à cet égard nécessitera une détermination et une collaboration sans précédent de la part de toutes les parties concernées. Sans de tels efforts, la communauté internationale continuera de faire face à des menaces croissantes liées à la pollution plastique et à la dépendance aux combustibles fossiles.

Il est à la fois ironique et préoccupant que la prochaine conférence climatique se tienne au Brésil, un pays qui augmente activement sa production de pétrole, comme en témoigne son appartenance à l’OPEP et ses progrès limités vers les énergies propres. Cette contradiction souligne le caractère chaotique et souvent contradictoire des négociations climatiques mondiales.

Cependant, ce paradoxe ne diminue en rien l’urgence de la tâche à accomplir. La lutte pour la justice climatique doit se poursuivre, car elle demeure le seul moyen de prévenir un effondrement global et d’éviter la menace imminente des extinctions massives. Les efforts de chacun doivent persister, alimentés par l’espoir de garantir un avenir durable pour tous.

Photo prise par Mohamad Al-Basem lors de la COP29

To cite this article: « COP29 : Un chapitre décevant de la diplomatie climatique ? » by Mohamad al-Basem, EISMENA, 27/12/2024, [https://eismena.com/research/cop29-un-chapitre-decevant-de-la-diplomatie-climatique/?lang=fr].

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