Le nucléaire comme symptôme : Israël, l’Iran et l’effritement des règles tacites

Iranian First Vice President Eshaq Jahangiri coming in Bushehr to broke ground the second phase of Bushehr Nuclear Power PlantPhoto: Wikimedia Commons

Auteur

Lova Rinel Rajaoarinelina

Lova Rinel Rajaoarinelina

Introduction — Le nucléaire n’explique pas tout, mais il révèle tout

Dans la confrontation entre Israël et l’Iran, la question nucléaire s’impose comme grille de lecture dominante. Elle structure les discours politiques, justifie les frappes, mobilise les chancelleries et alimente les peurs. Pourtant, cette centralité est trompeuse. Le nucléaire n’est pas la cause première du conflit ; il en est le révélateur le plus dense. Il cristallise une crise plus profonde : l’incapacité du système régional à instaurer un respect mutuel entre ses membres, et l’effritement d’un ordre international que les États préfèrent désormais contourner, défier ou s’en désengager. La problématique centrale n’est donc pas seulement la prolifération. Elle résulte de l’opposition de deux défiances de nature différente. En effet, l’Iran instrumentalise le seuil nucléaire pour contester un système international qu’il juge asymétrique et hypocrite. La posture israélienne, elle, ne relève pas d’une remise en cause de l’ordre mondial en tant que tel, mais d’un scepticisme au regard de la capacité réelle de ce système à garantir la sécurité de l’ État juif face à un environnement qu’il tient pour structurellement hostile.

Dans les deux cas, le nucléaire devient moins une arme qu’un langage politique : un langage qui permet de signaler sans frapper, de menacer sans déclarer, et de structurer l’incertitude sans en assumer le coût maximal. C’est pourquoi l’attaque israélienne de juin 2025 ne peut être lue de manière satisfaisante ni comme une simple opération de contre-prolifération, ni comme un épisode militaire isolé. Elle s’inscrit dans une séquence ouverte par le 7 octobre 2023, dans l’épuisement des règles tacites de la guerre de l’ombre entre Israël et l’Iran, et dans une recomposition plus vaste où le droit international est à la fois invoqué, contourné et disqualifié.

I. Ce que signifie, pour Israël, un Iran au seuil nucléaire

Pour Israël, la menace d’un Iran au seuil nucléaire n’est pas une hypothèse théorique. C’est la perspective concrète qu’un adversaire qui nie sa légitimité et qui soutient ses ennemis régionaux, puisse un jour sanctuariser cette hostilité, sa stratégie de déstabilisation régionale et son soutien aux groupes armés grâce à la dissuasion nucléaire. Les données disponibles nourrissent cette lecture : dans son rapport de 2025, l’AIEA estime que l’Iran détenait, au 13 juin 2025, 440,9 kg d’uranium enrichi à 60 %, soit un niveau très proche du seuil militaire, sans que l’Agence puisse garantir le caractère exclusivement pacifique du programme iranien. Le Parlement britannique rappelait la même année qu’aucun autre État non doté reconnu au titre du TNP ne produit et n’accumule de telles quantités à ce niveau d’enrichissement. Cela constitue une infraction aux engagements de l’Iran vis-à-vis du TNP, mais ce n’est pas le seul problème. Pour comprendre l’intensité de l’inquiétude israélienne, il faut aller au-delà de la technique pour s’intéresser aux racines politiques du problème.

L’Iran nucléaire ne représente pas seulement, pour Israël, un risque de frappe future ; mais la menace d’une restriction durable de sa liberté d’action. Un Iran au seuil peut continuer à financer, armer ou encourager des acteurs hostiles tout en compliquant radicalement le calcul israélien, en rendant imprévisible le coût d’une riposte élargie. L’arme, ou même la quasi-arme, vaut alors comme mécanisme de sanctuarisation de l’hostilité. C’est bien ce qui fait de la question nucléaire un enjeu existentiel dans la doctrine israélienne et un défi multidimensionnelle en ce qu’ elle agrège la menace balistique, la guerre par procuration, la mémoire des discours d’élimination, et la peur de voir se refermer la fenêtre d’opportunité pour agir. Cette lecture est une interprétation, mais elle s’inscrit pleinement dans les analyses sur la « sécularisation » d’Israël face à l’Iran et avec l’évolution de la guerre de l’ombre. Cette peur s’inscrit dans une histoire politique plus longue, faite de persécutions européennes, de faillites des garanties extérieures et d’une méfiance profonde envers la protection internationale. Plusieurs travaux académiques rappellent que la suspicion israélienne envers l’Europe plonge aussi ses racines dans l’histoire de la persécution des Juifs sur le continent et dans le décalage persistant, aux yeux d’Israël, entre les injonctions morales européennes et la réalité de ses propres impératifs sécuritaires. Un article académique consacré à la relation UE-Israël note explicitement, que la suspicion israélienne vis-à-vis de l’Union européenne, s’enracine dans cette histoire européenne de la persécution et dans les atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Un autre travail du Begin-Sadat Center décrit la défiance israélienne envers les motifs et les actions de l’Europe comme un trait récurrent de la relation bilatérale.

Cette défiance s’exprime aujourd’hui de manière frontale. En mai 2025, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé des responsables européens d’alimenter une “incitation antisémite toxique”. En mars-avril 2026 la relation franco-israélienne s’est encore dégradée, au point que Le Monde décrivait un Israël “tournant le dos” à la France, tandis que Paris était critiqué par Israël et les États-Unis dans le contexte de la guerre contre l’Iran. Ce ne sont pas des preuves d’une doctrine globale anti-européenne, mais ce sont des indices puissants d’une lecture israélienne de l’Europe comme espace à la fois moralisateur, instable et potentiellement défaillant. C’est ici que la question du 7 octobre devient centrale. Les sources ouvertes ne permettent pas d’affirmer que l’Iran a dirigé l’attaque du Hamas au sens opérationnel du terme. Reuters rapportait dès le 9 octobre 2023 que la Maison Blanche jugeait l’Iran “complice”, tout en précisant ne disposer d’aucune preuve d’une participation directe iranienne à l’attaque. Le 10 octobre, Reuters rapportait aussi que Khamenei niait toute implication directe, tout en saluant l’attaque. D’autres informations relayées par Reuters en novembre 2023 indiquent que Khamenei aurait fait savoir au chef du Hamas que Téhéran n’avait pas été prévenu à l’avance et qu’il n’entrera pas en guerre pour le mouvement. Autrement dit, la thèse d’un commandement direct n’est pas établie publiquement ; celle d’une responsabilité stratégique, logistique, financière et idéologique, elle, l’est beaucoup plus solidement.

C’est ce point qui autorise une hypothèse politique forte : pour une partie d’Israël, juin 2025 n’a pas ouvert un nouveau front ; il a déplacé la guerre vers ce qui est perçu comme son centre de gravité. Le 7 octobre a détruit l’illusion selon laquelle la guerre de l’ombre avec l’Iran, faite d’intermédiaires, de seuils et de dissuasion indirecte, suffisait encore à contenir le risque. Carnegie l’a formulé nettement après les échanges directs d’avril 2024 : la guerre de l’ombre israélo-iranienne est “finie” telle quelle, et de nouvelles “règles d’engagement” semblent s’installer. Cette lecture ne vaut pas preuve d’une vengeance pure et simple ; elle permet en revanche de soutenir que le post-7 octobre a élargi, côté israélien, la définition de la légitime défense jusqu’à inclure l’Iran, considéré comme le moteur principal de l’insécurité régionale. Reste que cette lecture doit être critiquée.

En effet, plus Israël agrège dans un même cadre le traumatisme du 7 octobre, la menace des proxys et la question nucléaire, plus il risque de transformer la prévention en politique de remodelage régional. En suivant ce raisonnement, la réalité ne permet pas d’affirmer qu’un affaiblissement brutal du régime iranien produirait un Iran plus stable, plus coopératif, ou moins hostile à long terme. Une partie du pari israélien repose ainsi sur une projection politique incertaine : le coût de l’inaction serait plus élevé que celui d’une action susceptible de déstabiliser encore davantage la région. C’est un raisonnement stratégiquement compréhensible ; ce n’est pas pour autant un raisonnement stabilisateur. Si Israël voit dans le nucléaire iranien une menace totale, l’erreur serait de réduire la posture iranienne à une simple recherche de survie. Le nucléaire iranien n’est pas seulement une assurance-vie potentielle. Il est aussi un instrument de contestation, un défi lancé à la fois à l’ordre régional et à l’architecture normative internationale.

II. L’Iran : la stratégie du seuil comme contestation politique

L’Iran ne s’est pas contenté de développer des capacités sensibles ; il a construit une politique du seuil. Cette politique repose sur un paradoxe : rester juridiquement dans le TNP, revendiquer un droit au nucléaire civil, ne pas franchir officiellement le seuil de l’arme, tout en s’en approchant suffisamment pour transformer cette capacité latente en levier stratégique. L’AIEA, qui continue de suivre les matières déclarées, souligne toutefois les limites croissantes de sa capacité de vérification depuis que l’Iran a réduit l’accès de l’Agence et détruit la “continuité de connaissance” sur certains segments du programme après l’érosion du JCPOA. Reuters rappelait en juin 2025 que l’AIEA n’avait plus la visibilité d’ensemble qu’elle avait avant le retrait américain de l’accord et les restrictions imposées ensuite par Téhéran. Cette stratégie du seuil possède une dimension capacitaire évidente, mais elle est aussi une stratégie de langage. En accumulant de l’uranium enrichi à 60 %, l’Iran adresse un message de puissance, sans assumer encore le coût maximal d’une puissance nucléaire. En demeurant partie au TNP, l’Iran conserve une ressource argumentative précieuse : celle de l’État partie qui se dit soumis à des inspections et qui dénonce le double standard d’un ordre international beaucoup plus tolérant à l’égard d’Israël, puissance nucléaire de fait mais non partie au traité. Ce raisonnement rencontre un écho bien réel dans une partie du Sud global, précisément parce qu’il pointe une asymétrie juridique et politique difficile à nier. Le SIPRI, comme le ministère français des Affaires étrangères, rappellent qu’Israël figure avec l’Inde et le Pakistan parmi les États non-parties au TNP.

Cette stratégie iranienne ne relève pas seulement d’un calcul opportuniste. Elle s’inscrit dans une expérience politique marquée par la guerre Iran-Irak, par la mémoire d’un isolement stratégique profond, et par la conviction que les garanties internationales sont réversibles. Dans cette perspective, le seuil nucléaire n’est pas seulement un outil de contestation ; il est aussi perçu comme une forme de sécurisation minimale dans un environnement jugé structurellement instable. Mais cette lecture reste incomplète. L’Iran ne se contente pas de se protéger : il projette. Sa stratégie articule mémoire du traumatisme irakien, rivalité avec les puissances du Golf et construction d’un espace d’influence régionale fondé sur des relais armés. Les Gardiens de la Révolution jouent ici un rôle structurant. Leur doctrine ne vise pas seulement la défense du régime, mais l’organisation d’un rapport de force durable, dans lequel Israël fonctionne comme un un pôle de mobilisation idéologique autant que stratégique. Cette dimension idéologique s’incarne aussi dans des dispositifs comme la journée d’Al-Qods, où la question israélienne est mise en scène comme un enjeu central de mobilisation. Sans en faire une preuve suffisante, cet exemple illustre la place qu’occupe Israël dans la stratégie iranienne, comme un point de cristallisation permettant d’articuler discours politique, légitimation interne et projection régionale.

Dans cette perspective, l’accès au seuil nucléaire prend une fonction supplémentaire : il ne s’agit plus seulement de dissuader une attaque ou de garantir la survie du régime, mais de sanctuariser un espace d’influence en cours de consolidation. L’arme – ou même la quasi arme – ne protège pas uniquement un territoire ; elle protège un rapport de force. Elle permettrait à l’Iran de poursuivre sa projection régionale en rendant beaucoup plus coûteuse toute tentative extérieure de remise en cause de cet équilibre.

Il faut donc aller plus loin que la formule du « programme nucléaire.» Pour Téhéran, le seuil nucléaire est une manière d’habiter les marges du droit pour en exposer les failles. C’est moins une sortie du système qu’une exploitation méthodique de ses incohérences. L’Iran peut ainsi soutenir à la fois qu’il n’a pas l’arme, qu’il reste dans le traité, qu’il subit une pression exceptionnelle, et donc que le système ne protège pas ceux qui jouent formellement le jeu. Reuters notait d’ailleurs en juin 2025 que, dans le contexte des frappes israéliennes, des voix iraniennes menaçaient d’envisager une sortie du TNP, au motif qu’un traité incapable de protéger un État partie attaqué par un État nucléaire de fait, perdait sa fonction politique[1].

Toutefois, restons vigilant, ce point ne doit pas conduire à sous-estimer la dimension offensive de la posture iranienne. Cette ambiguïté nucléaire n’est pas portée par un environnement doctrinal neutre. Elle s’adosse à une rhétorique d’hostilité radicale envers Israël, à une culture politique de mobilisation par l’ennemi, et à un soutien ancien à des organisations armées qui ont fait de la lutte contre Israël une part de leur identité. Le fait qu’aucune preuve publique décisive établisse un ordre opérationnel iranien le 7 octobre ne n’exonère en rien Téhéran sur le terrain stratégique. Reuters parlait d’une “complicité” iranienne sans preuve de direction directe ; c’est précisément cette zone grise qui fait la force de la stratégie iranienne : être suffisamment impliqué pour peser, mais suffisamment en retrait pour conserver le déni plausible.

Il faut ici tenir ensemble deux idées.

  • La première : le Hamas n’a pas nécessairement agi comme l’exécutant d’un ordre iranien.
  • La seconde : son action s’inscrit dans un écosystème idéologique, financier et militaire dont l’Iran est l’un des architectes les plus constants.

Cette nuance est importante, parce qu’elle évite deux erreurs symétriques : celle qui ferait de l’Iran le commanditaire mécanique du 7 octobre, et celle qui l’exonérerait au motif qu’aucune chaîne de commandement direct n’est démontrée publiquement. En réalité, Téhéran peut très bien avoir été surpris dans le tempo ou dans l’ampleur de l’opération tout en étant politiquement responsable de l’univers stratégique qui l’a rendue possible. La conséquence de cette double logique est décisive : tant Israël que l’Iran s’affranchissent, chacun à leur manière, des normes du régime international de non-prolifération. L’un le travaille de l’intérieur pour en dénoncer les contradictions ; l’autre s’en tient à distance au nom de sa sécurité. Dès lors, la crise nucléaire devient aussi une crise du droit.

III. Israël, l’Iran et le droit international : de la contrainte au soupçon

Le débat juridique sur les frappes de juin 2025 est révélateur de l’état du système international. Reuters rappelait que l’AIEA pouvait surveiller certains aspects du programme iranien sans pour autant garantir son caractère pacifique, notamment faute d’accès complet et de “continuité de connaissance”. Cette fragilité de la vérification nourrit l’argument israélien selon lequel l’attente ferait courir un risque supérieur à l’action. Pourtant, la contrepartie est lourde : frapper un État partie au TNP au nom d’une prévention élargie revient aussi à envoyer le message qu’un traité et un régime d’inspection ne suffisent plus à protéger celui qui s’y soumet formellement. C’est ici que la posture israélienne mérite d’être analysée avec la même sévérité conceptuelle que celle de l’Iran. On présente souvent Israël comme le défenseur de l’ordre contre un régime proliférant. Au-delà de la doctrine d’amimut — cette ambiguïté nucléaire organisée qui consiste à ne ni confirmer ni démentir la possession de l’arme — le fait qu’Israël ne soit pas partie au TNP est en lui-même un signal politique. AP rappelait en juin 2025 qu’Israël n’a jamais signé le traité et n’est donc pas soumis au même régime d’inspection que l’Iran, tandis que le SIPRI et le Center for Arms Control and Non-Proliferation rappellent depuis longtemps que cette opacité a été tolérée par ses alliés comme par ses adversaires.

Ce choix peut se lire comme une défiance à l’égard du droit international. Non pas nécessairement un rejet du droit en bloc, mais la conviction que, dans certaines configurations, le droit peut se retourner contre Israël, l’entraver davantage qu’il ne le protège et se révéler incompatible avec l’exigence ultime de défense. C’est à ce niveau que la comparaison avec l’Iran devient intéressante[2]. L’Iran conteste l’ordre international en l’exploitant jusqu’à ses limites ; Israël le conteste en refusant de s’en remettre pleinement à lui dans le domaine le plus sensible de tous. L’un et l’autre disent, chacun à sa manière, que la sécurité réelle se joue ailleurs que dans la pure normativité[3]. C’est aussi ce qui permet de relire le rapport israélien à l’Europe. Si Téhéran dénonce l’hypocrisie de l’ordre international, Israël soupçonne une partie de l’Europe de ne jamais comprendre entièrement ses problèmes, voire de pouvoir l’abandonner à nouveau dans l’épreuve. Les accusations de Gideon Saar contre des responsables européens en 2025, la dégradation de la relation franco-israélienne en 2026, et la représentation récurrente d’une Europe plus prompte à admonester qu’à protéger s’inscrivent dans cette logique. Là encore, il ne s’agit pas de valider cette lecture, mais de reconnaître qu’elle structure une part du raisonnement stratégique israélien.

Conclusion — Deux défiances, une même corrosion

Le plus inquiétant, dans cette séquence, n’est peut-être pas seulement le risque d’une prolifération future. C’est le fait que le nucléaire soit devenu, pour les deux acteurs, le lieu où se condense une défiance plus vaste. Pour l’Iran, il est l’instrument par lequel un État parti au TNP expose l’inégalité de l’ordre international tout en se donnant les moyens de ne pas disparaître. Pour Israël, il est la preuve que la survie ne peut être laissée ni à la bonne volonté des institutions, ni à l’intelligence morale d’une Europe jugée vieillissante, hésitante, parfois hostile, toujours insuffisamment consciente de ce que représente pour lui la possibilité d’une défaite existentielle.

Au-delà de la stratégie d’amimut, le refus d’Israël d’adhérer au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires constitue donc bien un signal politique. Il traduit une défiance profonde à l’égard d’un ordre international dont Israël ne croit ni à la constance, ni à la capacité réelle de protection. L’histoire, pour lui, a démontré que les normes ne protègent pas nécessairement les États menacés et peuvent même, dans certaines circonstances, se retourner contre eux. Dans cette perspective, le droit n’est pas rejeté en tant que tel ; il est subordonné à une exigence supérieure : la survie. Là où l’Iran exploite les marges du système pour en exposer les failles et en contester la légitimité, Israël choisit de s’en tenir à distance, convaincu que sa sécurité ne peut être déléguée. Ce face-à-face ne raconte donc pas seulement une crise nucléaire. Il révèle la rencontre de deux défiances — et, plus profondément, l’effritement d’un ordre juridique international qui, pour l’un comme pour l’autre, n’apparaît plus comme une garantie, mais comme une contrainte incertaine. Si cette lecture est juste, alors la véritable ligne de fracture n’oppose pas simplement un État proliférant à un État menacé. Elle oppose des acteurs qui, chacun à leur manière, ne croient plus que le système les sauvera. Et c’est précisément dans cet espace de non-croyance que la région peut glisser d’une guerre de l’ombre à une guerre froide durable, structurée par la menace, le seuil et l’anticipation.

Notes

[1] The Agency itself recognizes the structural limits of its mandate, lacking universal jurisdiction over nuclear activities (Reuters, June 23, 2025).

[2] The Agency specifies that it is not able to guarantee the exclusively peaceful nature of the program (IAEA, GOV/2025/50, §28, p.9)

[3] This situation is aggravated by the loss of “continuity of knowledge” in Iran’s program (IAEA, GOV/2025/50, §30–31, p.9–10).

To cite this article: « Le nucléaire comme symptôme : Israël, l’Iran et l’effritement des règles tacites » by Lova Rinel Rajaoarinelina, EISMENA, 21/04/2026, [https://eismena.com/analysis/le-nucleaire-comme-symptome-israel-liran-et-leffritement-des-regles-tacites/?lang=fr].

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