Le Sahara occidental : une décolonisation non résolue, façonnée par la dynamique des puissances mondiales

Photo : Arab Center Washington DC

Auteur

Alec Miguel Barcenilla Van Der Maesen

Alec Miguel Barcenilla Van Der Maesen

Le Sahara occidental occupe une place marginale sur la carte du monde, et pourtant, il se situe à l’intersection des dynamiques parmi les plus persistantes et lourdes de conséquences des relations internationales contemporaines. Officiellement classé par les Nations Unies comme territoire non autonome, il demeure le dernier cas de décolonisation inachevée sur le continent africain. Cependant, le Sahara Occidental est bien plus qu’un simple différend territorial hérité de l’ère coloniale. Il est simultanément le théâtre d’une lutte de pouvoir régionale, un cas d’école pour le droit international et le symptôme d’un ordre mondial de plus en plus fragmenté au sein duquel les principes, les intérêts et les asymétries de puissance se percutent.

Souvent qualifié de “conflit gelé”, le Sahara occidental apparaît faussement statique lorsqu’on l’observe sous l’angle des développements militaires sur le terrain. Depuis le cessez-le-feu de 1991, entre le Maroc et le Front Polisario[1], les hostilités à grande échelle ont largement cessé et le contrôle territorial est resté globalement inchangé. Le Maroc exerce une autorité administrative, économique et militaire de facto sur la majeure partie du territoire, tandis que le Front Polisario contrôle une bande orientale peu peuplée au-delà du mur de sable, le “ Berm”, construit par le Maroc. Pourtant, cette apparente stagnation masque une réalité différente. Sur le plan diplomatique, le conflit n’a jamais été aussi actif. Loin d’être marginalisé, le Sahara occidental est de plus en plus intégré dans des calculs géopolitiques plus larges, impliquant les rivalités régionales, la concurrence entre les grandes puissances, la sécurité énergétique, la gestion des migrations et la crédibilité des institutions multilatérales.

Ce contraste – entre l’immobilité militaire et mouvement diplomatique – est essentiel pour comprendre pourquoi le Sahara occidental continue de résister à toute résolution. Sur le terrain, le conflit est géré ; à l’échelle internationale, il est continuellement renégocié. Les États ont réajustés leurs positions, non pas forcément en réponse aux développements internes du territoire, mais à la lumière de l’évolution de leurs priorités stratégiques ailleurs. Les politiques de reconnaissance ont évolué, les alliances ont été reconfigurées, et le silence ou l’ambiguïté ont souvent remplacé les positions juridiques explicites. Cet article examine pourquoi le conflit du Sahara occidental persiste à travers le prisme de l’ambiguïté stratégique et de l’alignement des acteurs dans les relations internationales et la politique.

L’accélération diplomatique

L’adoption de la Résolution 2797 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 31 Octobre 2025, illustre cette dynamique avec une clarté particulière. La résolution a prolongé le mandat de la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) jusqu’au 31 octobre 2026, tout en réaffirmant le besoin pour les

“parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental”.

Le vote en lui-même est révélateur. Bien que la résolution à été adoptée confortablement, elle l’a été sans consensus : la Chine, la Russie et le Pakistan se sont abstenus, et l’Algérie qui n’a pas participé au vote – à la fois comme signal politique de protestation et comme moyen d’éviter un isolement formel au sein du Conseil. Cette position a souligné le malaise d’Alger face à la manière dont le cadre de négociation semble désormais favoriser ouvertement l’une des parties, et face à l’incohérence avec les principes de la décolonisation et le droit à l’autodétermination du peuple Sahraoui.

Sur le fond, la Résolution 2797 marque un changement de ton plutôt que de substance juridique. Elle n’a pas formellement entériné la souveraineté marocaine, n’a pas modifié le statut juridique du Sahara occidental au regard du droit international et n’a pas non plus abandonné le principe d’autodétermination. Pourtant, en érigeant explicitement la proposition d’autonomie marocaine comme base des négociations, la résolution a instauré une tension intrinsèque : si l’autonomie sous la souveraineté marocaine constitue la base des discussions, comment – et dans quelle mesure – l’autodétermination peut-elle rester une option réelle ? Cette ambiguïté n’est pas accidentelle. Elle reflète, plutôt, une inclination internationale plus large à préserver une certaine flexibilité diplomatique, à éviter la confrontation directe et à donner la priorité à la stabilité sur la clarté juridique. Néanmoins, en droit international, un tel cadrage diplomatique ne modifie pas en soi le statut juridique d’un territoire. Les résolutions du Conseil de Sécurité ne créent pas de précédent en matière de souveraineté, la pratique politique ne génère pas automatiquement de nouvelle normes juridiques et la reconnaissance par des États individuels ne change pas le statut formel d’un territoire.

Ce tournant est aussi révélateur du point de vue de la théorie de la négociation. En définissant le Plan pour l’Autonomie du Maroc comme point de départ des pourparlers, la résolution 2797 introduit un processus d’ancrage, fixant un point de référence qui façonne toutes les négociations ultérieures. Cela crée une dépendance au sentier : une fois qu’un cadre est accepté, il devient plus difficile de ramener les options alternatives dans les discussions. Le résultat est qualifié, en théorie, de négociation asymétrique, où l’une des parties entame les discussions avec sa revendication fondamentale déjà considérée comme légitime, tandis que les autres issues possibles sont progressivement reléguées à la marge de la négociation.

Nulle part ce changement de perception n’a été plus évident qu’au Maroc même. Durant la nuit de l’adoption de la résolution 2797, les rues de rabats se sont remplies de scènes festives – concerts de klaxons, déploiements de drapeaux et chants plus communément associés à une victoire footballistique majeure. Pour une grande partie de l’opinion marocaine, la résolution a été largement interprétée comme un triomphe diplomatique : une confirmation supplémentaire que la dynamique internationale évolue de manière irréversible en faveur du Maroc. Cette réaction en dit long tant sur la valeur symbolique de la résolution que sur son contenu juridique. Elle relève comment l’ambiguïté internationale, lorsqu’elle s’inscrit dans la durée, peut être reformulée au niveau national comme une forme de reconnaissance. Elle montre également comment des gains diplomatiques progressifs s’accumulent pour former un récit de l’inéluctabilité. Reste à savoir si cette confiance reflète un réalisme stratégique ou un suroptimisme nationaliste enraciné dans une vision historique de grandeur territoriale.

La réaction à Rabat reflète une transformation plus large de la manière dont le Sahara occidental est appréhendé sur la scène internationale. La persistance du conflit n’est plus principalement alimentée par des questions juridiques non résolues ou par des dynamiques locales. Elle est guidée par un environnement international, au sein duquel, l’ambiguïté est devenue un élément structurant. Au fil du temps, l’accumulation de signaux diplomatiques a renforcé une logique réaliste : la stabilité, l’équilibre, et l’alignement stratégique sont prioritaires sur la résolution juridique. Alors que les acteurs cherchent à préserver la prévisibilité, le Sahara occidental se trouve structurellement en suspens. Il est maintenu par une convergence d’intérêts qui rendent la résolution concevable en principe, mais politiquement disconvenante dans la pratique.

Comprendre comment cet équilibre a émergé nécessite de revenir brièvement sur la période de formation du conflit.

De la colonisation espagnole à la décolonisation inachevée

Le différend contemporain sur le Sahara occidental est souvent présenté comme le produit d’un héritage colonial non résolu. Bien que cela soit formellement exact, l’histoire seule ne suffit pas à expliquer la persistance du conflit. Les développements historiques ont plutôt établi un cadre structurel – juridique, démographique et politique – au sein duquel la situation s’est, par la suite, enlisée dans une impasse prolongée. En termes stratégiques, ce cadre structurel a émergé à l’intersection de trois forces (non-exhaustives) : 1) la vague mondiale de décolonisation, 2) les projets concurrents construction étatique régionale en Afrique du Nord qui en découle, 3) un système juridique international qui a énoncé les principes d’autodétermination mais qui a manqué de mécanismes d’application. Cette combinaison a créé un contexte de divergence entre la clarté juridique et la faisabilité politique.

L’Espagne a formellement colonisé le Sahara occidental en 1884, l’incorporant dans ce qui devient le “Sahara espagnol”. Avant la colonisation, le territoire ne constituait pas un État souverain dans le sens juridique moderne, mais il était habité par des tribus Sahraoui liées par des attaches culturelles, religieuses et économiques s’étendant à travers le Maroc, la Mauritanie et le sud de l’Algérie actuels. Ces liens pré-coloniaux seront invoqués plus tard – de manière sélective – par revendications de souveraineté concurrentes. Ces revendications illustrent une dynamique constructiviste dans les différends territoriaux. Concrètement, l’identité, la mémoire et l’interprétation de l’histoire deviennent des ressources politiques utilisées pour légitimer les revendications contemporaines de souveraineté.

Au milieu du XXème siècle, la mobilisation politique Sahraouie a émergé en parallèle des mouvements de décolonisation plus larges à travers l’Afrique. En 1973, le Front Polisario est fondé avec l’objectif clair de parvenir à l’indépendance, recevant rapidement le soutien de l’Algérie. Deux ans plus tard, alors que l’Espagne se prépare à se retirer sous une pression internationale croissante, le Maroc et la Mauritanie ont tous deux avancé des revendications territoriales sur le Sahara occidental, les présentant comme des restitutions historiques plutôt que comme des annexions.

Le tournant survient en 1975. À la demande du Maroc, les Nations Unis sollicitèrent un avis consultatif auprès de la Cour Internationale de Justice. Bien que non contraignant, cet avis juridique porte une certaine autorité légale. La Cour conclut que, si certaines tribus Sahraoui entretenaient des liens d’allégeance historique avec le Sultan marocain et avec la Mauritanie, ces liens ne constituaient pas une souveraineté territoriale et n’annulent pas le droit du peuple Sahraoui à l’autodétermination. Dans ce contexte, l’”autodétermination” est comprise comme un droit procédural à l’expression libre et authentique d’une volonté, conformément à la Résolution 1514 de l’Assemblée Générale de l’ONU. Concernant les allégeances historiques, la Cour a rejeté de manière cruciale la notion selon laquelle le Sahara occidental aurait été qualifié de terra nullius avant la colonisation espagnole, tout en refusant simultanément de le reconnaître comme faisant partie d’un État souverain pré-existant. L’avis consultatif a donc clarifié le cadre juridique, mais il n’a pas résolu le conflit politique.

Le 6 novembre 1975, le Maroc a organisé la Marche Verte, envoyant des centaines de milliers de civils franchir la frontière nord du territoire. Quelques jours plus tard, le 14 novembre, l’Espagne signait les Accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, se retirant du territoire sans organiser de référendum et divisant temporairement le contrôle administratif entre les deux prétendants. Ces accords n’ont jamais été reconnus par les Nations Unis comme un transfert de souveraineté, marquant ainsi l’abandon effectif par l’Espagne de ses responsabilités en tant que puissance administrante.

Sur le plan géopolitique, les Accords de Madrid illustrent comment les processus de décolonisation peuvent être remodelés par les dynamiques de pouvoir régionales. Plutôt que de suivre la voie privilégiée par l’ONU – celle de l’autodétermination supervisée – ce retrait à créé un vide sécuritaire que les États voisins se sont empressés de combler. Dès lors, un conflit armé s’ensuivit. Le Front Polisario proclama la République Arabe Sahraoui Démocratique (RASD) en 1976 et mena la guerre contre le Maroc et la Mauritanie. La Mauritanie se retira entièrement du conflit en 1979 : la guerre était devenue militairement insoutenable pour cet État déjà confronté à une économie paralysée, une instabilité institutionnelle et un coup d’état. La priorité donnée par Nouakchott à la survie du régime l’a conduit à renoncer à ses revendications territoriales, ce qui fut suivi par l’extension du contrôle marocain sur les zones évacuées. Cette action fut critiquée par les Nations Unies à cette époque. À la fin des années 1980, le conflit avait atteint une impasse militaire, consolidée géographiquement par la construction par le Maroc d’un Mur de Sable fortifié, séparant le territoire qu’il contrôlait des zones orientales tenues par le Front Polisario.

Le cessez-le-feu parrainé par l’ONU est officiellement entré en vigueur le 6 Septembre 1991 avec l’intention de marquer une transition plutôt qu’un point final. Il s’accompagnait de la création de la MINURSO, le 29 Avril 1991, dont la mission principale consistait à surveiller le cessez-le-feu et à organiser un référendum d’autodétermination. Dans ce contexte, la MINURSO s’est efforcée de déployer des observateurs militaires non armés, du personnel civil et politique, ainsi qu’une petite composante policière pour soutenir le mandat de mission, mais le référendum n’a jamais eu lieu. Les différends sur l’éligibilité des électeurs – exacerbés par les mouvements de population, les politiques de peuplement et l’absence de consensus sur la composition du corps électoral sahraoui – sont devenus un obstacle permanent. Ce qui avait été conçu comme un arrangement transitoire temporaire s’est progressivement transformé en un équilibre politique de long terme.

D’un point de vue de la théorie des relations internationales, ce résultat reflète les limites de la résolution institutionnelle des conflits lorsqu’il n’existe aucun consensus parmi les grandes puissances. La MINURSO a réussi à désamorcer la dimension militaire du conflit, mais elle a manqué du poids politique nécessaire pour imposer un règlement définitif. Cela illustre comment les institutions internationales peuvent glisser de la résolution des conflits vers la gestion de conflit quand leur capacité de mise en œuvre est faible. Le bilan historique révèle donc un schéma dans lequel la clarté juridique s’est heurtée aux contraintes géopolitiques. Il en résulte une situation où l’absence de résolution s’est structurellement ancrée.

Un territoire sans statut déterminé

Aujourd’hui le Sahara occidental se trouve dans un flou juridique et politique à la fois bien défini et profondément contesté. Au regard du droit international, il demeure un territoire non autonome, sans aucun transfert de souveraineté reconnu depuis le retrait de l’Espagne. Le Maroc exerce, néanmoins, un contrôle de facto étendu sur la grande majorité du territoire : il l’administre comme une partie intégrante du royaume à travers des institutions civiles, des structures de sécurité et via des investissements publics massifs. La dualité qui en résulte – combinant une non-reconnaissance juridique de la souveraineté marocaine et intégration pratique à l’administration du Maroc – se trouve au cœur de l’impasse actuelle. D’un point de vue positiviste, plus le contrôle marocain persiste sans résolution juridique formelle, plus la distinction entre l’autorité de fait (de facto) et le statut de droit (de jure) devient politiquement flou, tant au niveau national qu’international[2]. En pratique, la question n’est pas de savoir si le Maroc gouverne le Sahara occidental mais selon quelle modalité – et avec quel degré d’acceptation internationale – cette gouvernance est maintenue.

La MINURSO initialement établie pour organiser un référendum, a progressivement évolué vers un mécanisme de gestion de la stabilité plutôt que vers un outil permettant l’autodétermination. Son mandat reste l’un des plus limités parmi des opérations de maintien de la paix de l’ONU, excluant notamment la surveillance des droits humains. Cette évolution souligne une tension juridico-politique plus large : alors que le statut juridique du territoire reste inchangé, le cadre institutionnel qui l’entoure s’est adapté pour s’accommoder d’une absence durable de résolution. D’un point de vue positiviste, cette adaptation reflète un pragmatisme politique plutôt qu’une transformation juridique. En ce sens, le rôle de l’ONU au Sahara occidental est passé de celui d’un garant d’un processus politique à celui de gardien d’un équilibre gelé.

Cette évolution a été renforcée par l’émergence de la proposition d’autonomie marocaine, présentée pour la première fois en 2007. Conçu comme un compromis entre l’indépendance et l’intégration totale, ce plan propose une large autonomie locale tout en préservant la souveraineté marocaine. Pour Rabat et ses partisans, l’autonomie représente une solution réaliste et prospective qui reflète les réalités géopolitiques. Pour le Front Polisario, elle constitue une redéfinition de l’autodétermination qui exclut l’option même – l’indépendance – que le droit international est supposé protéger.

Ce qui émerge, par conséquent, n’est pas un vide juridique, mais une ambiguïté politique entretenue. Le statut du Sahara occidental reste non résolu parce que l’application cohérente des principes juridiques nécessiterait des choix politiques que la communauté internationale n’est guère incitée à faire. Cela illustre une tendance plus large des relations internationales contemporaines : la gestion des différends par l’ambiguïté, plutôt que leur règlement par le droit.

Cette ambiguïté n’est pas surprenante si l’on considère que les enjeux sont trop diversifiés selon les différents acteurs internationaux. La section suivante analysera les intérêts divergents de chacun des acteurs les plus pertinents dans la question du Sahara occidental ainsi que leur rôle qu’ils jouent dans sa négociation diplomatique.

Maroc : Souveraineté, légitimité nationale et profondeur stratégique

Pour le Maroc, le Sahara occidental n’est pas une question de politique étrangère périphérique mais un élément constitutif de l’identité nationale et de la légitimité étatique. Par-delà les partis politiques et les institutions, la souveraineté sur le territoire constitue une ligne rouge non négociable. Elle a été intégrée dans un récit national d’intégrité territoriale, formulé au niveau interne comme le résultat d’une fragmentation historique de l’espace national. Ce narratif s’est progressivement intériorisé au sein des sphères politiques et sociales, ne laissant que peu de place au compromis sans coût politique considérable.

Au-delà de la dimension symbolique, le Sahara occidental répond à des objectifs stratégiques concrets. Il offre au Maroc une profondeur territoriale, un accès aux routes maritimes atlantiques et une plateforme de projection d’influence vers l’Afrique Subsaharienne. Il sert également des intérêts commerciaux dans le secteur de la pêche – le Maroc ayant généré 590 million d’euros en 2022 grâce à l’exportation de captures réalisées dans les eaux sahraouies – ainsi que dans la production d’engrai : en effet les phosphates extrait de sol sahraouie représentent 10% des exportations de phosphates marocains. Les investissements soutenus de Rabat dans les infrastructures, les énergies renouvelables, les ports et les services publics sur le territoire reflètent non seulement une stratégie de développement, mais aussi une logique de construction étatique : il s’agit de consolider à la fois le contrôle matériel et la légitimité politique. En termes constructivistes, ces politiques renforcent la souveraineté non seulement par la présence et la capacité d’action, mais aussi par la normalisation de l’autorité et de la gouvernance en tant que faits socialement acceptés.

Le plan d’autonomie de 2007 cristallise cette approche. En proposant une gouvernance locale tout en conservant la souveraineté, le Maroc cherche à concilier les exigences internationales d’autodétermination avec ses propres impératifs stratégiques. Au niveau international, le plan a gagné du terrain en raison de son pragmatisme perçu, et parce qu’il a été de plus en plus présenté au sein du discours diplomatique comme une solution crédible et légitime. Ce processus reflète également une dynamique constructiviste : les soutiens diplomatiques répétés façonnent les attentes quant aux issues considérées comme réalistes ou légitimes.

De manière cruciale, le Maroc ne peut pas se permettre de perdre le Sahara occidental sur le plan politique. Toute issue perçue au niveau national comme un recul, ébranlait la légitimité du régime, briserait les récits ancrés d’unité nationale et affaiblirait la posture régionale du pays. Le Maroc a lié sa légitimité politique et son consensus national, de manière considérable mais non exclusive, à la défense de l’intégrité territoriale et à l’intégration du Sahara occidental.

Le RASD et le Front Polisario : Une légitimité international sans levier territorial

La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) et son pivot politico-militaire, le Front Polisario, font face à un environnement stratégique structurellement contraint. Bien que la RASD bénéficie de la reconnaissance d’un certain nombre d’États et soit membre de l’Union Africaine, elle n’exerce un contrôle effectif que sur une portion limitée et peu peuplée du territoire. Son centre de gravité politique et social ne se situe pas au Sahara occidental même, mais dans les camps de réfugiés autour de Tindouf (Algérie).

Ce décalage entre la légitimité internationale du Polisario et le contrôle territorial est présent de longue date. La revendication centrale du mouvement – l’indépendance par le biais d’un référendum supervisé par l’ONU – repose sur des fondements juridiques solides mais sur un mécanisme de mise en œuvre faible. Au fil du temps, l’écart entre le droit normatif et la faisabilité politique s’est creusé, d’autant plus que le soutien international s’est déplacé vers le cadre d’autonomie proposé par le Maroc.

Des signaux récents émanant du Polisario suggèrent une certaine ouverture à l’idée de soumettre la proposition d’autonomie à un référendum, à condition que l’indépendance demeure une option, ce qui reflète la reconnaissance d’un poids diplomatique déclinant. Pourtant, une telle flexibilité ne résout pas le dilemme central du mouvement : sans le soutien de l’Algérie, le Polisario manque de poids diplomatique, avec son soutien, il risque d’être perçu principalement comme un proxy plutôt que comme un mouvement national autonome.

La question clé n’est pas de savoir si les revendications du Polisario sont légalement fondées. La question est de savoir s’il conserve une autonomie stratégique suffisante pour s’adapter à un environnement international en mutation, sans perdre sa base électorale ou sa pertinence politique.

Algérie : Le Sahara occidental et la logique de positionnement régional

Pour l’Algérie, le Sahara occidental occupe une place centrale dans sa vision régionale et son identité de politique étrangère. Officiellement, Alger présente sa position comme un soutien de principe à l’autodétermination et aux normes anticoloniales. Ce cadrage normatif est resté remarquablement stable au fil du temps et continue de structurer le discours diplomatique de l’Algérie aux Nations Unies ainsi qu’au sein de l’Union Africaine.

Parallèlement, le Sahara occidental revêt une importance stratégique manifeste dans la posture régionale algérienne. Ce conflit s’articule avec la relation qu’entretient l’Algérie avec le Maroc, façonnant les enjeux d’équilibre, d’influence, et de leadership en Afrique du Nord. Le soutien au Front Polisario – qu’il soit politique, diplomatique ou matériel – a donc servi non seulement d’expression d’un engagement normatif, mais aussi de moyen de maintenir la pertinence de l’Algérie dans la région, face à la dynamique diplomatique croissante du Maroc (comme en témoigne la Résolution 2797). La pérennité du soutien algérien au Front Polisario reflète l’importance accordée à son calcul stratégique global.

Bien que l’Algérie soit parfois présentée comme cherchant un accès à l’Atlantique via un Sahara occidental indépendant, cette considération ne constitue pas un objectif stratégique empirique prouvé. Le commerce maritime et les infrastructures d’exportation du pays restent résolument orientés vers la Méditerranée. Ainsi, les références à un accès à l’Atlantique doivent être comprises davantage comme un récit géopolitique que comme un objectif économique démontré.

La décision de l’Algérie de ne pas participer au vote de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU est emblématique de son dilemme actuel. Elle a signalé une opposition ferme au nouveau cadre diplomatique émergent tout en soulignant, simultanément, la capacité d’Alger à le modifier. À mesure que la dynamique internationale se déplace vers un accommodement pragmatique avec le Maroc, Alger risque un isolement diplomatique croissant. Dans ce contexte et malgré l’appel du Roi Mohammed VI pour des “relations nouvelles fondées sur la confiance, les liens fraternels et le bon voisinage”, Alger n’a pas répondu à ce geste.

En somme, le Sahara occidental demeure pour l’Algérie à la fois une question de principe et un vecteur de positionnement régional – un enjeu qui porte davantage sur la configuration du pouvoir et de la légitimité en Afrique du Nord que sur le territoire en lui-même.

L’Espagne : D’une puissance administrative à spectateur stratégique

Le rôle de l’Espagne au Sahara occidental est façonné par un paradoxe. Comme indiqué par le Secrétaire général adjoint des affaires juridiques de l’ONU en 2002, “L’Accord de Madrid n’a pas transféré la souveraineté sur le territoire, pas plus qu’il n’a conféré à l’un des signataires, le statut de puissance administrante”. Dans ce contexte, l’Espagne demeure l’ancienne puissance administrante au regard du droit international, tout en s’étant progressivement retirée de toute responsabilité active dans la résolution du conflit. La précipitation du retrait espagnol en 1975 a laissé un héritage d’ambiguïté juridique qui continue de résonner, mais la politique espagnole contemporaine est bien plus dictée par des considérations stratégiques immédiates plutôt que par une obligation de rendre des comptes sur le plan historique.

Le virage décisif de Madrid a lieu en 2022, lorsque le gouvernement espagnol publiquement soutenu le plan d’autonomie marocain comme étant la base la plus réaliste pour une solution. Ce repositionnement faisait suite à la crise diplomatique de 2021 avec le Maroc, déclenchée par l’hospitalisation, en Espagne, du leader du Polisario pour un traitement COVID. Le coût de ce positionnement s’est traduit principalement par une détérioration des relations de l’Espagne avec l’Algérie, incluant des répercussions économiques dans le secteur énergétique cette année-là.

La posture actuelle de l’Espagne privilégie la stabilité bilatérale avec le Maroc plutôt que la cohérence normative, en partie à cause de la coopération étroite entre les deux pays. L’Espagne est le premier partenaire commercial du Maroc, avec un volume d’échanges bilatéraux de plus de 22,500 millions d’euros par an. D’autres formes de coopération telles que la sécurité énergétique, la gestion de la migration ou la lutte contre le terrorisme, constituent également des piliers clés de cette stabilité relationnelle, non seulement pour l’Espagne mais pour le reste des pays de l’UE et de l’espace Schengen. Cependant, l’administration espagnole actuelle se caractérise par la volonté de placer le respect du droit international au fondement de toute sa politique étrangère. Dans le cas du Sahara occidental, cela se traduit par un soutien maintenu au droit à l’autodétermination. Cette position est appréciée par le Front Polisario et l’Algérie, mais pas par Rabat. Ainsi, l’ambiguïté sert l’Espagne pour maintenir en vie deux objectifs contradictoires. Dans ce contexte, l’Espagne a effectivement cédé tout rôle de leadership résiduel dans le processus de décolonisation.

Les États-Unis : un alignement stratégique plutôt que le formalisme juridique

Les États-Unis ont joué un rôle décisif, bien que souvent indirect, dans la trajectoire du Sahara occidental, depuis la guerre froide. Durant les années 1970, Washington percevait le conflit principalement au travers du prisme de la compétition entre superpuissances, cherchant à empêcher l’influence algérienne – alors alignée sur les soviétiques – de s’implanter sur la côte atlantique de l’Afrique du Nord. Ce calcul stratégique a contribué à un support tacite au Maroc lors du retrait espagnol.

La reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020, a marqué ce tournant qualitatif. Tout en étant formellement controversée, cette décision reflète une préférence américaine plus large, à renforcer ses alliés régionaux clé, afin d’assurer la stabilité et intégrer l’Afrique du Nord dans un cadre diplomatique Moyen-oriental plus large. Cela se reflète dans la coopération militaire américano-marocaine : non seulement ils ont menés des opérations de sécurité conjointe (notamment le programme d’entraînement dirigé par les États-Unis “Lion d’Afrique” accueilli principalement par le Maroc), mais également dans les 8,5 milliards de dollars d’équipement militaire acheté par le Maroc aux États-Unis. Cette dynamique est également visible dans les chiffres du commerce des biens et de services, qui s’élevait à 9,2 milliards de dollars en 2024.

Parallèlement, cet alignement ne s’est pas traduit par une rupture des relations avec l’Algérie, acteur clé allié au Polisario. Washington continue d’entretenir des rapports pragmatiques avec l’Algérie, comme en témoigne leur commerce bilatéral de 3,9 milliards de dollars en 2024. Contrairement au conflit diplomatique évoqué précédemment entre l’Algérie et l’Espagne en 2022, l’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis a déclaré qu’il n’y avait “aucune limite à notre coopération bilatérale”.

Du point de vue de de Washington, le Sahara occidental est, en somme, une variable au sein d’une équation stratégique plus large. Les États-Unis considèrent le Maroc comme un partenariat fiable, tout en maintenant un engagement pragmatique avec l’Algérie, et traitent la question du Sahara occidental comme un dossier qu’il vaut mieux gérer par un compromis pragmatique plutôt que par une résolution juridique.

Les Nations Unies : gérer un conflit qu’elles ne peuvent plus résoudre

Les Nations Unies occupent une position, de plus en plus, contrainte au Sahara occidental. Initialement envisagée comme la garante d’un processus de décolonisation devant aboutir à un référendum, l’ONU a progressivement dérivé vers une gestion de conflit et une préservation de l’ambiguïté. D’un point de vue institutionnaliste libéral, cette évolution reflète la tendance des institutions internationales à adapter leurs fonctions aux contraintes politiques imposées par les États membres, plutôt qu’à imposer des issues qu’elles n’ont pas le pouvoir de faire appliquer. Le mandat limité de la MINURSO, le report répété de progrès politiques substantiels et le langage prudent des résolutions du Conseil de sécurité démontrent l’adaptation institutionnelle aux réalités politiques.

Plutôt que d’imposer une voie juridique claire, les Nations Unies fonctionne désormais, principalement comme une présence stabilisatrice – maintenant les accords de cessez-le-feu et fournissant une couverture diplomatique à des négociations additionnelles. Cette évolution a préservé la paix, mais au prix d’une l’érosion de l’autorité normative et de la crédibilité de l’organisation. Le Sahara occidental illustre ainsi les limites du multilatéralisme, à une époque où le consensus entre les grandes puissances est ténu (en témoigne le vote de la résolution 2797), et que les mécanismes d’application sont faibles.

Israël : Un alignement stratégique fondé sur des récits communs de souveraineté

L’engagement d’Israël dans la question du Sahara occidental est indirect, mais stratégiquement cohérent avec sa posture régionale globale. Pendant qu’Israël n’a aucun intérêt matériel ou territorial propre au Sahara occidental, son soutien à la revendication de souveraineté marocaine reflète une affinité politique profonde, ancrée dans des perceptions similaires de la souveraineté territoriale, de la sécurité et de la légitimité de l’État. L’expérience propre d’Israël en matière de différends territoriaux prolongés – notamment vis-à-vis de la Palestine – a favorisé une approche diplomatique où les revendications de souveraineté présentées comme existentielles sont traitées comme non-négociables. De ce point de vue, la position du Maroc sur le Sahara occidental n’est pas formulée, au sein du discours diplomatique israélien, comme un cas de décolonisation classique. Elle est présentée comme un type familier de revendication de souveraineté sur un territoire jugé vital pour l’intégrité nationale et la sécurité.

Cette convergence de vues s’est concrétisée avec les Accords d’Abraham et la reconnaissance formelle, par Israël, de la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara en 2023. En soutenant la position du Maroc, Israël signale plus qu’un simple alignement diplomatique : il affirme une logique commune de la gestion de conflit fondée sur une consolidation progressive plutôt que sur une résolution définitive du statut final. Cette identification aide à expliquer pourquoi Israël considère la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental comme étant à la fois légitime et stabilisatrice, même en l’absence d’un règlement juridique définitif. Au niveau régional, cet alignement renforce le partenariat israélo-marocain et intensifie une coopération en matière de sécurité et de renseignement. Indirectement, il fait contrepoids aux acteurs diplomatiquement hostiles à Israël, notamment l’Algérie.

Au niveau interne, le soutien israélien sur la question du Sahara occidental atténue également le coût politique associé à la normalisation des relations diplomatiques. Ce coût politique est lié aux sensibilités sociétales et au soutien à la cause palestinienne, particulièrement au regard de la coopération militaire entre le Maroc et Israël. Plus de la moitié des missiles de défense fournis au Maroc proviennent d’Israël, et les deux pays ont récemment tenu leur troisième Comité Militaire Conjoint. De plus, Israël a participé aux entraînements militaires “Lion d’Afrique” mentionnés précédemment – un programme dirigé par les États-Unis et accueilli principalement par le Maroc – étant le seul pays participant qui n’est ni africain, ni membre de l’OTAN. Cela souligne l’importance relationnelle que revêtent Israël et le Maroc l’un pour l’autre. Dans ce contexte, le Sahara occidental ne constitue pas une question périphérique dans les relations israélo-marocaines. C’est un point de convergence stratégique et symbolique façonné par des expériences partagées de souveraineté contestée.

Autres acteurs : enjeux périphériques et impacts cumulés

Plusieurs acteurs additionnels façonnent l’équation du Sahara occidental, même de manière indirecte.

La Chine et la Russie ont adopté des positions d’abstention stratégique, évitant de soutenir pleinement l’un des deux camps tout en signalant leur scepticisme à l’égard du cadre diplomatique dirigé par les pays occidentaux. Leur approche reflète une contestation plus large de la gouvernance mondiale plutôt que des intérêts spécifiques pour le territoire lui-même.

La Mauritanie, souvent oubliée, occupe une position délicate. S’étant retirée du conflit en 1979, elle recherche la neutralité tout en restant sensible aux changements qui pourraient déstabiliser ses frontières ou sa cohésion interne.

L’Union Africaine, qui compte la RASD parmi ses “États membres”, incarne les limites du continent. Bien que l’Union Africaine confère une légitimité symbolique aux revendications sahraouies, elle manque de la cohésion et du levier nécessaires pour imposer une résolution, soulignant ainsi les limites du multilatéralisme africain dans le règlement des différends hérités de la colonisation.

*Source: Élaboration propre de l’auteur. Cette carte met en évidence uniquement les pays mentionnés dans cet article et ne constitue pas une représentation exhaustive de l’ensemble des États du monde, ni de leurs positions respectives sur le Sahara occidentale.

Conclusion : l’ambiguïté comme norme mondiale

Le conflit du Sahara occidental perdure parce que l’équilibre actuel – aussi imparfait qu’il soit – s’aligne suffisamment avec les préférences stratégiques des acteurs internationaux concernés. Il ne perdure pas en raison de son statut juridique imprécis, mais à cause de l’ambiguïté qui est devenue politiquement fonctionnelle. Le conflit reste formellement défini comme un processus de décolonisation inachevé, pourtant il est de plus en plus géré comme une question de stabilité, d’alignement et d’équilibre régional. Au fil du temps, l’écart entre le principe juridique et la pratique diplomatique s’est creusé.

La résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU résume parfaitement cette évolution. La résolution n’a pas modifié le statut juridique du Sahara occidental, pas plus qu’elle n’a formellement entériné la souveraineté marocaine. Sa signification repose plutôt dans le ton : en appelant à des négociations prenant pour base la proposition d’autonomie du Maroc tout en réitérant le droit à l’autodétermination, elle témoigne d’une tendance grandissante à privilégier les cadres pragmatiques au détriment de la clarté juridique. Le vote divisé – et l’abstention algérienne – souligne le fait que la question est de plus en plus réinterprétée à travers le prisme du positionnement géopolitique.

Comme cet article l’a soutenu, l’ambiguïté n’est pas simplement accidentelle : elle sert les intérêts stratégiques de différents acteurs. Pour le Maroc, elle permet la consolidation progressive du contrôle administratif et diplomatique : une approche plus souple, de type “lente mais constante”, présentant moins de risques de provoquer une forte opposition internationale. Pour le Front Polisario, la référence constante à l’autodétermination préserve les bases légales de sa revendication et maintient ainsi une marge de manœuvre diplomatique. Pour l’Algérie, cette même marge de manœuvre lui permet de poursuivre son positionnement régional, tout en évitant un isolement diplomatique accru dans le contexte de dynamique croissante en faveur du Plan d’Autonomie marocain. Pour les Nations Unies, l’ambiguïté offre un moyen de maintenir la stabilité régionale, sans compromettre le multilatéralisme ni rompre le consensus institutionnel. Pour l’Espagne, le soutien à l’autodétermination signale son engagement envers le droit international, tandis que le soutien au Plan d’Autonomie du Maroc, évite de mettre en péril les relations diplomatiques avec son voisin terrestre, le Maroc, un partenaire clé pour une coopération multisectorielle. Pour les nombreux acteurs internationaux qui restent volontairement neutres, l’ambiguïté leur permet de camoufler leur manque de positionnement, sans mettre à risque leur partenariats. Pour l’ensemble de ces acteurs, l’équilibre consiste à trouver une solution pragmatique qui préserve simultanément la coopération avec le Maroc, tout en évitant d’apparaître responsable de la perte des droits du Sahara occidental garantis par le droit international (l’autodétermination).

Les États-Unis et Israël apparaissent, à première vue, des exceptions partielles à cette logique compte tenu de leur soutien explicite à la souveraineté marocaine. Cependant, tous deux continuent de bénéficier d’un certain degré d’ambiguïté : celle-ci leur permet de maintenir leur alignement avec le Maroc tout en préservant une flexibilité dans leur diplomatie mondiale. Même ces acteurs, caractérisés par un faible engagement envers le multilatéralisme, peuvent s’efforcer d’éviter d’établir des précédents rigides qui pourraient contraindre leurs positions ailleurs.

Dans ce contexte, l’ambiguïté est politiquement viable. Elle devient un facteur de stabilisation au sein du système international. Compte tenu des intérêts stratégiques actuels des différents acteurs, la diplomatie internationale peut donner la priorité à la gestion plutôt qu’à la résolution. Ainsi, la trajectoire du conflit révélera non seulement le sort d’un territoire, mais aussi les limites du droit et de la légitimité dans un ordre mondial de plus en plus dicté par les intérêts. En substance, le Sahara occidental fonctionne comme bien plus qu’un simple différend territorial. Il est une mesure de la manière dont la géopolitique contemporaine absorbe les conflits non résolus : non pas en les résolvant, mais en les gérant par une ambiguïté calibrée.

Notes

[1] The ‘Polisario Front’ is a Sahrawi nationalist movement founded in 1973 that seeks the self-determination and independence of Western Sahara. It represents the Sahrawi Arab Democratic Republic (SADR) internationally and administers the Sahrawi refugee camps in Tindouf, Algeria.

[2] De jure refers to situations that are officially recognized by law, while de facto describes practices that exist in reality regardless of their legal status.

To cite this article: « Le Sahara occidental : une décolonisation non résolue, façonnée par la dynamique des puissances mondiales » by Alec Miguel Barcenilla Van Der Maesen, EISMENA, 06/05/2026, [https://eismena.com/analysis/le-sahara-occidental-une-decolonisation-non-resolue-faconnee-par-la-dynamique-des-puissances-mondiales/?lang=fr].

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