Israël-Iran : l’ombre d’une guerre sous surveillance américaine

Un manifestant iranien brandit une affiche du chef d'état-major des forces armées, Mohammad Bagheri, tué lors d'une frappe israélienne, lors d’un rassemblement anti-israélien à Téhéran, en Iran, le vendredi 13 juin 2025. (AP Photo/Vahid Salemi) SIPA

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Depuis le 7 octobre 2023, la déstabilisation progressive de l’ordre régional au Moyen-Orient s’est intensifiée, marquée par une succession de frappes israéliennes sur des cibles iraniennes en Syrie, au Liban et, plus récemment, sur le territoire iranien lui-même, dont les attaques du 13 juin 2025. Ce contexte alimente les spéculations sur une éventuelle frappe directe contre les installations nucléaires iraniennes. Bien que ces actions militaires n’aient pas encore visé ces infrastructures, leur intensification révèle une stratégie de préparation à une telle éventualité. Cet article analyse les paramètres stratégiques israéliens, les signaux envoyés par les États-Unis, les calculs internes du pouvoir iranien, ainsi que les dynamiques régionales et internationales qui encadrent cette nouvelle phase de confrontation.

Frappes israéliennes du 13 juin 2025 : étapes préliminaires d’une offensive ciblée ?

Depuis octobre 2023, Israël a intensifié ses frappes contre les infrastructures iraniennes liées à la fabrication de drones, de missiles balistiques et à la logistique militaire, mais également contre toutes les personnalités représentant une menace pour Tel Aviv, dont l’attaque ciblée à Téhéran qui a tué Ismaïl Haniyeh, leader du Hamas en juillet 2024. Toutefois, des éléments opérationnels suggèrent aujourd’hui une stratégie en deux temps : un affaiblissement des systèmes de défense iranienne en première étape, puis la création d’une fenêtre de vulnérabilité pour frapper, en dernier lieu, les sites nucléaires du pays.

Cette logique repose sur l’acquisition supposée par Israël de bombes anti-bunkers américaines capables de pénétrer jusqu’à 60 mètres sous terre, selon le chercheur Dr. Adel Bakawan. La réalisation d’une telle frappe exige la suppression préalable des systèmes de défense aérienne et de surveillance, ce qui pourrait expliquer la multiplication des opérations qui sont encore en cours.

Les États-Unis : ultimatum stratégique ou escalade planifiée ?

L’ambivalence du positionnement américain se reflète dans les évolutions récentes du discours du président américain Donald Trump. Alors que son administration précédente a prôné une politique de maximum pressure, Washington semble aujourd’hui proposer un ultimatum implicite : si l’Iran accepte les termes d’un nouvel accord prévoyant l’abandon total de l’enrichissement nucléaire, les hostilités pourraient être suspendues. En revanche, un refus pourrait entraîner une escalade militaire majeure. Selon Dr. Francis G. Gause III, une partie des républicains au Congrès soutiendrait Trump, rendant peu probable une opposition institutionnelle à une initiative diplomatique ou même militaire.

Pourtant, il existait il y a encore quelques jours une divergence fondamentale entre Trump et le Premier ministre israélien Netanyahou. Washington visait une reddition politique de l’Iran par négociation, tandis que le gouvernement israélien militait pour la poursuite d’un objectif plus maximaliste qui est la chute du régime. Dans cette perspective, les frappes israéliennes visent à anéantir successivement les capacités militaires de défense, puis les installations nucléaires, avec pour horizon une dynamique de regime change. Au vu des événements d’aujourd’hui et du positionnement de plus en plus confirmé de Donald Trump, il semble que cette divergence ne sera que de l’histoire ancienne si l’Iran refuse de négocier avec Washington ce dimanche à Mascate.

Vers un embrasement régional ?

Les frappes israéliennes s’inscrivent dans un contexte régional déjà fragilisé. Avant le 7 octobre 2023, l’Iran contrôlait un vaste réseau d’alliés : le régime syrien d’Assad, les milices irakiennes, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, ainsi que divers groupes palestiniens. Mais depuis, cet « axe de la résistance » montre des signes évidents d’effritement. Au Liban, le Hezbollah a vu près de 6000 de ses objectifs détruits, et plusieurs de ses cadres clés éliminés, d’après une analyse de Dr. Adel Bakawan. Le régime syrien, quant à lui, est aujourd’hui marqué par une opposition sunnite importante, hostile à la mainmise iranienne. Au Yémen, les Houthis subissent des bombardements américains intensifs et ont récemment signé un accord avec Washington, traduisant une ouverture inédite. En Irak, Moqtada al-Sadr, une figure majeure des milices pro-iraniennes, appelle à éviter que le pays ne soit entraîné dans le conflit, tandis que les autorités religieuses comme le Grand Ayatollah Sistani condamnent les attaques contre l’Iran sans encourager un engagement irakien. Finalement, l’Iran se retrouve isolé sur la scène régionale. Ni la Russie, ni la Chine ne sont prêts à intervenir militairement pour défendre le régime de Téhéran. Leur position reste celle de promoteurs d’un apaisement, sans prendre part activement.

Ce constat ouvre supposément la voie à l’idée d’un possible containment international, inspirée du modèle libyen, lorsque Kadhafi avait livré ses programmes de destruction massive à la communauté internationale. Une telle approche impliquerait un accord de renoncement nucléaire contre la garantie de survie du régime.

Conférences internationales et lectures séparées des conflits

La communauté internationale distingue de plus en plus la guerre à Gaza du dossier iranien. Bien que la plupart des acteurs condamnent les actions israéliennes à Gaza, rares sont ceux qui expriment une opposition à l’offensive contre l’Iran. La conférence internationale prévue à New York le 17 juin 2025 devrait maintenir son agenda sans élargir à la question iranienne, du moins officiellement selon Dr. Adel Bakawan.

Cependant, la rhétorique iranienne appelant à « rayer Israël de la carte »[1] rend politiquement difficile un soutien affirmé à l’Iran, tandis que les violations du droit humanitaire à Gaza rendent un soutien clair à Israël également intenable. Ce double discursif pourrait permettre aux puissances occidentales de justifier un soutien à Tel Aviv sur le front iranien tout en maintenant une distance critique sur Gaza.

Conclusion

La situation actuelle marque une inflexion majeure dans les relations stratégiques entre Israël, l’Iran et les puissances internationales. Si la frappe des sites nucléaires iraniens n’a pas encore eu lieu, tout indique qu’elle fait l’objet d’une préparation active. L’Iran, de plus en plus isolé, pourrait se voir contraint d’accepter une forme de normalisation forcée. Les mois à venir seront déterminants pour savoir si cette trajectoire conduit à un accord de désarmement ou à une escalade militaire majeure dans la région.

Note

[1] « Israël doit être rayé de la carte, selon Ahmadinejad », La Croix, 26 octobre 2005.

To cite this article: « Israël-Iran : l’ombre d’une guerre sous surveillance américaine » by Lyna Ouandjeli, EISMENA, 13/06/2025, [https://eismena.com/news/israel-iran-lombre-dune-guerre-sous-surveillance-americaine/?lang=fr].

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