La Palestine dans l’ombre de l’escalade régionale 

L'Humanité

Auteur

Jaser Abu Mousa

Jaser Abu Mousa

L’article suit une différente logique des notes de bas de page qui est propre à l’auteur.

Depuis l’escalade de la confrontation américano-israélienne avec l’Iran, la Palestine s’est éloignée davantage du centre de l’attention internationale. Pourtant ce déplacement de la focale régionale n’a pas produit d’apaisement sur le terrain. Au contraire, il a intensifié un schéma dangereux : Gaza continue de subir une dévastation humanitaire sévère, la Cisjordanie connaît une accélération des déplacements de population et une fragmentation coercitive, et les cadres politiques actuellement proposé pour l’avenir de Gaza demeurent plus cohérent du point de vue des puissances extérieures que de celui de la légitimité palestinienne.[1] Le problème central ne réside pas seulement dans l’ampleur des souffrances. Il réside également dans l’invisibilité politique dans laquelle la Palestine a, une fois de plus, sombré. La diplomatie régionale, les signaux militaires et l’attention médiatique se sont de plus en plus réorientés vers le dossier iranien et ses implications plus larges pour le Moyen-Orient. Les analystes palestiniens ont commencé à alerter sur le fait que ce tournant risque de faire de la Palestine une victime collatérale de réalignement régional, non pas parce que les conditions sur le terrain se sont améliorées, mais parce que l’agenda diplomatique et médiatique s’est tourné vers d’autres horizons[3].

Il ne s’agit pas simplement d’un problème de représentation. Ce phénomène a des conséquences matérielles. Un récent rapport du Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme avance que, près de cinq mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’octobre 2025, Gaza n’avait connu aucun relèvement significative des fondements de la vie civile. Selon sa lecture, le cessez-le-feu n’a réduit de manière durable ni le dénuement ni la vulnérabilité structurelle ; il a plutôt laissé la population dans un état de précarité administré, marquée par de fortes pressions sur les services de santé, le logement, l’accès à l’alimentation et l’espace humanitaire. Même si le rapport emploie une terminologie juridique plus incisive que celle adoptée dans cet article, sa valeur factuelle réside dans sa  capacité à documenter la manière dont le lexique de “la transition d’après-guerre” a largement devancé toute transition réelle dans les conditions de vie[2].

Toute analyse sérieuse de la Palestine d’aujourd’hui doit ainsi partir d’un postulat simple : ce qui se déroule à Gaza et en Cisjordanie n’est pas simplement le produit d’une escalade régionale au sens large. Cela s’inscrit dans une transformation continue de la vie palestinienne elle-même. À Gaza, cette transformation se manifeste par l’effondrement des systèmes civils de base, la destruction des habitations et des infrastructures, ainsi que le rétrécissement de l’espace humanitaire. En Cisjordanie, elle se traduit par l’intensification de la violence des colons, les déplacements de population et des restrictions cumulées qui vident de sa substance, la présence des Palestiniens dans les zones vulnérables. Dans ces deux territoires, la capacité sociale à préserver la continuité, la mémoire et la vie publique est poussée à ses extrêmes limites. 

La détérioration humanitaire à Gaza derrière les gros titres  

Décrire Gaza comme une simple crise humanitaire est aujourd’hui presque inadéquat. L’expression est exacte mais elle risque de réduire ce qui se déroule au seul lexique de la gestion des secours, comme si le problème se limitait à la distribution de l’aide. En réalité, Gaza subit une destruction prolongée des conditions même qui rendent possible une vie civile organisée. L’enjeu ne se limite pas seulement à la faim, à la soif ou à l’exposition aux éléments au sens immédiat. C’est l’érosion de l’habitat , de l’assainissement, des soins de santé, de l’éducation, de la vie économique locale et de la prévisibilité fondamentale dont dépend toute société. Ce qui rend la phase actuelle particulièrement dangereuse, c’est que les souffrances de Gaza se déroulent de plus en plus dans un climat de normalisation. Même lorsqu’elle ne domine plus la une des journaux, les moteurs structurels du dénuement restent en place. Le rapport du PCHR s’avère utile ici car il saisit le paradoxe de post-cessez-le-feu avec une clarté particulière : la désescalade formelle n’a pas produit de relèvement substantiel. Au contraire, il documente un contexte dans lequel la pression militaire s’est maintenue à une intensité moindre mais toujours meurtrière, tandis que l’environnement civil demeurait trop endommagé et trop entravé pour permettre une véritable transition de la survie d’urgence vers la reconstruction. Un récent essai de réflexion en langue arabe offre à cet égard un outil de cadrage secondaire pertinent : il avance que la guerre en cours n’a pas tant crée la précarité palestinienne qu’elle n’a révélé et aggravé une condition dans laquelle la vie quotidienne était déjà réduite à la gestion de l’instabilité plutôt qu’à une existence normale[14].

Ce même rapport renforce l’argument selon lequel la détresse de Gaza ne peut être comprise uniquement comme un problème de pénurie. C’est également un problème de restriction des flux et d’entrave au relèvement. Le PHCR note que les arrivées d’aide sont restées bien en deçà des besoins projetés durant la période étudiée, et que les livraisons de carburant ont été encore plus limitées. Ce point est crucial car le carburant n’est pas une denrée secondaire dans la  situation actuelle de Gaza ; il sous-tend le pompage de l’eau, l’assainissement, les soins de santé, la réfrigération, les transports et les interventions d’urgences. Lorsque les flux de carburant demeurent sévèrement restreints, de nombreux autres systèmes civils restent prisonniers de leur dysfonctionnements[6]. L’habitat est un autre secteur où le rapport renforce l’argumentaire global de cet article. Le PCHR décrit un paysage du logement  post-cessez-le-feu dans lequel des centaines de milliers de personnes sont restées dans des habitations endommagées, des écoles, des campements improvisés, ou des tentes inadaptées pour affronter des conditions hivernales prolongées. Il documente des effondrements de bâtiments, des décès liés au froid, ainsi que l’absence de toute reconstruction significative ou même de matériaux de construction suffisants. La portée analytique  de ce constat est sans équivoque : la crise de l’habitat n’est plus seulement une conséquence des destructions passées. Elle est devenue un moteur actif de la vulnérabilité présente[4].

L’insécurité alimentaire doit également être lue à travers ce prisme plus large. La question n’est pas seulement de savoir si quelques marchandises  entrent à Gaza, mais si les ménages peuvent y avoir accès dans un contexte d’effondrement des revenus, de distorsion des marchés, de fragilité des chaînes d’approvisionnement et de restrictions récurrentes. Le rapport du PCHR illustre bien ce point en soulignant que l’afflux partiel de marchandise ne s’est pas traduit par une sécurité alimentaire ou un relèvement économique significatif. Cela vient compléter le tableau humanitaire global documenté par OCHA et d’autres agences : Gaza est maintenue sous le seuil d’une vie civil normal, et non accompagnée vers sa restauration[1].

Le point central est que Gaza ne doit pas être perçue comme une urgence temporaire en attente d’une solution technique d’après-guerre. Elle subit un processus continu d’attrition civile. Les acteurs humanitaires demeurent indispensables, mais l’action humanitaire ne peut à elle seule réparer la destruction des infrastructures sociales, de la vie économique, des capacités institutionnelles et de la dignité humaine. Plus Gaza sera traitée principalement comme un dossier humanitaire, plus il est probable que les conséquences politiques et sociétales de cet effondrement seront mal comprises jusqu’à devenir encore plus difficile à inverser[12].

La société palestinienne sous siège : survie, mémoire et préservation culturelle 

La société civile palestinienne est souvent décrite à travers le lexique de la résilience. Ce terme n’est pas inexact, mais il n’est plus suffisant désormais. À Gaza et dans l’espace palestinien au sens large, la société civile n’opère pas dans des conditions difficiles mais gérable. Elle fonctionne sous un assaut continu : sur les plans matériel, institutionnel et symbolique. Les réseaux communautaires, les éducateurs, les  journalistes, les acteurs culturels et les initiatives locales continuent d’agir, mais de plus en plus au sein d’un paysage façonné par le deuil, les déplacements de population et l’effondrement des infrastructures. Une grande partie de la société civile palestinienne opère désormais dans l’urgence, son horizon s’étend rétréci, passant du développement et du plaidoyer à la survie, la documentation et la préservation sociale[1]. À Gaza, ce mode d’urgence se manifeste par la substitution des systèmes formels par une action communautaire improvisée. Lorsque les institutions publiques sont dégradées et que l’accès humanitaire est erratique, la vie sociale ne disparaît pas, elle se réorganise vers la base, autour des familles, des quartiers, des bénévoles, d’initiatives éducatives temporaires et de mécanismes de soutien informels. Ce phénomène est souvent salué de l’extérieur comme une preuve de l’endurance palestinienne. Mais cette endurance à un coût. Plus les communautés sont contraintes d’absorber par elles-mêmes le fardeau de l’effondrement institutionnel, moins il reste de capacités pour le travail de fond de la vie publique : le développement professionnel, l’organisation civique, la production artistique, le plaidoyer juridique et la réflexion politique stratégique[12].

La culture et le patrimoine constituent un autre front de cette lutte. Les atteintes portées aux mosquées, aux églises, aux musées, aux archives, aux bâtiments historiques et aux sites archéologiques ne sont pas une question secondaire qu’il conviendrait de traiter  adressée une fois l’urgence passée. Elles font partie intégrante de l’urgence elle-même. L’effondrement humanitaire ne se résume pas seulement au maintien des corps en vie. Il en va également de la capacité d’une société à préserver la mémoire, le sentiment d’appartenance et les traces matérielles de sa propre continuité. La documentation par l’UNESCO des destructions subies par les sites culturels à Gaza souligne à quel point la guerre s’est également muée en une crise de la mémoire et de la continuité[8].

Cet aspect est déterminant pour la reconstruction. Rebâtir les routes, les infrastructures, les cliniques et les écoles est indispensable, mais la reconstruction des capacités civiques et culturelles revêt une importance tout aussi cruciale. Une société peut physiquement demeurer présente tout en devenant institutionnellement plus petite, en s’appauvrissant culturellement et en se retrouvant enfermée de manière permanente dans une logique d’urgence. Ce risque est désormais central pour appréhender la condition palestinienne[8].  

La Cisjordanie comme arène parallèle de la dépossession et de l’escalade  

La Cisjordanie ne doit pas être traitée comme un théâtre d’opérations secondaires alors que Gaza demeure le dossier humanitaire dominant. Elle se comprend mieux comme une arène parallèle dans laquelle la fragmentation territoriale, le déplacement forcé et la déstabilisation politique progressent à travers différents mécanismes. À Gaza, la crise se concentre sur la destruction massive et l’effondrement humanitaire. En Cisjordanie, elle s’exprime de plus en plus à travers la violence des colons, la pression foncière, les raids et l’érosion cumulative de la présence palestinienne dans les zones vulnérables[1].

Ces dynamiques sont importantes non seulement en raison de leur ampleur, mais car elles révèlent la nature de la période actuelle. Ce qui se déroule en Cisjordanie n’est pas une série d’incidents isolés. C’est un schéma de pression qui combine l’insécurité physique et la non-viabilité progressive. Un récent rapport en langue arabe, qui s’appuie sur l’observation des organismes palestiniens de défense des terres, à appuyer que la confrontation plus large avec l’Iran a fourni une couverture politique supplémentaire à l’intensification des attaques menées par des groupes de colons armés contre des villages, des terres agricoles et des communauté pastorales, particulièrement dans la vallée du Jourdain et autour de Naplouse et de Ramallah. Utilisés prudemment, ce rapport est analytiquement utile non pas parce qu’il tranche des questions juridiques, mais parce qu’il saisit la manière dont la coercition par attrition fonctionne dans la pratique : les communauté sont non seulement attaqué, leur maintien devient de plus en plus intenable[15].

La question de la colonisation ne peut donc pas être réduite à la seule expansion résidentielle. La problématique profonde est la production d’un environnement coercitif dans lequel la vie palestinienne devient moins protégée, moins connectée et moins gouvernable. L’expansion des colonies, l’escalade de la violence, les restrictions de mobilités et le dépeuplement des communautés vulnérables font partie d’un seul et même processus plus large. Que l’on mette l’accent sur la dimension juridique, humanitaire ou politique, la conclusion est la même : les incidents actuels doivent être interprétés comme faisant partie d’une dynamique structurel plutôt que comme des affrontements locaux isolés[9].

Les restrictions de circulation sont centraux dans ce processus. Les points de contrôles, les barrages routiers et la fermeture sont souvent abordés comme des mesures de sécurité, mais  pour les Palestiniens, ils façonnent également l’accès aux moyens de subsistance, aux soins de santé, à la vie familiale, au culte et à l’éducation. Au fil du temps, de telles restrictions font plus que entraver la circulation ; elles fragmentent la géographie sociale. Les communautés sont plus difficiles à atteindre, les routines quotidiennes deviennent de plus en plus incertaines et la vie civile ordinaire devient en permanence contingente. Ce type de fragmentation est politiquement préjudiciable car il érode la continuité territoriale et sociale dont dépendrait tout avenir palestinien viable[9].

Le Conseil de Paix et la Politique de Reconstruction Conditionnelle 

L’émergence du « Conseil de Paix »  a conféré une nouvelle visibilité à la planification de l’après-guerre à Gaza, mais elle n’a pas résolu la contradiction politique centrale au cœur de la reconstruction. Sur le papier, ce Conseil offre ce que de nombreux d’acteurs extérieurs recherchent depuis longtemps : un cadre articulant la consolidation du cessez-le-feu, le désarmement, une administration technocratique, le déploiement d’une sécurité internationale et une reconstruction soutenue par les bailleurs de fond dans une seule et même séquence. Depuis la perspective des gouvernements extérieurs, cette architecture présente des attrait évident. Elle établit des repères, des séquençages et une conditionnalité, et rassure les bailleurs de fonds réticents à financer la reconstruction sans la garantie que les infrastructures rebâties ne seront pas détruites à nouveau par le conflit. Pourtant, certaines analyses récentes suggèrent également que le Conseil demeure institutionnellement non défini, caractérisé par une supervision financières floue, une concentration du pouvoir décisionnel, et des questions en suspens quant à savoir qui contrôlera les fonds promis et selon quels mécanismes de surveillance[16]. 

Pourtant la force du Conseil en tant qu’architecture de gouvernance externe constitue aussi sa principale faiblesse. S’il s’avère hautement lisible pour des États donateurs et les planificateurs sécuritaires, il l’est nettement moins clairement ancré dans la légitimité politique palestinienne. Si les matériaux de reconstruction et l’assistance de recouvrement ne pénètrent que  là où la démilitarisation à déjà été vérifié, la reconstruction risque d’être envisagée moins comme une nécessité sociale que comme une récompense conditionnelle. Pour une population qui subit déjà une privation massive, une telle approche est politiquement lourde de périls et socialement déstabilisante. Le problème s’aggrave si la reconstruction est canalisée via des mécanismes qui contournent les cadres de planification palestiniens établis et qui traitent Gaza principalement comme un dossier administratif isolé, plutôt que comme une composante de la question politique et territoriale palestinienne au sens large. La critique formulée par la fondation Carnegie s’avère ici pertinente : l’enjeu n’est pas seulement de savoir si des fonds peuvent être mobilisés, mais si la structure chargée de les gérer est transparente, redevable et arrimée à un horizon politique crédible[16].

Cette objection n’est pas seulement morale. Elle est analytique. La situation humanitaire de Gaza est déjà si grave que la reconstruction ne peut pas être traitée comme une phase en aval d’un processus sécuritaire. Les abris endommagés, la dégradation des services, la dépendance aiguë à l’aide et la forte vulnérabilité civile demeurent des réalités actuelles. Dans cette configuration, un séquençage subordonnant trop rigidement la reconstruction au désarmement risque de creuser l’écart entre la planification diplomatique et la survie civile. Un cadre qui tend à réduire l’insécurité future pourrait, s’il est appliquée de manière inflexible, aggraver l’instabilité présente en prolongeant la privation et l’incertitude. Et si le financement des bailleurs de fonds est adossé à un modèle de gouvernance perçu comme opaque, excessivement centralisé ou déconnecté de la représentation palestinienne, la mise en œuvre elle-même risque de s’avérer politiquement fragile[16].

Rien de tout ça ne signifie que le Conseil de Paix soit dénué de pertinence. Au contraire, il constitue l’unique offre actuellement sur la table et l’une des plateformes les plus déterminantes pour façonner l’avenir à court terme de Gaza. Il a mobilisé une attention considérable, contraint de multiples acteurs à préciser ce que “le jour d’après” pourrait impliquer, et suscité un débat plus concret autour de l’administration, de la sécurité et de financement. Mais ce seul processus ne pourra pas résoudre en lui-même la question sous-jacente de la légitimité. Sans une supervision crédible, une redevabilité claire et un horizon politique qui inclut les Palestiniens plutôt que se contenter de les gérer, la reconstruction risque de se muer en une administration de la dévastation sous tutelle externe, plutôt que le début d’une restitution légitimité[13].

Conclusion

Une éclipse n’éteint pas ce qu’elle obscurcit. La source de la lumière continue de brûler derrière le corps qui s’interpose. Ce qui change, c’est la capacité de l’observateur à voir, à mesurer et à répondre. Ce que démontre la Palestine dans cette phase de guerre régionale ce n’est pas simplement la négligence, mais le danger de la compartimentalisation stratégique. Gaza est traité comme une urgence humanitaire qui a besoin d’être gérée, la Cisjordanie comme un problème sécuritaire qui doit être contenu, et la reconstruction comme un exercice technique subordonné au désarmement et à la coordination des bailleurs de fonds. Or, ce ne sont pas des dossiers distincts. Ce sont les expressions interconnectées d’une seule et même crise palestinienne : une crise définie par des souffrances civiles massives, une attrition institutionnelle, une fragmentation territoriale et l’affaiblissement des fondements sociaux sur lesquels tout avenir légitime devrait se construire[12]. 

L’argument central est par conséquent limpide. La Palestine ne doit pas être comprise comme une seconde cause de la guerre régionale. Elle constitue l’une des arènes dans laquelle se décidera la signification politique de cette guerre. Plus longtemps la Palestine est reléguée aux marges de la diplomatie et de l’attention médiatique, plus il est probable que l’effondrement humanitaire, l’érosion civique et la fragmentation territoriale se cristallisent pour devenir la nouvelle norme. Une reconstruction sans légitimité restera fragile. Une aide humanitaire sans protection restera insuffisante. Et toute stratégie régionale qui traite la Palestine comme un dossier à régler plus tard ne fera qu’aggraver l’instabilité qu’elle prétend gérer[13]. 

Ce qu’une analyse rigoureuse exige c’est par conséquent la volonté de nommer la réalité sans euphémisme : il ne s’agit pas de “défis humanitaires” mais d’une famine orchestrée ; non pas “d’activités de colonisation” mais d’une annexion continue ; non pas d’une “transition de gouvernance” mais d’un cadre de reconstruction qui exclut la population qu’il prétend servir. Cela requiert de maintenir une attention analytique constante au-delà des ruptures du cycle médiatique. Le soleil derrière l’éclipse est toujours là. La question est de savoir si nos instruments, et notre volonté de nous en servir lorsque le spectacle attire le regard ailleurs, sont à la hauteur pour nous permettre de le percevoir. 

Références

  1. United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA), Humanitarian Situation Report, 27 March 2026.
  2. Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), March 2026 report on humanitarian conditions in Gaza five months after the fragile ceasefire. The report argues that the ceasefire did not generate meaningful recovery and documents continued stress in health, shelter, food security, and humanitarian access.
  3. Hassan Asfour, “Will Palestine Become a Victim of the Iran War?”, Amad, 19 March 2026. Used here as a political commentary reflecting Palestinian concern that regional diplomacy and media attention are sidelining Palestine during the Iran war.
  4. PCHR, March 2026 report, sections on health, shelter, food insecurity, and humanitarian access.
  5. PCHR documents 573 Palestinians killed and 1,553 injured in Gaza between October 2025 and the end of February 2026, after the ceasefire took effect, alongside continued shelling, incursions, and demolitions. The figures are reproduced here as the report’s documented tally.
  6. According to the same PCHR report, only 31,178 aid trucks entered Gaza out of an anticipated 72,000 during the reviewed period, and only 861 fuel trucks entered out of 6,000 planned.
  7. According to the same PCHR report, around 1.5 million displaced people remained without adequate shelter, including approximately 137,000 families outside the coverage of local service bodies; it also records deaths linked to cold weather and shelter collapse during winter storms.
  8. UNESCO, damage assessment for cultural and heritage sites in Gaza, updated 24 March 2026.
  9. Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights (OHCHR), statement/report on settlement expansion and displacement in the West Bank, 17 March 2026.
  10. Rami Mahdawi, “The Massacre Is Being Prepared…”, Wattan, 18 March 2026. The site could not be fetched directly by the browser tool, so only the indexed snippet was used. That snippet described repeated village attacks, incursions, vandalism, and direct threats to residents in a climate of insecurity. The article is used here cautiously, as reflective commentary rather than as the sole factual basis for any claim.
  11. Reuters, report on the Board of Peace disarmament and reconstruction proposal, 27 March 2026.
  12. Associated Press, coverage of the same proposal and of Hamas’s reservations regarding disarmament-first sequencing, March 2026.
  13. Reuters, report on UN cooperation with the Board’s structures, 21 March 2026.
  14. Rami Almeghari, “Hayat lam tumnah lana aslan..?!!” [A Life We Were Never Really Granted to Begin With], Sada News, 28 March 2026. Used here sparingly as a reflective Palestinian commentary reinforcing the article’s analytical distinction between chronic precarity and acute wartime collapse, especially in Gaza and, more briefly, in the West Bank.
  15. Amad, report citing Palestinian land-defense monitoring on intensified settler attacks under the wider regional war context, 28 March 2026. Used here to reinforce the argument that the West Bank has experienced not only isolated incidents, but a broader climate of repeated village-level pressure, land insecurity, and coercive fragmentation during the Iran escalation.
  16. Zaha Hassan and Charles H. Johnson, “The Board of Peace and Funding for Gaza Reconstruction: On Whose Account?,” Carnegie Endowment for International Peace, March 16, 2026.  

Note sur les commentaires Palestiniens sélectionnés: Deux articles d’analyse en langue arabe datant de mars 2026 ont été utilisés avec parcimonie et uniquement comme sources de cadrage : le premier pour appuyer l’argument selon lequel la confrontation plus vaste avec l’Iran a détourné l’attention tandis que les pressions en Cisjordanie continue de s’intensifier ; le second pour refléter, en des termes non polémiques, la manière dont un dénuement prolongé réduit la vie à une survie administrée plutôt qu’à une normalité civique ordinaire. 

To cite this article: « La Palestine dans l’ombre de l’escalade régionale  » by Jaser Abu Mousa, EISMENA, 16/07/2026, [https://eismena.com/analysis/la-palestine-dans-lombre-de-lescalade-regionale/?lang=fr].

Les informations et opinions contenues dans les articles publiés sur le site web d’EISMENA n’engagent que leurs auteurs et ne sauraient engager la responsabilité de l’institut.

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