[Lyna Ouandjeli] Pour recontextualiser l’objectif de notre discussion, nous allons aborder la position de l’Iran face à l’évolution de la situation au Moyen-Orient après le 7 octobre 2023. Cette date marque un tournant décisif pour la région, avec un bouleversement profond des dynamiques, notamment en raison du conflit opposant Israël au Hamas[1]. Ces transformations ont conduit les acteurs régionaux, dont l’Iran, à réajuster leur stratégie. Téhéran semble amorcer un repli stratégique autour de ses intérêts régionaux, en s’appuyant notamment sur ses proxys. Nous chercherons ainsi à comprendre si l’Iran s’engage dans une spirale d’instabilité ou si, au contraire, il parvient à maintenir le contrôle de la situation.
[Lyna Ouandjeli] Donc la première question est, comment l’Iran a ajusté sa stratégie régionale après les événements du 7 octobre, notamment vis-à-vis de ses proxys et de ses relations avec les États du Golfe ?
[Bernard Hourcade] Je crois que le 7 octobre a marqué, pour l’ensemble des pays de la région, le déclenchement inattendu de bouleversements majeurs en Israël, en Syrie, en Iran et en Arabie saoudite. La question palestinienne, longtemps reléguée au second plan, a brutalement refait surface. L’Iran n’était pas directement impliqué dans cette initiative du Hamas, qui ne semblait pas prévue par Téhéran. Pourtant, cet événement a déclenché une dynamique dont l’issue reste incertaine. Dans ce processus, l’Iran joue un rôle central, notamment à travers le Hezbollah[2], l’un des succès de sa politique régionale. Cependant, cette influence qui a été durement éprouvée : militairement affaibli par l’affaire des bipeurs, qui a décimé son commandement, le Hezbollah a également subi la perte de Hassan Nasrallah (27 septembre 2024). De plus, l’effondrement rapide du régime syrien, principal allié de l’Iran depuis la guerre Iran-Irak (1980-1988), marque un tournant décisif. Ce qui se joue aujourd’hui pourrait être interprété comme la fin d’une ère : celle de la guerre Iran-Irak et de la stratégie iranienne des proxys. À l’époque, l’Iran, agressé par l’Irak et isolé diplomatiquement, avait cherché des alliés régionaux, notamment parmi les chiites du Sud-Liban, ce qui avait conduit à la création du Hezbollah. Aujourd’hui, l’évolution rapide de la situation remet en question cette politique, forçant Téhéran à redéfinir ses priorités stratégiques.
Cela remonte à 45 ans. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une nouvelle phase. L’Iran avait compris qu’il devait prendre ses distances avec ses proxys, qui, bien qu’étant des instruments d’influence et des forces militaires importantes, étaient devenus un fardeau. La priorité de Téhéran n’était plus d’étendre son influence régionale, mais de préserver l’État iranien lui-même, fragilisé par une crise économique sévère, les sanctions américaines et des années de mauvaise gestion interne. Dans cette optique, l’Iran envisageait un désengagement progressif du Hezbollah, des Houthis[3] et des milices affiliées. Toutefois, ce retrait devait être méthodique et maîtrisé. Or, le 7 octobre a bouleversé ces plans, accélérant brutalement le processus. L’Iran se retrouve ainsi dans une position délicate, donnant l’impression d’avoir été vaincu, bien que ce ne soit pas entièrement le cas. Il a néanmoins subi un revers stratégique majeur. Les Gardiens de la Révolution, autrefois fer de lance de la République islamique, ont été humiliés, contraints d’abandonner le Liban et la Syrie sans même livrer bataille. Or, une armée qui se retire sans combattre est perçue comme vaincue. Pourtant, l’Iran dispose encore d’autres leviers d’action, sur lesquels nous reviendrons.
[Lyna Ouandjeli] Mon collègue qui est stagiaire, Ishaan, vous posera la seconde question.
[Ishaan Louarn] Bonjour, Monsieur. La deuxième question est la suivante : dans quelle mesure la guerre à Gaza a-t-elle forcé l’Iran à reconsidérer son soutien aux groupes armés comme le Hamas et le Hezbollah ?
[Bernard Hourcade] La guerre de Gaza est un conflit d’une ampleur exceptionnelle. Jamais auparavant un État membre de l’Organisation des Nations Unies (ONU), comme Israël, n’avait attaqué un territoire extérieur à ce point, en le dévastant aussi systématiquement. Au-delà du nombre de victimes, ce qui frappe, c’est l’anéantissement total des infrastructures : réseaux d’eau et d’électricité, systèmes d’assainissement, cimetières, habitations […] c’est la destruction complète d’un territoire. Ce conflit a pris une nouvelle dimension, mais il a aussi placé l’Iran dans une position difficile. Téhéran a toujours soutenu la cause palestinienne dans le cadre de l’« axe de la résistance », mais il se retrouve aujourd’hui affaibli par l’effondrement simultané du Hezbollah et de la Syrie. L’Iran est donc en difficulté : s’il continue d’appuyer le Hamas, il doit aussi faire face à une défaite stratégique qu’il n’avait pas anticipée. Cette guerre accélère les dynamiques régionales, notamment en renforçant la puissance militaire et politique d’Israël, qui bénéficie d’un soutien sans faille des États-Unis. Pour l’Iran, cette confrontation directe avec Tel Aviv survient à un moment particulièrement défavorable. Téhéran espérait relancer le dialogue avec Washington et les Européens, notamment dans le cadre des négociations sur le nucléaire. Or, cette guerre compromet sérieusement cette stratégie, mettant l’Iran dans une situation encore plus précaire.
[Lyna Ouandjeli] En considérant à la fois le rôle central de l’Iran et ses vulnérabilités face au conflit opposant Israël et, dans une certaine mesure, l’Iran lui-même lorsqu’il tente de soutenir la cause palestinienne, pensez-vous que son implication croissante dans ce conflit israélo-palestinien a finalement renforcé ou affaibli sa position sur la scène régionale ?
[Bernard Hourcade] Ce qui est essentiel à noter, c’est qu’à partir de l’élection de Ebrahim Raïssi en 2021-2024, l’Iran avait décidé de prendre ses distances avec certains de ses proxys, devenus des obstacles à une possible ouverture internationale et à la levée des sanctions. Cependant, ce retrait a été précipité par les événements récents. L’Iran a fait le choix stratégique de se défendre seul et de recentrer ses priorités sur son territoire national, marquant ainsi une rupture avec l’Iran révolutionnaire qui cherchait autrefois à exporter la contestation dans la région. Aujourd’hui, la République islamique est menacée dans son existence même et adopte un repli sur ses valeurs sûres. L’attaque iranienne des 13 et 14 avril 2024[4] illustre ce tournant stratégique. Cette nuit-là, près de 400 engins – drones, missiles de croisière et missiles balistiques – ont été lancés depuis l’Iran en direction d’Israël, à 1 200 kilomètres de distance. Une grande partie de ces engins a été interceptée par une coalition regroupant les armées américaine, britannique, française, israélienne et jordanienne. Cet épisode a mis en lumière une mobilisation internationale face à l’action iranienne.
Loin de chercher à infliger des dégâts majeurs, l’Iran a voulu envoyer un message clair : il ne s’appuiera plus sur ses proxys, comme le Hezbollah, pour s’en prendre à Israël. Désormais, il privilégie ses propres capacités militaires pour défendre son territoire. La question du Hezbollah et de la Palestine ne relève pas uniquement de l’Iran, mais de l’ensemble des pays de la région. L’Iran refuse d’assumer seul le coût du conflit qu’Israël mène contre les Palestiniens. Ainsi, il prend ses distances vis-à-vis de la cause palestinienne, car sa priorité est avant tout la défense de son propre territoire national. Ce repositionnement marque un changement stratégique majeur. Dans cette dynamique, une conséquence directe se dessine : les Palestiniens pourraient en être les principaux perdants. L’Iran a clairement affirmé que la protection de son territoire et la sauvegarde de la République islamique priment désormais sur tout le reste. Si le Hezbollah et les Palestiniens demeurent intégrés à l’axe de la résistance contre Israël, ils ne constituent plus une priorité absolue. Dès lors, il est à craindre que cette perte de priorité se traduise par un affaiblissement du soutien iranien aux Palestiniens.
[Ishaan Louarn] Donc, avec toutes ces nouvelles dynamiques régionales, pensez-vous que l’Iran maîtrise-t-il encore l’évolution du croissant chiite ou est-il dépassé ?
[Bernard Hourcade] Il est dépassé. Lorsqu’on évoquait le croissant chiite[5], j’étais contre cette analyse qui reposait sur des explications religieuses. Depuis 1979[6], on a analysé tout le Moyen-Orient à travers le prisme du chiisme contre le sunnisme, tout étant expliqué par la religion, le martyr de l’imam Hossein[7]. La religion est bien sûr importante, mais réduire tout à la religion est une erreur. Ce n’est pas un axe chiite, même s’il existe, c’est avant tout l’axe iranien, un projet politique qui va de Téhéran à la Méditerranée, avec une opposition à l’Arabie saoudite et à Israël. En réalité, ce n’est pas un axe, mais un réseau iranien. L’Iran dispose d’un réseau, ce n’est pas une autoroute physique allant de Téhéran à Beyrouth. C’est bien plus complexe que cela. Le croissant chiite n’a jamais existé en tant que tel. Ce qui existait, c’était une politique iranienne, une influence régionale via des proxys. Cette logique tactique, militaire et politique a disparu avec la chute du Hezbollah et de la Syrie. Aujourd’hui, l’Iran se replie sur son territoire et cherche à défendre son régime et son territoire national depuis l’Iran. Il y a un recentrage total. Le nationalisme iranien a pris le pas sur la révolution iranienne. C’est un véritable tournant.
[Lyna Ouandjeli] Nous nous concentrons ici sur la relation entre l’Iran et l’Arabie saoudite. On constate que depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, l’Arabie saoudite a pris une place plus marquée dans la région, notamment en organisant des conférences. Une d’entre elles est prévue pour le 27 février, portant principalement sur la situation en Syrie, et une autre pourrait avoir lieu en juin, en coopération avec la France. Dans ce contexte, pensez-vous que le rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite, similaire à celui observé dans les années 70 avant la révolution iranienne, reste viable après les événements du 7 octobre et la chute du régime syrien ? Ce rapprochement pourrait-il être compromis par les tensions régionales qui en résultent ?
[Bernard Hourcade] Tout à fait. Je pense que dans les développements récents, le rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite représente une étape clé. Comme je l’évoquais tout à l’heure, l’Iran se recentre sur son territoire. Pour l’Iran, ce qui importe principalement, ce sont ses pays voisins. L’Iran partage des frontières avec 15 pays[8], la mer Caspienne étant un lac et le golfe Persique également un espace partagé. En d’autres termes, la priorité de l’Iran est la sécurité avec ses voisins. Bien sûr, la Palestine, Israël, et d’autres enjeux sont importants, mais la priorité reste là. Parmi ces voisins, ce n’est pas l’Afghanistan, l’Irak ni l’Azerbaïdjan, c’est bien l’Arabie saoudite, qui est l’autre grand pays de la région. Bien qu’il soit très différent de l’Iran pour mille raisons, comme vous l’avez mentionné tout à l’heure, en 1973[9], lors de la visite de Richard Nixon dans la région, il avait dit aux Shah d’Iran et aux rois d’Arabie : « Vous êtes les gendarmes du Golfe. » À l’époque, c’était pour protéger le pétrole américain, mais aujourd’hui ce n’est plus le pétrole américain, et pourtant, ils sont de nouveau les gendarmes du Golfe. Ce sont les deux grands pays encore capables de jouer un rôle, l’Irak ayant été dévasté par la guerre, la Syrie aussi, l’Égypte étant quelque peu à l’écart, et l’Afghanistan ayant pris un autre chemin. Ces deux pays, avec leurs qualités et leurs défauts différents, sont peut-être complémentaires. Pour l’Iran, avoir une stratégie de coopération avec l’Arabie saoudite, pas nécessairement d’amitié, mais au moins un bon voisinage, devient crucial pour la stabilité régionale. L’Iran et l’Arabie saoudite ont des visions et des moyens d’action distincts, l’Iran étant proche de la Chine et de la Russie, et l’Arabie saoudite avec les États-Unis. Il est possible de trouver des terrains d’entente. La guerre de Gaza a précipité les événements, tout comme l’élection de Trump, qui a aussi eu un impact. Mais pour l’Iran, aujourd’hui, la priorité stratégique n’est plus l’axe de la résistance contre Israël, mais bien de construire quelque chose de durable avec l’Arabie saoudite. Cette coopération pourrait permettre de reconstruire le Moyen-Orient, non sous l’égide d’Israël comme avec les accords d’Abraham, mais plutôt avec un Moyen-Orient dirigé et dynamisé par les deux grandes puissances de la région, l’Iran et l’Arabie saoudite, qui pourraient apporter leurs dynamiques spécifiques pour sortir la région de la crise actuelle.
[Ishaan Louarn] Vous avez commencé à évoquer, la question de Trump. Quel impact l’arrivée de Donald Trump au pouvoir va avoir sur la question du nucléaire iranien justement ?
[Bernard Hourcade] La guerre et l’axe de la résistance ont profondément changé. Loin d’avoir disparu, c’est désormais l’Arabie saoudite qui semble en reprendre le flambeau, comme le montrent les récentes conférences[10] sur la question. La résistance à Israël s’incarne aujourd’hui dans les pays arabes, tandis que la Turquie et l’Iran ne jouent plus un rôle central dans cet axe. Ce sont ces États arabes qui rejettent ouvertement les propositions de Trump sur la Palestine[11], reprenant ainsi la posture que l’Iran avait historiquement occupée. Paradoxalement, l’héritier de l’axe de la résistance n’est plus l’Iran, mais l’Arabie saoudite, alors même qu’elle n’avait jamais désiré ce rôle. La question palestinienne demeure une crise ingérable, vieille de plus de cinquante (soixante-dix) ans, qui n’apporte que des difficultés à ceux qui s’y impliquent, sans réel bénéfice politique ou stratégique. Pourtant, elle reste incontournable. Tant l’Iran que l’Arabie saoudite reconnaissent que, sans résolution durable de ce conflit, la région ne connaîtra jamais de stabilité. Jusqu’à présent, chaque tentative de règlement, depuis les accords d’Oslo[12], n’a tenu que quelques années avant de s’effondrer. Si une solution pérenne doit émerger, elle devra être plus solide et globale. L’Iran se retrouve face à un dilemme : il ne peut pas totalement abandonner la cause palestinienne, car cela reviendrait à céder un levier de puissance à l’Arabie saoudite, qui deviendrait ainsi un acteur incontournable dans la région. Or, l’Iran a longtemps cultivé son image de défenseur de Jérusalem, et perdre cet atout stratégique l’affaiblirait considérablement. Cette rivalité entre les deux puissances est bien réelle. C’est dans ce contexte que Trump a mis en place sa propre méthode, notamment à travers les accords d’Abraham[13], qui ont redéfini les alliances régionales.
En 2020, ces accords ont permis à Israël, jusque-là éloigné du Golfe, de rétablir des relations officielles avec les Émirats arabes unis et Bahreïn, tandis que l’Arabie saoudite a amorcé un rapprochement. L’Iran, de son côté, s’est retrouvé encerclé, renforçant ainsi son hostilité envers l’Arabie saoudite et intensifiant les conflits, notamment au Yémen. Cette intégration progressive d’Israël dans la dynamique du Golfe Persique a contribué à l’explosion du conflit du 7 octobre. La reconnaissance d’Israël par les États arabes était devenue une réalité politique, et le Hamas s’y est opposé avec violence. Il rejette catégoriquement toute normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël, tout comme l’éventualité d’un accord entre l’Iran et l’État hébreu. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’attaque du 7 octobre, conséquence tragique des accords d’Abraham. En cherchant à imposer une nouvelle donne au Moyen-Orient, Trump a en réalité déclenché cette guerre. Aujourd’hui, il revient sur le devant de la scène avec de nouvelles propositions, notamment en Ukraine, où il privilégie des solutions financières surprenantes. L’Iran, quant à lui, traverse une crise économique et politique majeure. Les mouvements de contestation, en particulier ceux des femmes après l’assassinat de Mahsa Amini, témoignent d’un malaise profond au sein de la société iranienne. La situation économique est désastreuse, et le gouvernement réformateur de Pezeshkian, bien que soutenu par le Guide, peine à stabiliser le pays. La question du nucléaire demeure en suspens, mais des négociations avec l’Europe sont en cours. Trump cherche à s’imposer comme l’homme de la situation en jouant les intermédiaires. Il négocie avec l’Arabie saoudite, qui devient l’intermédiaire clé entre l’Iran et les États-Unis. Une réalité difficile à accepter pour Téhéran, mais qui s’impose progressivement. En bouleversant les équilibres régionaux, Trump oblige l’Arabie saoudite à assumer un rôle central dans la gestion des crises du Moyen-Orient. Il lui impose la responsabilité de s’investir financièrement dans la reconstruction de Gaza et d’adopter une politique régionale constructive. Parallèlement, il met la pression sur l’Iran : soit celui-ci accepte un accord sur le nucléaire et limite son arsenal balistique, soit Washington renforce son soutien à Riyad. Ce jeu d’équilibre s’appuie sur la rivalité entre les deux puissances, aucune ne voulant voir l’autre triompher ni s’effondrer totalement. Mais une question se pose : Trump est-il réellement capable de mener une stratégie aussi sophistiquée ? Il a déjà déclenché une guerre et exacerbé les tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Une confrontation directe entre ces deux États semble improbable, mais l’évolution des rapports de force régionaux reste incertaine. L’inquiétude grandit face à l’escalade actuelle, notamment en Cisjordanie, où la destruction des camps palestiniens se poursuit dans des conditions inhumaines.
De plus, certaines sources, notamment le Washington Post, évoquent une possible attaque israélienne contre les sites nucléaires iraniens dans les mois à venir. Cette perspective suscite de nombreuses spéculations quant à la date exacte, mais l’essentiel n’est pas là : Israël cherche à frapper l’Iran comme il l’a fait avec la Syrie, affaiblissant au passage son armée nationale. Une telle attaque constituerait un cadeau de Trump à Israël, lui donnant une position dominante dans la région. Or, si cela se produit, l’Iran réagira inévitablement, entraînant une montée en puissance des factions les plus radicales du régime. Dans un pays de 92 millions d’habitants, dont beaucoup aspirent à une vie normale, une telle confrontation ne ferait que prolonger la crise intérieure et renforcer les extrémistes. La destruction des sites nucléaires iraniens plongerait le Moyen-Orient dans une guerre ouverte aux conséquences incalculables, avec des centaines de milliers de morts, dont les Iraniens seraient les premières victimes. Face à cette situation explosive, la véritable interrogation est de savoir si Trump aura le courage et la lucidité d’adopter une approche diplomatique. Acceptera-t-il d’inciter Israël et l’Arabie saoudite à négocier, tout en proposant à l’Iran une levée des sanctions en échange d’un compromis ? Ce scénario, bien que complexe, serait le seul permettant d’éviter un nouvel embrasement régional. Mais la personnalité de Trump, oscillant entre audace et imprévisibilité, ne laisse guère présager une issue positive. Son retour suscite de nombreuses inquiétudes, et l’avenir du Moyen-Orient demeure plus incertain que jamais.
Ce serait compliqué tout cela. Est-ce que Donald Trump, dans sa grande sagesse et sa folie, est capable de faire quelque chose ? Je me pose la question, mais je suis très inquiet.
[Lyna Ouandjeli] Comment percevez-vous l’impact des récents événements sur la géopolitique du Moyen-Orient, notamment après le discours de début février entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou à Washington, où il a été question du déplacement des populations palestiniennes vers la Jordanie et l’Égypte ? Dans ce contexte, comment analysez-vous la position de ces pays, pris entre leurs alliances avec les États-Unis et les dynamiques internes liées à leur opinion publique ? Par ailleurs, alors que l’Iran semble à la fois renforcer sa coopération militaire avec Moscou et envisager une négociation sur le nucléaire avec Washington, pensez-vous que ces développements influenceront ses relations avec les États-Unis ? Donald Trump serait-il enclin à une telle négociation ou adopterait-il une position plus rigide ? Quelle est votre analyse à ce sujet ?
[Bernard Hourcade] Donald Trump, en tenant des propos aussi excessifs sur la « French Riviera », Gaza, etc., a paradoxalement obligé les pays arabes à prendre conscience de la gravité de la situation et à reconnaître que leur posture traditionnelle n’était plus tenable. Le roi de Jordanie l’a récemment souligné : si Israël met en œuvre son projet à Gaza, la Jordanie et l’Égypte, pourtant alliés des Occidentaux, risquent de ne pas survivre à une révolte intérieure. Ce serait une perte majeure pour la stabilité régionale, et Trump l’a compris. La Russie, c’est pareil. L’Iran utilise habilement ses relations avec la Russie et la Chine pour envoyer un message clair aux États-Unis : s’ils ne prennent pas en compte ses intérêts, d’autres puissances sont prêtes à occuper l’espace laissé vacant. Pourtant, historiquement, la Russie a toujours été perçue comme un adversaire central par l’Iran. Dès le XVIIIe siècle, l’Empire russe a conquis les provinces du Caucase aux dépens de l’Iran, et l’Union soviétique a envahi le pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces événements ont nourri une profonde méfiance iranienne à l’égard de Moscou, une méfiance qui perdure encore aujourd’hui. Cependant, la géopolitique impose un pragmatisme : la Russie est une puissance voisine incontournable, et il est rationnel pour l’Iran de maintenir des relations avec elle. Un accord stratégique de 20 ans a été signé entre les deux pays, mais dans les faits, ce type d’accord reste essentiellement tactique. Il ne reflète pas une alliance profonde, mais sert plutôt à montrer qu’une alternative à l’influence américaine existe. L’objectif principal de l’Iran est avant tout la stabilité régionale : il cherche à entretenir des relations apaisées avec ses voisins et à se développer en tant que puissance régionale stable, après 45 ans sous un régime islamique. L’Iran est d’ailleurs le seul pays du Moyen-Orient à avoir expérimenté un régime islamiste aussi longtemps. Cette expérience lui permet d’en tirer à la fois les bénéfices et les limites. Sur le plan social, la société iranienne est l’une des plus avancées de la région. La place des femmes en est un exemple frappant : qu’elles portent ou non le voile, elles sont parmi les plus actives et socialisées du Moyen-Orient. Par ailleurs, le niveau d’instruction général en Iran est l’un des plus élevés de la région, grâce à un réseau universitaire dense et des avancées technologiques notables.
L’Iran fait partie des rares nations capables de placer des satellites en orbite, une prouesse technologique que seuls cinq pays au monde maîtrisent. Cela démontre que la société iranienne possède un potentiel considérable pour construire un avenir meilleur. Cependant, le pays se trouve dans une situation précaire, oscillant entre des perspectives positives et des risques de déstabilisation, particulièrement après le séisme géopolitique provoqué par le 7 octobre. L’incertitude est d’autant plus grande avec Donald Trump, dont les décisions restent imprévisibles. Aujourd’hui, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, est à Téhéran pour négocier avec les Iraniens et tenter de trouver des solutions dans un contexte où l’Ukraine et l’Iran jouent chacun leurs cartes dans une partie aux enjeux multiples. Le Moyen-Orient est en pleine recomposition : les alliances et les rapports de force sont en train d’être redéfinis, et il est difficile de savoir qui détient réellement l’avantage. L’Iran, de son côté, semble opter pour un repli stratégique. L’attaque du 13-14 avril avec ses missiles a confirmé son statut de puissance régionale, mais sans ambition expansionniste exacerbée. Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large où les cartes du Moyen-Orient sont redistribuées. L’Arabie saoudite, qui était autrefois marginale sur la scène internationale, est aujourd’hui un acteur clé, avec une vision politique affirmée et une société en pleine transformation. En revanche, d’autres pays restent profondément meurtris. L’Irak est un pays martyr, tout comme la Syrie, sans même parler de l’Afghanistan. Ce que l’on peut espérer, c’est que l’Iran ne connaisse pas le sort tragique de ces nations. Cette hypothèse semble toutefois peu probable, car l’Iran bénéficie d’une tradition d’unité nationale solide et d’une structure étatique bien ancrée. Contrairement à la Syrie ou à l’Irak, il n’est pas plongé dans une guerre civile, ce qui lui permet de conserver une relative stabilité, malgré les tensions régionales.
Il est donc impératif de repenser la situation. Nous nous trouvons à un moment similaire à celui de 1960, époque où la guerre d’Algérie prenait fin et où les indépendances coloniales marquaient la chute d’un ordre ancien. Après cela, la révolution islamique en Iran a permis à l’islam politique de se manifester, offrant ainsi au monde musulman un moyen d’expression unique. Cependant, cette phase est désormais révolue. L’islam politique, même s’il demeure un facteur géopolitique important, n’est plus la dynamique centrale, qu’il s’agisse de l’arc chiite, de l’arc sunnite, etc. Aujourd’hui, nous observons un Iran qui, par exemple, a clairement affiché son désir de se tenir à l’écart des grandes alliances internationales, préférant une certaine autonomie. Dans le même temps, les BRICS, des pays qui étaient auparavant colonisés ou sous-développés, cherchent à s’affirmer sur la scène mondiale, bien que la Chine et la Russie aient des ambitions distinctes. Nous entrons ainsi dans une nouvelle phase géopolitique, et il est crucial que le Moyen-Orient ne devienne pas un terrain de jeu dramatique et militaire pour cette recomposition globale. La crise palestinienne en est le cœur symbolique. Malheureusement pour les Palestiniens, leur situation dépasse largement leur propre peuple. Bien qu’ils soient un petit peuple, avec seulement 5 à 7 millions d’habitants, et que leur territoire soit modeste, la résolution de la question palestinienne reste la clé de la stabilité dans tout le Moyen-Orient. La question palestinienne est donc d’une importance capitale pour l’avenir de la région. Merci aux Palestiniens pour leur résilience, mais il leur faudra beaucoup de courage pour faire face aux défis qui les attendent.
[Lyna Ouandjeli] Ma dernière question porterait peut-être sur deux points que vous avez évoqués. La chute du régime de Bachar el-Assad, survenue le 8 décembre 2024, a véritablement surpris la communauté internationale, notamment l’Union européenne, les États-Unis, et même les voisins de la Syrie. Beaucoup doutent du gouvernement de transition d’Ahmed al-Charaa (HTC). Au préalable, on avait observé que la Syrie et l’Iran avaient connu des tensions, notamment sur le plan politique. L’Iran avait exigé de Bachar el-Assad qu’il protège la région du Golan, une tâche qu’il n’a pas pu accomplir, l’armée syrienne étant trop affaiblie. L’économie syrienne a souffert de manière significative, et il est apparu que la Syrie dépendait fortement de ressources comme le captagon pour subvenir aux besoins et payer aussi bien les militaires que les fonctionnaires. L’Iran a tenté de soutenir la Syrie à plusieurs reprises, mais celle-ci demeure lourdement endettée envers l’Iran. Dans ce contexte de recomposition du Moyen-Orient et de renouvellement stratégique de l’Iran, qui cherche désormais des solutions à long terme au lieu de s’appuyer uniquement sur son nationalisme, il est crucial de prendre en compte la nécessité de renégocier les relations avec les pays voisins. L’Iran ne se refermera pas complètement et continuera de jouer un rôle clé dans la région.
En suivant la logique actuelle d’Ahmed al-Charaa, qui cherche à inclure toutes les minorités – y compris les groupes armés kurdes et du sud – au sein de l’armée syrienne, pensez-vous qu’il y aurait un rapprochement entre la Syrie et l’Iran si on écartait la question religieuse, malgré les tensions entre sunnites et chiites ? Est-ce que la Syrie pourrait redevenir un allié solide pour l’Iran dans ce contexte de spéculations ? Par ailleurs, le Liban est également en quête d’un nouveau gouvernement, et Joseph Aoun a proposé une nouvelle équipe ministérielle. Il reste à voir comment cela va évoluer, notamment en raison de la nécessité de composer avec le Hezbollah, qui ne peut être ignoré dans la politique libanaise. La question est donc de savoir si la Syrie, le Liban et l’Irak, avec des élections prévues à la fin de l’année 2025, pourraient devenir des alliés stratégiques pour l’Iran. Pensez-vous que l’Iran pourrait réussir à établir de nouveaux liens solides avec ces régimes en cours de consolidation ?
[Bernard Hourcade] As I mentioned earlier, the Iran-Iraq war is now over. Iran, which sought to ally with Syria to confront Iraq and with Hezbollah to oppose the French, Americans, and Israelis who supported Saddam Hussein, has closed that chapter. Iran’s Mediterranean ambition and its alliance with Syria remain, of course, but the Lebanese state, just like the Syrian state, as well as the Lebanese (Shia and non-Shia) and Syrian populations, still carry a negative memory of that period. Iran appeared as a colonizer in Syria, initially as a protector, but it also profited from the situation while spending money. That era is now over. I believe that the government in Damascus, whether led by al-Charaa or another actor, will not want the Iranians to return as « good allies » or « close friends »; that relationship belongs to the past. Even during the last years of Bashar al-Assad’s rule, Iran and he disagreed on many issues. As a result, Iran is now looking to withdraw from Syria. Inside Iran, some political groups wanted to maintain a presence, citing the need to fight against Israel, but internal political divisions are very deep.
En conclusion, l’Iran se tourne maintenant vers le Golfe Persique, l’Arabie Saoudite, le Koweït, l’Irak, et ouvre des relations avec la Chine. L’Iran se considère comme un pays d’Asie du Sud-Ouest et non du Moyen-Orient, affirmant que le Proche-Orient relève d’une autre dynamique. L’aventure iranienne de 40 ans, marquée par son soutien à l’Hezbollah et à la Syrie, est, à mon avis, révolue. Il y aura des séquelles et des continuités, certes, mais les priorités ont radicalement changé. Ce qu’il faut comprendre aujourd’hui, c’est que l’Iran, dans le cadre de cette nouvelle stratégie, cherche avant tout à se protéger et à se développer. Mais il ne faut pas s’attendre à une amitié durable entre l’Iran, le Liban et la Syrie. Au mieux, l’Iran aura des relations de bon voisinage et tentera de récupérer son argent. Je pense que l’Iran a abandonné l’idée de récupérer les 30 ou 40 milliards de dettes qu’il a prêtés ou dépensés en Syrie et au Liban. C’est un chapitre clos, fait partie du passé. Tout comme Trump n’a pas réclamé l’argent des pertes liées au débarquement du 6 juin 1944 en France, l’Iran ne cherchera pas à récupérer cet argent perdu en Syrie. Cette page est définitivement tournée, et elle a été difficile à tourner.
[Lyna Ouandjeli] Merci beaucoup. Nous allons suivre de près l’évolution de la situation en Iran et observer comment cela se déroule, notamment avec ce retrait d’identité sur la scène internationale. Il sera intéressant de voir si l’Iran parviendra à surmonter certains de ses défis, tant économiques que sociaux, en particulier après les nombreuses manifestations et les violations des droits de certaines communautés, notamment les femmes. Cependant, il semble que l’Iran ait un potentiel certain pour l’avenir. Il semble avoir une prise de conscience de ses atouts et de son importance. Il est possible que l’Iran devienne plus ouvert, ce qui pourrait représenter un aspect positif dans ce Moyen-Orient en recomposition, où les dynamiques ont véritablement changé.
[Bernard Hourcade] Certainement, je pense qu’il y a des aspects positifs qui peuvent émerger. Il faut cependant prendre en compte les conséquences politiques internes à l’Iran suite à ce qui vient de se passer. L’Iran est profondément divisé, avec des forces politiques qui ont façonné la République islamique. Le Guide de la République islamique parvient pour l’instant à maintenir tout le monde sous contrôle, mais il s’agit d’un « panier de crabes » qui se fracture progressivement.
The question is whether, in this dramatic situation, Iran will implode or explode—it is uncertain. The regional and internal issues are important, and I don’t have an answer yet.
[Lyna Ouandjeli] Merci beaucoup pour votre temps.
Notes
[1] Editor’s note: Hamas, officially known as the Islamic Resistance Movement, originated from the Muslim Brotherhood and was founded during the First Intifada in 1987 as the group’s political branch. As a Palestinian nationalist and Islamist movement, Hamas does not recognize the State of Israel and has always aimed to reclaim militarily occupied Palestinian territories and establish a theocratic Palestinian state. Hamas is designated as a terrorist organization by several countries, including the United States, Canada, the European Union, and the United Kingdom, among others.
[2] Editor’s Note: Hezbollah (« Party of God ») is a Shiite Islamist political party supported by Iran and a paramilitary group in Lebanon. The movement was founded in June 1982 in response to the « Peace for Galilee » operation, during which Israel invaded Lebanon in an attempt to eradicate militants of the Palestine Liberation Organization (PLO) who had taken refuge there since the 1960s. Its emblematic leader, Hassan Nasrallah, led the militia from 1992 until his assassination in September 2024.
[3] Editor’s note: The creation of the Houthi movement, a group primarily composed of Zaydis (a minority associated with Shiism), dates back to the 1990s when religious leader Hussein al-Houthi led a rebellion against President Ali Abdullah Saleh, whom he accused of corruption. After several internal splits within the movement, the Houthi faction adopted the name of their leader and became radicalized in the early 2000s. The turning point was the U.S. invasion of Iraq. They are also known as « Ansar Allah. »
[4] Editor’s note : For more information on this topic, you can refer to the article from Le Monde., « L’Iran lance une « vaste attaque » de drones et de missiles contre Israël », Le Monde, 13 April 2024.
[5] Editor’s Note: The concept of the Shiite Crescent is based on the broad observation of a geographical continuity of Shiite presence (Northern India, Pakistan, Afghanistan, Iran, Iraq, Syria, Lebanon, Yemen, and Bahrain). It emerged in 2004 following a statement made by King Abdullah II of Jordan.
[6] Editor’s Note: The year 1979 refers to the Iranian Revolution, which took a religious turn under the leadership of Ayatollah Khomeini.
[7] Editor’s Note: Hossein was the son of Ali ibn Abi Talib, the fourth caliph of Islam and the first Shiite Imam. He was also the grandson of the Prophet Mohammed. He became the third Imam of Twelver Shiism. In 680, during the Battle of Karbala, he was killed by the forces of Umayyad Caliph Yazid I. Hossein refused to pledge allegiance to the caliph, whom he considered a tyrant. His martyrdom is commemorated each year during the month of Muharram, particularly on the day of Ashura.
[8] Editor’s note: Iran shares its borders with Armenia, Azerbaijan, Turkmenistan, Turkey, Iraq, Kuwait, Oman, Saudi Arabia, Bahrain, the United Arab Emirates, Qatar, Yemen, Syria, Afghanistan, and Pakistan. Here, Bernard Hourcade refers to both land and maritime borders, as well as mixed borders (such as using an allied country like Iraq for Syria, or Yemen with the Houthis).
[9] Editor’s Note: In 1973, under the presidency of Richard Nixon, relations between Iran and Saudi Arabia were characterized by strengthened strategic cooperation in the context of the Yom Kippur War and the oil crisis.
[10] Editor’s Note: On February 21, 2025, the Kingdom of Saudi Arabia convened Arab leaders to discuss their joint efforts to support the Palestinian cause and the situation in the Gaza Strip. Saudi Arabia hosted Russia and the United States in Riyadh on February 22, 2025, to formalize both the thaw in relations between the two countries and pave the way for dialogue on ending the war in Ukraine. The discussions also addressed the issue of Israel and Palestine.
[11] Editor’s Note: This refers to the speech given by U.S. President Donald Trump on February 4, 2025, regarding the construction of a « Middle East Riviera » in Gaza, the potential takeover of the area by Washington, and the forced displacement of Gazans to Jordan or Egypt.
[12] Editor’s Note: The Oslo Accords (September 13, 1993) began with secret discussions in Norway. By late summer 1993, initial drafts of an agreement leaked to the press. Israel agreed to a self-governing arrangement in the Gaza Strip and Jericho. On September 10, Israel recognized the Palestine Liberation Organization (PLO) as the « representative of the Palestinian people, » though without mentioning the establishment of a « Palestinian state. » The accords were signed on September 13 based on these terms. However, history shows that the agreements did not last long due to events in 1994, including the Cave of the Patriarchs massacre in Hebron, carried out by an Israeli Jew against Palestinians, Hamas’s retaliatory attacks targeting Israeli civilians, and the major turning point: the assassination of Yitzhak Rabin on November 4, 1995, by a far-right religious Israeli.
[13] Editor’s Note: The Abraham Accords (September 15, 2020) established the normalization of diplomatic relations between Israel and the United Arab Emirates, as well as Bahrain. Morocco and Sudan followed shortly after. Behind these agreements, the Trump administration aimed for Saudi Arabia to join these states and normalize its relations with Tel Aviv. However, this did not materialize, as the events of October 7, 2023, put the project on hold.



