[Vali Nasr]
Je suis Vali Nasr, professeur Majid Khaddouri d’affaires internationales et d’études moyen-orientales à la School of Advanced Studies (SAIS) de l’université John Hopkins à Washington, D.C. Mes recherches portent principalement sur la politique, les sociétés et les dynamiques du Moyen Orient.
[Lyna Ouandjeli]
Pour cadrer notre discussion, j’aimerais me concentrer sur le chiisme du XXIe siècle, notamment à la lumière des développements qui ont suivi les évènements du 7 octobre 2023 et de leurs implications pour l’Iran et l’ensemble de la région. Il est toutefois essentiel de ne pas limiter notre analyse à cette période récente. Les transformations que nous observons aujourd’hui constituent l’aboutissement de mutations et de tensions antérieures, qui se sont accumulées au cours des deux dernières décennies. Octobre 2023 n’a fait qu’accélérer certaines dynamiques sous-jacentes, notamment en Iran, où le régime semble de plus en plus fragile. En Irak, le processus électoral en cours met en évidence l’influence persistante que l’Iran exerce sur la sphère politique du pays depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003. Le chiisme, en tant que l’une des traditions religieuses dominantes en Irak, demeure central dans la définition de son identité politique et de son organisation sociale. Au Liban, le Hezbollah semble montrer des signes d’affaiblissement, tout en conservant ses armes et en refusant d’abandonner son rôle militaire.
En Syrie, le déclin de la domination alaouite a affaibli la structure de pouvoir sectaire qui garantissait autrefois une influence chiite significative au sein du régime. Au Yémen, les Houthis demeurent un acteur majeur, contrôlant une large partie du nord du pays malgré la poursuite du conflit et la complexité croissante de leur positionnement. Bien que le Pakistan et l’Afghanistan soient moins souvent abordés dans ce cadre, leurs populations et mouvements chiites, incluant des groupes affiliés du Hezbollah et diverses milices locales, contribuent à l’évolution régionale du chiisme dans son ensemble. Face à ces dynamiques multiples, il semble pertinent de reconsidérer la notion de « croissant chiite », autrefois utilisée pour décrire un arc cohérent d’influence alignée sur l’Iran à travers le Moyen-Orient. Aujourd’hui, ce concept apparait de plus en plus fragmenté, voire affaibli. Dans vos travaux, vous avez soutenu que l’invasion américaine de l’Irak en 2003 a déclenché un « réveil chiite » à l’échelle régionale. Près de vingt ans plus tard, comment évalueriez-vous la trajectoire de l’émancipation chiite en Irak, au Liban, au Yémen, au Pakistan et en Afghanistan ?
[Vali Nasr]
L’invasion américaine de l’Irak a eu deux effets majeurs. Premièrement, elle a ouvert la voie à une expression sociale et culturelle du chiisme dans le monde arabe. Autrement dit, les populations chiites, présentes de longue date au Liban, en Irak, au Yémen, dans toute la région du Golfe et en Syrie, existaient bien mais demeuraient largement invisibles. Elles étaient non seulement écartées du pouvoir, mais aussi privées d’expression politique, et il y avait peu de liens entre ces communautés. L’ouverture de l’Irak a tout changé. Sur les plans social et politique, il est devenu évident dans le monde arabe qu’il existait des Arabes sunnites et des Arabes chiites. Il ne s’agissait pas seulement de politique, mais aussi de culture. Ainsi, des millions de chiites venus de tout le monde arabe, mais aussi du Pakistan et de l’Afghanistan, ont commencé à se rendre à Najaf et à Karbala ou à participer chaque année à la commémoration de l’Arbaïn. L’Arbaïn est aujourd’hui devenu un événement culturel et religieux majeur, alors qu’elle avait été interdite pendant des décennies sous Saddam. La ville de Najaf et son autorité religieuse, sous la direction de l’ayatollah Sistani, ainsi que l’ensemble de la marjaiya irakienne, sont désormais visiblement connectées au Liban, à la Syrie, au Koweït, au Pakistan et à l’Iran. Sous la surface des dynamiques politiques régionales, un éveil culturel s’est produit : une prise de conscience croissante de l’existence d’un « monde chiite ». Cet éveil n’a pas disparu. À moins que les frontières ne se ferment au Moyen-Orient, cela persistera.
Par exemple, même si l’on évoque aujourd’hui l’affaiblissement du Hezbollah, cela ne change pas le fait que la pluralité – sinon la majorité – de la population libanaise est chiite. De même, depuis 2003, les communautés chiites d’Irak et du Golfe ont développé une conscience culturelle et religieuse renouvelée de leur identité. Cela est important, car il s’agit d’un indicateur politique difficile à mesurer ou à évaluer dans ses effets à long terme. La deuxième dimension était politique. L’Irak est devenu de facto le premier État arabe chiite, non pas en raison de sa population, qui a toujours été majoritairement chiite, mais parce que les chiites y ont accédé au pouvoir. Cela a suscité une réaction négative de la part des puissances sunnites dans la région. Le roi Abdallah de Jordanie a qualifié ce phénomène de « croissant chiite », non pas en termes neutres, mais comme un avertissement. L’Arabie saoudite a mis près d’une décennie avant de nommer un ambassadeur à Bagdad. Les radicaux sunnites affiliés au salafisme, à Al-Qaïda et plus tard à l’État islamique ont perçu cette montée en puissance chiite de manière profondément négative. Derrière cette réaction se cachait la crainte de ce que signifieraient un réveil chiite et une prise de pouvoir chiite pour l’influence de l’Iran. Politiquement, l’Arabie saoudite, le Jordanie, les salafistes et l’Égypte ont conclu que sous Saddam, l’Irak appartenait au camp sunnite – bien que sa population fût chiite – alors qu’il relevait désormais du camp iranien. Leur comportement et leurs réactions envers l’Irak n’ont fait que renforcer cette perception. Pendant un certain temps, le seul pays sur lequel l’Irak pouvait compter comme allié fut l’Iran, le reste du monde arabe lui étant hostile. L’Irak n’était pas traité comme un membre à part entière du monde arabe, ce qui se reflétait dans la manière dont ses dirigeants étaient reçus et perçus. Ce tournant a marqué une transformation géopolitique : ce que les États-Unis ont produit en Irak, ce n’est ni la démocratie ni les idéaux qu’ils proclamaient, mais la création d’un axe chiite reliant la Syrie, le Liban, l’Irak et l’Iran.
La Syrie, bien sûr, était gouvernée par un régime alaouite laïque, non explicitement chiite, mais allié de l’Iran. C’est également dans ce cadre que s’insérait le Hamas. Cette dynamique a bénéficié à l’Iran et contribué à sa perception croissante comme une puissance ascendante et menaçante aux yeux des États arabes. Cette perception s’est particulièrement renforcée après 2014, avec la guerre en Syrie. Beaucoup considéraient que la chute d’Assad ne se traduirait pas simplement par une transition démocratique, mais par un renforcement des sunnites et une défaite majeure pour l’Iran. Pour cette raison, de nombreuses puissances sunnites de la région ont soutenu le soulèvement contre Assad. Lorsque celui-ci a échoué, l’intervention iranienne en Syrie est devenue essentielle pour défendre ce « croissant » et préserver les acquis obtenus avec la prise de pouvoir chiite en Irak. En 2014, l’Iran s’est engagé dans le conflit syrien en partant du principe que le défi adressé à Assad visait en réalité Téhéran : il ne s’agissait pas d’aider le peuple syrien ni de renverser un régime brutal, mais d’affaiblir l’Iran, de vaincre le Hezbollah et de briser ledit « croissant ». L’Iran a donc réagi en conséquence et prévalu en fin de compte. Entre 2014 et 2023, ce qui avait commencé en 2003 s’est consolidé. Depuis, trois évolutions majeures ont eu lieu. La première, en particulier après le 7 octobre et de la guerre à Gaza, est la transformation du concept de « croissant chiite » en « axe de résistance » sous la houlette de l’Iran et du Hezbollah. Le cadre d’analyse s’est déplacé du sectarisme vers la notion de résistance (muqawama). La participation du Hamas, qui est un mouvement sunnite, et des Palestiniens à cet ensemble ont fondamentalement transformé la configuration. Ce changement se manifeste dans le langage utilisé par Israël, par l’Iran et par le Hezbollah. Dans les discours de l’ayatollah Khamenei et de Hassan Nasrallah, on ne trouve presque aucune référence à l’islam, au jihad ou au chiisme pendant la guerre, mais uniquement à la muqawama, qui est une construction d’avantage anti-impérialiste. En ce sens, le « croissant chiite » est devenu synonyme de résistance. Cette transformation a accru sa popularité au sein du monde arabe sunnite du monde arabe. Alors que la guerre en Syrie pour défendre Assad avait engendré une profonde amertume des sunnites envers les chiites, cette perception a évolué. Si ce changement n’est pas encore pleinement visible sur le plan politique, il l’est déjà au niveau social : le « croissant chiite » n’est plus perçu comme une menace, mais comme l’expression d’un sentiment plus large dans le monde arabe : celui de la résistance au nom des Palestiniens. Cette évolution est majeure, et ses implications demeurent encore incertaines.
La deuxième évolution majeure a été le rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite. La dimension géopolitique apparue en 2003, l’émancipation chiite et la résistance sunnite à celle-ci, s’est conjuguée à une rivalité entre grandes puissances, opposant l’Iran et l’Arabie saoudite. Les deux camps ont agi, volontairement ou non, selon une logique confessionnelle. Les Iraniens n’ont pas explicitement présenté leurs actions en termes chiites, mais leur comportement a largement été perçu comme l’expression d’une puissance chiite. Inversement, l’Arabie saoudite a cherché à rallier le monde sunnite contre ce qu’elle percevait comme un expansionnisme iranien, qualifiant les Houthis de « chiites soutenus par l’Iran » afin de souligner la dimension confessionnelle du conflit et d’inciter le monde musulman à s’aligner sur Riyad. Dans le discours de l’État islamique et des mouvements salafistes, l’hostilité envers les chiites était explicite. Les actions de l’État islamique en Syrie et en Irak, notamment les décapitations de chiites, ont intensifié la polarisation confessionnelle et conduit à l’émergence du Hashd al-Shaabi (les Forces de mobilisation populaire) en Irak. Ainsi, le sectarisme était indissociable de la rivalité irano-saoudienne. Vers 2022, après les attaques iraniennes contre les installations pétrolières saoudiennes, Riyad, suivant l’exemple des Émirats arabes unis, a décidé qu’un conflit ouvert avec l’Iran n’était pas dans son intérêt. Il nuisait à la réalisation de la Vision 2030, et l’Arabie saoudite ne pouvait pas dépendre indéfiniment du soutien militaire américain. Les deux pays ont alors cherché à désamorcer les tensions. Après plusieurs séries de pourparlers en Irak et grâce à la médiation de la Chine, ils ont normalisé leurs relations. Cette normalisation a signalé une volonté d’instaurer au moins une paix froide, et idéalement une coexistence. Sans devenir alliés, l’Iran et l’Arabie saoudite ont cherché la détente et la réduction des tensions. Cela a eu pour effet de décourager les politiques confessionnelles des deux côtés et d’atténuer la polarisation au sein des populations régionales. Pour l’Iran, ce tournant a également été bénéfique. Durant ses succès militaires en Syrie, la région avait commencé à percevoir une polarisation entre une « alliance israélo–arabe sunnite » et un « croissant chiite ». Ce cadre d’interprétation a été repris par le discours occidental, qui a envisagé le Moyen-Orient à travers le prisme de divisions confessionnelles entre l’Iran et l’Arabie saoudite, Israël se rangeant contre le bloc chiite.
Aujourd’hui, ce tableau est moins tranché. L’Arabie saoudite ne considère plus une alliance avec Israël contre l’Iran chiite comme nécessaire. Elle cherche plutôt à équilibrer ses relations avec les deux camps : à promouvoir une détente et une désescalade entre sunnites et chiites tout en maintenant un dialogue avec d’autres acteurs régionaux. Cette désescalade a contribué à réduire les tensions, notamment au Yémen, où un cessez-le-feu entre les Houthis et les Saoudiens a ouvert la voie à un règlement politique. Elle a également profité à l’Irak, qui avait facilité les pourparlers de Bagdad. La troisième grande dynamique réside dans les événements survenus depuis le 7 octobre, qui ont profondément bouleversé la géopolitique moyen-orientale. Au-delà du récit immédiat de l’attaque du Hamas et de la riposte militaire israélienne, le déroulement de la guerre a eu plusieurs implications. Pour les États arabes sunnites, il a créé un dilemme, en particulier pour l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie. L’idée ancienne selon laquelle l’Iran et les chiites représentaient la principale menace n’est plus aussi convaincante. À mesure que l’Iran s’est affaibli, les inquiétudes liées à Israël se sont accrues. Si l’on demandait aujourd’hui au roi Abdallah de Jordanie quelle est sa plus grande préoccupation, ce ne serait probablement plus le croissant chiite, mais l’avenir de la Cisjordanie, de Gaza et les dynamiques changeantes du conflit israélo-arabe. Il en va de même pour l’Égypte. Ces priorités révisées expliquent l’intensification récente des interactions diplomatiques avec l’Iran : les visites du ministre iranien des Affaires étrangères à Amman et au Caire, et ses rencontres avec le roi Abdallah et le président Sissi.
En somme, la guerre de Gaza a profondément reconfiguré l’importance relative des rivalités confessionnelles. Pour les puissances chiites et sunnites, qu’il s’agisse de l’Iran, de l’Arabie saoudite ou d’autres États arabes, le principal problème n’est plus « l’autre camp », mais bien les actions d’Israël et leurs répercussions régionales plus larges. Si Israël représente un défi différent pour chaque pays, il a désormais remplacé les tensions confessionnelles comme question centrale. Au cours de la première phase du conflit, la force relative de « l’Axe de la Résistance » a pu susciter des inquiétudes parmi les États arabes. Cependant, à mesure que la guerre s’est prolongée, le Hezbollah et l’Iran se sont tous deux affaiblis, réduisant ainsi la perception de menace. Ce développement a, paradoxalement, ouvert la voie à une coopération accrue entre chiites et sunnites. On peut même affirmer que l’Arabie saoudite a désormais intérêt à ce que l’Iran ne s’effondre pas : un Iran affaibli mais stable constitue un contrepoids à la domination israélienne. L’approche actuelle des États du Golfe envers l’Iran diffère profondément de celle de 2015. Ils ne recherchent plus la confrontation. Les Émirats arabes unis ont même remis à Téhéran une lettre invitant l’Iran à participer à des discussions sur le nucléaire, un changement remarquable. L’Iran demeure une puissance chiite, exerçant une influence en Irak, entretenant des liens avec le Hezbollah et impliqué au Yémen, mais l’attitude des États du Golfe à son égard a complètement évolué. Aujourd’hui, la question la plus déterminante au Moyen-Orient n’est plus le sectarisme, mais bien le conflit israélo-palestinien et la confrontation israélo-iranienne. Les dynamiques essentielles se concentrent désormais au Levant plutôt qu’en Irak. Un autre facteur important est la chute d’Assad et l’ascension d’Ahmad al-Sharra. Bien qu’il ait modéré son image , taillant sa barbe, portant un costume et adoptant une posture plus pragmatique, il incarne toujours, aux yeux de nombreux chiites et de l’Iran, la résurgence des courants sunnites radicaux. Son parcours est enraciné dans les réseaux d’Al-Qaïda, de Daech et du salafisme. Même s’il s’est transformé, nombre de ses milices demeurent loin d’être modérées sur le plan confessionnel. C’est pourquoi le Hezbollah refuse de se désarmer, non seulement en raison d’Israël, mais aussi des craintes suscitées par Ahmad al-Sharra, d’autant plus qu’Israël entretient désormais un dialogue diplomatique avec lui. Son ascension ravive les mêmes peurs que celles éprouvées par les chiites en 2014 face à la possible dislocation du « croissant ». Même s’il se présente comme modéré, sa montée en puissance pose la question de ce que signifierait un retour à une domination sunnite en Syrie pour l’ensemble de la région. Les Irakiens redoutent qu’un Damas dirigé par des sunnites n’encourage les sunnites d’Irak à réclamer de nouveaux arrangements de partage du pouvoir. De même, les sunnites du Liban pourraient adopter un comportement différent dans ce nouveau contexte.
Bien que Ahmad al-Sharra ne contrôle pas encore l’ensemble du territoire syrien, son ascension inquiète les minorités, notamment les Druzes et les Alaouites, qui redoutent des persécutions. Les Druzes sont même allés jusqu’à solliciter la protection d’Israël, estimant que les sunnites affiliés au mouvement d’al-Sharra les considèrent comme des hérétiques – une inquiétude partagée par les Alaouites. Les récents massacres à Lattaquié, souvent présentés comme des actes de vengeance, sont en réalité d’ordre confessionnel, rappelant la violence post-2003 en Irak, où la logique de représailles collectives s’est muée en conflit sectaire. Ainsi, bien qu’Ahmad al-Sharra projette une image de modération, son ascension a rouvert des plaies confessionnelles au Levant qui pourraient s’étendre jusqu’au Golfe. Il bénéficie du soutien de la Turquie, de l’Arabie saoudite et peut-être des Émirats arabes unis -toutes puissances sunnites – mais la situation est bien plus complexe qu’en 2003. Ces mêmes puissances entretiennent désormais des relations avec l’Iran et cherchent à éviter une déstabilisation régionale, tout en appuyant la résurgence sunnite en Syrie. L’équilibre des forces en Syrie demeure incertain : le gouvernement de Damas est affaibli ; la Turquie contrôle de fait le nord, d’Alep à la frontière turque ; et Israël a étendu son influence, limitant la capacité militaire syrienne et se positionnant en protecteur des minorités, notamment les Druzes, et, potentiellement, à l’avenir, des Alaouites ou des Kurdes. On ignore encore à quel point le contrôle sunnite arabe sous Ahmad al-Sharra s’affermira. Son ascension, même si elle n’est pas explicitement qualifiée de telle dans le discours occidental, constitue un phénomène confessionnel aux implications majeures pour le Liban et l’Irak. L’évolution de cette dynamique sera décisive. En définitive, la question la plus importante demeure celle de l’avenir de l’Iran, de la force que conservera l’État iranien dans sa confrontation avec Israël, et de l’étendue de son influence persistante au Liban et en Irak.
[Lyna Ouandjeli]
Je comprends parfaitement et partage votre point de vue sur la manière dont le « réveil chiite » s’est désormais transformé en une « résistance chiite ». Comme vous l’avez souligné, le registre du discours a évolué. Auparavant, en 1979, lors de la Révolution islamique, le discours portait davantage sur la recherche d’une légitimation islamique des actions chiites et des réponses sunnites. L’Arabie saoudite et l’Iran instrumentalisèrent l’islam pour justifier certaines politiques, en s’appuyant notamment sur l’idéologie du Velayat al-Faqih, entre autres. Nous avons également observé comment cette rivalité a eu des répercussions dans les pays voisins. Au Liban, par exemple, avec les allers-retours de Hariri, le processus politique était largement contrôlé par l’Arabie saoudite. En Irak, après 2003, la guerre mobilisait également une terminologie chiite pour justifier le martyre, la protection ou la revanche face aux exactions commises par les milices sunnites du sud à l’encontre des chiites. Aujourd’hui, le discours met de plus en plus l’accent sur le nationalisme. En Arabie saoudite, on observe une focalisation sur la défense des intérêts nationaux ; les Émirats reflètent la même orientation ; le Qatar agit de plus en plus comme médiateur, au même titre que le sultanat d’Oman. Quant à l’Iran, il semble désormais plus centré sur ses affaires intérieures que sur la projection de son influence extérieure, notamment après ses confrontations avec Israël.
Compte tenu de la période de détente entre l’Arabie saoudite et l’Iran, on peut également s’attendre à un certain refroidissement des relations dans les pays qui étaient auparavant sous influence iranienne. Vous avez mentionné, par exemple, les Houthis au Yémen. Le conflit entre l’Arabie saoudite et les Houthis trouve en effet ses racines dans des différends frontaliers anciens, remontant au traité de 1934, que les Yéménites ont toujours contestés. Les Houthis ont d’ailleurs utilisé ce différend comme justification pour combattre l’Arabie saoudite en 2015. Le conflit n’était donc pas seulement religieux, mais aussi historique. C’est pourquoi il est important de souligner que le sectarisme s’est quelque peu atténué depuis le 7 octobre. Toutefois, il est encore parfois invoqué pour justifier certaines actions, bien que de manière moins marquée qu’auparavant. Ainsi, en Irak, où je me suis rendue récemment pour étudier la situation, après l’attaque israélienne contre l’Iran et la riposte iranienne, Mokhtar al-Sadra a déclaré : « Nous condamnons, ou du moins, nous ne combattrons pas aux côtés de l’Iran pour défendre cela. » L’Iran a interprété cette position comme une trahison, car il s’attendait à une solidarité chiite en défense de la communauté chiite. Il subsiste donc un certain discours confessionnel, mais son usage est bien moins systématique qu’autrefois.
[Vali Nasr]
Je suis d’accord avec vous, à ceci près que je dirais que le sectarisme, au niveau politique, n’a jamais vraiment eu pour moteur la religion. Le conflit entre les Saoudiens et les Houthis a toujours été politique. Les Saoudiens ont jugé opportun, pour des raisons séculières, de présenter les Houthis comme des chiites soutenus par l’Iran, car cela leur permettait d’obtenir un appui international.
[Lyna Ouandjeli]
Oui, c’était aussi pour Mohammed ben Salmane un moyen d’affirmer son rôle de leader du monde musulman : « Je suis là, je ne vous laisserai pas tomber, musulmans sunnites. » C’est aussi pour cette raison que le zaydisme est considéré comme chiite et donc protégé par l’Iran, qui a accepté les Houthis comme une branche du chiisme.
[Vali Nasr]
Cependant, le lien religieux entre l’Iran et les Houthis est très faible. Lorsque nous disons que l’Iran et l’Arabie saoudite ont instrumentalisé le sectarisme, il s’agissait avant tout d’un outil de pouvoir, utilisé l’un contre l’autre. À l’échelle sociétale, il s’agit principalement d’identité, de la question : « qui suis-je ? ». Au Liban, par exemple, même les chiites laïcs nés à Beyrouth, qui fréquentent les boîtes de nuit, restent considérés comme chiites. C’est comparable au judaïsme en Europe : on peut ne pas pratiquer, mais historiquement, ce sont les non-juifs qui définissent qui est juif. Lorsque j’étais en Irak, on me disait souvent que ces questions étaient exagérées. Beaucoup d’Irakiens m’expliquaient que sous Saddam, un chiite ne pouvait réussir que s’il dissimulait son identité, en se comportant comme un sunnite, en évitant Najaf, en cachant sa foi. Dans cette région, particulièrement dans le monde arabe, il existe un niveau d’identité partagée : tout le monde est arabe, parle arabe et se définit comme tel. Mais juste en dessous, les identités communautaires et confessionnelles demeurent cruciales. Les maronites, les sunnites du Liban, les alaouites et les druzes sont tous arabes, mais cette identité n’a de sens qu’à l’extérieur. À l’intérieur, tout se réduit vite à une question de répartition : qui obtient quoi dans le pays. La politique consiste, en fin de compte, en une distribution de ressources et de pouvoir. Les individus ne sont pas toujours traités comme des citoyens égaux, pour diverses raisons, et l’identité communautaire demeure déterminante, indépendamment de la pratique religieuse.
En Arabie saoudite, cette question se pose de manière moins aiguë. Mohammed ben Salmane a davantage intégré les chiites que ne l’avaient fait ses prédécesseurs, qui restaient contraints par l’orthodoxie wahhabite. Mais tant que l’identité continuera à avoir un poids, tant que les individus ne seront pas traités comme en Allemagne, où le fait d’être bavarois ou protestant ne conditionne pas l’inclusion politique, cette question restera politique. Même avant la Révolution iranienne, à partir des années 1960, l’islamisme avait commencé à prendre de l’importance dans le monde musulman. La pratique religieuse est devenue plus centrale, et l’adhésion à l’islamisme définissait le comportement légitime et l’appartenance à la communauté. Des figures comme Sayyid Qutb, Hassan al-Banna, Maulana Maududi – et plus tard Ben Laden ou al-Baghdadi – ont établi des distinctions sur ce qu’est un « bon musulman » et ce qui ne l’est pas, y compris au sein du sunnisme. Sayyid Qutb, par exemple, a théorisé le takfir, un concept selon lequel seule une fraction restreinte de la confrérie musulmane était légitime, tandis que les autres pouvaient être considérées comme des cibles du jihad. Même les sunnites pouvaient ainsi être jugés illégitimes. L’islamisme, sans être explicitement sectaire, a donc produit des effets sectaires. Depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui, il a transformé le monde musulman en un espace moins tolérant, même par rapport au XIXᵉ siècle, lorsque les distinctions au sein du sunnisme restaient plus souples.
[Lyna Ouandjeli]
C’est également vrai pour l’Afghanistan et le Pakistan. Par exemple, en Afghanistan, que je connais un peu mieux que le Pakistan, depuis 2021, les talibans ont émis de nombreuses fatwas et décrets définissant ce que doit être un « bon musulman ». Ils ont aussi persécuté les Hazaras, majoritairement chiites. Les talibans suivent une branche sunnite de l’islam, associée à une idéologie spécifique. Ils se sont appuyés sur ces fatwas pour discriminer les femmes, en réglementant leur comportement selon leur propre interprétation de l’islam.
[Vali Nasr]
Vous avez raison. Si l’on observe le Pakistan et l’Inde il y a une génération, tout le monde savait qui était chiite et qui était sunnite. Le Pakistan est particulièrement intéressant, car c’est le deuxième pays chiite du monde en proportion, avec environ 20 à 25 % de chiites sur une population d’environ 120 millions, soit davantage que la plupart des pays arabes réunis. À l’origine, les chiites et les sunnites vivaient selon leurs pratiques religieuses respectives, par exemple lors des commémorations de l’Achoura.
Mais, au fil du temps, notamment dans les années 1970, 1980 et 1990, le Pakistan est devenu de plus en plus islamiste. Des groupes sunnites radicaux ont émergé, et le sectarisme s’est accentué. L’islamisme, qui ne se présente pas comme sunnite, impose une interprétation étroite de l’islam, et les chiites ont aussitôt été considérés comme hérétiques. Le sectarisme s’est diffusé, consciemment ou non, à mesure que l’islamisme s’étendait dans le monde musulman. On en trouve même des exemples en Malaisie, où le fait d’être chiite a été criminalisé, alors même que les chiites y sont quasi inexistants. Ces transformations s’inscrivent dans le prolongement de mutations plus larges intervenues dans le monde musulman depuis les années 1960 et 1970, notamment la Révolution iranienne. Khomeiny avait tenté de parler au nom de l’ensemble du monde musulman, mais il n’a pas été accepté dans la sphère sunnite. Les islamistes sunnites, comme les membres des Frères musulmans, ne pouvaient reconnaître les chiites comme des musulmans légitimes ni admettre Khomeiny comme dirigeant islamique légitime. Aujourd’hui, l’attrait de l’islamisme décline. Même le Hamas n’emploie plus de rhétorique islamiste. Depuis le 7 octobre, son langage repose sur la muqawama, la résistance, plutôt que sur le jihad islamique. Cela marque un glissement d’un discours fondé sur la loi islamique et le sectarisme vers une rhétorique nationaliste et axée sur la résistance, un changement majeur pour la dynamique entre chiites et sunnites
[Lyna Ouandjeli]
Pour revenir à notre discussion, j’aimerais poser une autre question en lien avec votre remarque sur la volonté de Khomeini de se positionner comme le chef du monde musulman, à la manière d’un pape. Dans The Shia Revival, vous décrivez la Marja‘iyya comme une source centrale de légitimité et d’autorité au sein du chiisme. Cela renvoie au concept de Velayat al-Faqih, qui instaure une forme de papauté religieuse. Compte tenu du paysage religieux et politique fragmenté d’aujourd’hui, cette analogie demeure-t-elle pertinente ? Peut-on encore l’appliquer à la situation actuelle ?
[Vali Nasr]
Le contexte actuel est très différent. Même en Iran, depuis l’attaque israélienne, le gouvernement adopte un discours davantage nationaliste. Le Guide suprême ne se présente plus, comme le faisait Khomeini, en tant que leader du monde islamique. Cependant, la période durant laquelle le sectarisme a dominé la région, grosso modo des années 1970 au milieu des années 2010, reste historiquement significative. Elle ne peut être effacée et constitue le socle de la phase suivante, dans un nouveau contexte. Les acteurs eux-mêmes évoluent. Mohammed ben Salmane, par exemple, se distancie du wahhabisme, ouvrant ainsi un espace pour un dialogue plus ouvert avec les chiites d’Arabie saoudite et des pays voisins, comme l’Irak et le Koweït. En Iran, l’islamisme a également reculé. Bien que le pays demeure formellement une République islamique, son discours met de plus en plus l’accent sur la sécurité nationale et les intérêts stratégiques. Les relations de l’Iran avec le Hezbollah et l’Irak sont désormais principalement stratégiques, centrées sur l’affrontement avec Israël, plutôt que motivées par des objectifs strictement religieux. Même lorsque le chiisme est invoqué, c’est au service des intérêts stratégiques iraniens. Dans le même temps, les divisions entre chiites et sunnites reposent sur de véritables rapports de force. Les sunnites ont autrefois détenu le pouvoir en Irak ; aujourd’hui, ce sont les chiites. La constitution irakienne elle-même institutionnalise un partage du pouvoir fondé sur les appartenances confessionnelles. Des dynamiques similaires existent au Liban. Les arrangements politiques en vigueur au Liban, en Syrie et en Irak continueront à façonner l’avenir ; ainsi, même si le contexte a évolué depuis les années 2000, les dynamiques confessionnelles du passé demeurent pertinentes.
[Lyna Ouandjeli]
En ce qui concerne l’avenir, nous avons vu le parlement irakien institutionnaliser le Hashd al-Shaabi au sein de l’armée. Cela a suscité des inquiétudes aux États-Unis et en Occident, qui y voient une extension de l’influence iranienne. Le Hashd al-Shaabi est l’une des milices les plus puissantes d’Irak, disposant d’un budget important, et dont une grande partie de l’armement provient de l’Iran. Les inquiétudes occidentales concernent principalement l’influence iranienne, mais sur le plan interne, la question est de savoir si l’État irakien peut réellement contrôler le Hashd al-Shaabi, ou si c’est la milice qui contrôle l’État. Cela renvoie aussi à l’autonomisation politique des chiites en Irak, indépendamment de l’Iran.
[Vali Nasr]
En effet, le Hashd al-Shaabi comme le Hezbollah ont été des instruments de l’Iran, mais les communautés locales en Irak et au Liban les mobilisent aussi pour leurs propres intérêts. Le Hashd al-Shaabi a été créé à la suite d’une fatwa de l’ayatollah Sistani, qui n’est pas ouvertement sectaire. Après la montée en puissance de Daech, lorsque l’armée irakienne s’est révélée incapable de défendre les chiites à Bagdad, Nadjaf et Kerbala, le Hashd al-Shaabi a vu le jour. Cette milice est devenue problématique, une sorte de « monstre de Frankenstein » : corrompue et difficile à contrôler. Beaucoup de chiites irakiens et de responsables gouvernementaux s’opposent à ses agissements. Cependant, l’ayatollah Sistani ne prononce pas de fatwa pour la dissoudre, car le Hashd al-Shaabi, avec l’aide du général Soleimani, a vaincu Daech et sécurisé des zones à majorité sunnite. Le démanteler risquerait de provoquer une résurgence de Daech.
La même logique s’applique au Liban. Au-delà de l’agenda iranien, l’enjeu est la protection des chiites. Le Hezbollah défend le sud du Liban face à Israël. Or, Israël occupe des territoires chiites, non maronites ou sunnites. Le désarmement du Hezbollah peut paraître souhaitable en théorie, mais l’histoire montre que les armées conventionnelles, comme celle de l’Irak en 2014, ont échoué à assurer la sécurité. Les populations libanaises et irakiennes peuvent se méfier du Hashd al-Shaabi et du Hezbollah pour des raisons de gouvernance et de corruption, mais, pour leur protection face à des menaces existentielles, ces milices demeurent essentielles. De même, la question de savoir si l’armée libanaise est capable de défendre le pays contre Israël, ou d’affronter Ahmad al-Sharra et le HTS en Syrie, reste sans réponse. L’ascension d’Ahmad al-Sharra modifie l’équilibre régional et a des implications directes pour le Hezbollah et le Hashd al-Shaabi. Les observateurs occidentaux négligent souvent la nécessité de disposer de forces de sécurité efficaces et sensibles aux équilibres confessionnels. L’expérience irakienne de 2014 a pourtant montré les conséquences d’un tel manquement.
[Lyna Ouandjeli]
Oui, c’est quelque chose que j’ai fréquemment observé : de nombreux chercheurs ont tendance à blâmer l’Iran dès que l’on évoque les milices. Cependant, si l’on prend en compte le contexte historique et les raisons de leur création, la motivation est souvent davantage nationaliste. Leur mission principale était de protéger leurs propres communautés, que le gouvernement central avait échoué à sécuriser. Présenter le discours comme entièrement anti-iranien occulte donc les véritables raisons de l’émergence de ces milices. Elles ont été créées pour défendre des populations vulnérables, comme en 2006, lors de l’ascension de Daech et d’Al-Qaïda en Irak, quand Daech a rapidement pris le contrôle de larges zones du pays.
[Vali Nasr]
Exactement. À leurs yeux, Daech est en réalité revenu au pouvoir en Syrie. Autrement dit, il adopte une image extérieure plus acceptable, mais la menace demeure. La crédibilité actuelle d’Ahmad al-Sharra auprès des États sunnites arabes et des observateurs occidentaux est plus élevée que parmi les chiites de la région, ce qui constitue une dynamique fascinante.
[Lyna Ouandjeli]
J’ai remarqué cela au cours de mes échanges avec des Irakiens. Beaucoup ne savaient pas comment interpréter Ahmad al-Sharra, dont l’ascension rappelle la période où Daech a pris de l’ampleur en Irak en 2006, alors que le reste du monde fermait largement les yeux. Les chiites étaient alors ciblés comme kuffar (infidèles), et les milices sont apparues comme un moyen nécessaire de protection pour leurs communautés. Ma prochaine question porte sur vos travaux concernant le désengagement des États-Unis du Moyen-Orient. Nous constatons que les États-Unis ne sont pas aussi impliqués qu’ils le prétendent, privilégiant souvent le soutien à Israël par rapport aux autres acteurs régionaux. Pensez-vous que cet « engagement du désengagement » aura des effets durables, notamment dans les pays souvent qualifiés de sous influence iranienne ?
[Vali Nasr]
Je ne suis pas convaincu que les États-Unis soient véritablement dans une phase d’« engagement actif ». Le désengagement n’a jamais signifié une absence totale des Américains dans la région ; il traduit plutôt une réticence à s’impliquer dans de nouveaux conflits. Les Saoudiens en ont pris conscience en 2022, lorsque l’Iran a attaqué leurs installations pétrolières : les États-Unis ont bien fourni des armes, mais ils ont refusé d’intervenir directement. Cette prise de conscience a profondément modifié les calculs stratégiques saoudiens à l’égard de l’Iran. Même aujourd’hui, durant le conflit à Gaza, la leçon tirée par les acteurs régionaux semble claire : bien que les États-Unis soutiennent Israël, ils ne sont pas disposés à combattre au nom des États arabes. Dans le cas du conflit israélien, les États-Unis ont mené quelques frappes limitées, puis ont immédiatement appelé à un cessez-le-feu.
Historiquement, il y a eu une période où Washington considérait les conflits du Moyen-Orient comme vitaux. Par exemple, lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït, le secrétaire à la Défense Dick Cheney a convaincu le roi Fahd d’inviter les troupes américaines, sans quoi l’Arabie saoudite n’aurait pas pris part à la guerre. Ce degré d’intervention automatique appartient désormais au passé. Aujourd’hui, les États-Unis ne jugent plus qu’aucune question régionale ne justifie d’entrer dans une guerre à grande échelle. Même Israël a pris conscience des limites de la volonté américaine d’agir militairement. L’implication plus large est que les pays du Moyen-Orient, en particulier les plus petits qui comptaient sur la protection américaine, doivent repenser leurs stratégies de sécurité. Ils ne peuvent plus partir du principe que les États-Unis interviendront pour les défendre. Les États-Unis disposent bien de bases et de troupes dans la région, mais il reste incertain qu’elles soient réellement mobilisées, plutôt que de demeurer symboliques.
Par conséquent, des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar ou le Koweït cherchent à diversifier leurs options. Ils poursuivent une normalisation avec l’Iran, approfondissent les Accords d’Abraham avec Israël et renforcent leurs relations avec la Turquie, autant de signes d’une approche plus sophistiquée et plurielle de la sécurité régionale. Ce tournant est devenu nécessaire précisément parce que l’engagement américain au Moyen-Orient n’est plus garanti.
[Lyna Ouandjeli]
En tout cas, c’était un véritable plaisir d’échanger avec vous. Merci beaucoup.



