Introduction
L’histoire du Rojava et de l’Administration autonome démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) constitue l’un des phénomènes les plus remarquables issus de la guerre civile syrienne. Acteur non étatique à base kurde, ce mouvement s’est développé à partir de ses fondements nationalistes, avant de prendre le contrôle de plus d’un tiers du territoire syrien et d’une part importante de ses ressources naturelles [1]. Ces régions étaient administrées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), les forces armées de l’AANES, idéologiquement étroitement liées, du moins en théorie, au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) [2]. Toutefois, après la chute du régime d’Assad en décembre 2024, la direction des FDS a signé un accord prévoyant leur intégration à l’État syrien. S’en sont suivis onze mois de négociations infructueuses, les deux parties ne parvenant pas à s’accorder sur les modalités de cette intégration, notamment en raison de leurs divergences concernant le degré d’autonomie politique et militaire dont disposeraient les FDS et l’AANES au sein du nouvel État syrien [3][4]. Après plusieurs mois de négociations infructueuses, le gouvernement intérimaire syrien a toutefois lancé, en janvier, une offensive militaire dans les zones tenues par les Kurdes à Alep et à l’est de l’Euphrate. Les combats se sont poursuivis jusqu’à la signature, le 30 janvier, d’un accord de cessez-le-feu, suivi d’un accord d’intégration entre les deux parties, dont les conditions étaient plus contraignantes que ce que les Kurdes et la direction des FDS avaient pu anticiper [5][6].
Cet accord a marqué le début de l’intégration des FDS à l’État syrien, ainsi qu’une réduction des capacités politiques et institutionnelles précédemment développées sous l’administration autonome. Deux changements ont été particulièrement importants : premièrement, la reconnaissance du kurde comme langue officielle d’enseignement, avec une limitation à trois heures par semaine ; deuxièmement, l’intégration des forces des FDS et d’Asayîş au sein des ministères de la Défense et de l’Intérieur. Ces deux mesures ont suscité des tensions au sein de la population kurde. Ce sont précisément ces deux questions qui ont donné lieu à des manifestations kurdes à Kobanê, Dirbêsiyê et Qamishlo au cours des dernières semaines [7]. Alors que l’environnement politique des Kurdes de Syrie a connu une transformation radicale en quelques mois seulement et que leur mécontentement s’est manifesté à grande échelle, plusieurs questions se posent : dans quelle mesure l’offensive de janvier et les conditions de l’accord d’intégration du 30 janvier peuvent-elles être comprises comme un cas de privation relative progressive, susceptible d’expliquer la récente vague de manifestations à Kobanê, Dirbêsiyê et Qamishlo ?
Pourquoi la limitation de l’enseignement en kurde à trois heures par semaine, alors que cette langue est reconnue comme une « langue officielle d’enseignement », ainsi que les préoccupations liées à la sécurité, sont-elles devenues les principaux vecteurs symboliques d’un mécontentement plus large concernant l’autonomie politique et militaire après l’accord du 30 janvier, plutôt que les pertes territoriales elles-mêmes ?
Comprendre la frustration
L’AANES a effectivement perdu ses territoires, mais la population du Rojava semble être restée fortement mobilisée sur le plan politique, comme en témoignent les récentes vagues de manifestations [8]. Pour examiner ce phénomène, nous devons nous tourner vers les travaux des universitaires américains Ted Robert Gurr et James C. Davies, ainsi que vers le concept de privation relative progressive. Dans son ouvrage Why Men Rebel (1970), Gurr examine l’action collective et les circonstances qui la déclenchent et peuvent conduire à une frustration collective ou à la violence politique [9]. Il soutient que l’action collective émerge d’une dynamique caractérisée par des attentes élevées et des résultats faibles. Autrement dit, elle résulte d’un écart important entre ce que les individus estiment être en droit d’obtenir et ce qu’ils sont effectivement en mesure d’obtenir. Gurr désigne ces deux dimensions par les notions d’attentes de valeur (value expectations) et de capacités de valeur (value capabilities).
Dans ce cadre, Gurr distingue trois formes de privation : la privation déclinante, la privation aspirationnelle et la privation progressive. Cet article s’appuie sur la troisième, car elle permet le mieux d’expliquer et de décrire le contexte historique du Rojava. Historiquement, les Kurdes de Syrie ont été confrontés à une marginalisation systématique, notamment à l’apatridie pour une grande partie d’entre eux, aux politiques d’arabisation et aux restrictions de l’usage de la langue kurde sous le régime baasiste. Après la guerre civile et plusieurs années d’autonomie politique, un renversement brutal s’est produit à la suite d’une augmentation durable des capacités, plutôt qu’à la suite d’un déclin progressif ou d’une simple hausse des attentes, comme c’est le cas dans les formes de privation déclinante et aspirationnelle. En outre, la théorie de la courbe en J de Davies nous aide également à comprendre les événements actuels [10].
Comme indiqué précédemment, une population connaît une privation progressive lorsqu’elle fait l’expérience d’une augmentation successive de ses capacités et de ses attentes — les premières entraînant généralement les secondes —, avant que ses capacités ne diminuent brutalement. Gurr s’appuie ici sur la théorie de la courbe en J de Davies, qui met en évidence des situations similaires caractérisées par une dégradation soudaine et brutale des conditions matérielles ou des capacités politiques [11]. Lorsque cette situation se produit, les individus ne reviennent pas psychologiquement à leur niveau de référence antérieur : leur perception de ce qui est légitime et de ce à quoi ils peuvent prétendre a changé. Le sentiment de privation dépend des points de référence mobilisés : ce que nous avions auparavant, ce que nous aurions pu avoir ou ce que possèdent les autres.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le cas du Rojava. Bien qu’il ait historiquement été la région kurde la moins active politiquement parmi les quatre États dans lesquels vivent les Kurdes, le début de la guerre civile a entraîné une expérience exceptionnelle d’autogouvernement de facto, accompagnée d’une augmentation des capacités. De fait, la réalité politique ainsi instaurée a directement influencé les conditions matérielles et la vie sociale de la population kurde. Celle-ci a connu un degré de liberté culturelle, économique et politique sans précédent dans cette région. Cette situation, rendue possible par la guerre civile, a fait naître des attentes élevées quant à la possibilité que cette réalité se maintienne, au moins dans une certaine mesure, durant la période syrienne post-Assad.
De l’auto-gouvernement au 30 janvier
Pour comprendre cette frustration, nous pouvons tenter de déterminer ce que la population espérait voir advenir en Syrie après la chute d’Assad, ainsi que les raisons pour lesquelles elle avait initialement pris part à cette guerre. Pour répondre à cette seconde question, nous nous appuyons sur les réponses des combattants eux-mêmes. Amy Austin Holmes a mené une enquête auprès de 389 soldats du rang, leur demandant : « Pourquoi avez-vous rejoint les FDS ? » Les réponses invoquaient très majoritairement la volonté de protéger leur peuple et leur patrie, autrement dit, d’assurer leur sécurité [12]. Il convient de noter que, dans une autre enquête menée auprès de 400 membres des FDS, elle a constaté qu’environ 96 % d’entre eux souhaitaient rester au sein de la Syrie et ne revendiquaient pas la sécession [13]. Quant à leurs attentes concernant la Syrie post-Assad, Ilham Ahmed, coprésidente du département des relations extérieures de l’AANES, les a exprimées en ces termes : « En contrepartie de la guerre menée contre les terroristes de l’EI, le droit minimal est l’inscription des droits des Kurdes dans la Constitution syrienne » [14]. Cette revendication figurait également parmi les principaux sujets abordés lors de la Conférence de l’unité kurde.
Ces attentes, que nous pouvons qualifier d’attentes de valeur (value expectations), selon la terminologie de Gurr, correspondent également à certaines des principales réalisations concrètes des révolutions du Rojava : la sécurité assurée par les forces d’Asayîş, les droits culturels garantis par un programme d’enseignement en kurde et la représentation politique à travers les partis existants, notamment le PYD, auxquels s’ajoutaient d’autres acquis, tels que les droits des femmes. Cette réalité a perduré pendant plus de quatorze ans. La « courbe en J », selon l’expression de Davies, s’est manifestée en janvier 2026, lorsque le gouvernement intérimaire a lancé une offensive, d’abord dans le quartier kurde d’Alep, puis à l’est de l’Euphrate. Celle-ci a pris fin avec l’accord du 30 janvier. Les FDS ont été intégrées à l’armée syrienne sous la forme de brigades et l’AANES a été, du moins officiellement, dissoute [15]. Au-delà des dispositions formellement convenues, plusieurs aspects de l’accord demeurent incertains. Le sort des YPJ, par exemple, n’a pas encore été tranché. De nombreuses spéculations entourent les modalités de leur intégration et la place qu’elles occuperont au sein des forces de sécurité. La plupart des informations disponibles indiquent qu’elles pourraient être placées sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, en tant qu’unité spéciale de lutte contre le terrorisme. Le degré d’autonomie qui leur sera accordé reste toutefois indéterminé.
Il en va de même pour l’autonomie administrative des régions kurdes. Un gouverneur kurde a été nommé à la tête du gouvernorat d’Al-Hasaka, mais aucun mécanisme administratif spécifique n’a, à ce jour, été proposé pour cette région majoritairement kurde. Il s’agit notamment de déterminer comment garantir aux Kurdes la poursuite de leur autogouvernement après le départ du gouverneur actuellement en fonction. Si certaines premières étapes de l’intégration prévue ont été réalisées, notamment l’intégration des forces des FDS à l’armée syrienne, aucune annonce officielle n’a été faite concernant les YPJ. D’autres aspects restent en suspens : l’intégration de la majorité des institutions civiles n’a pas encore été mise en œuvre et aucun accord formel n’a été conclu sur des questions telles que l’enseignement supérieur et la reconnaissance des diplômes délivrés par les universités de l’AANES.
Malgré le flou entourant l’accord de janvier et les nombreuses questions encore irrésolues, celui-ci a déjà eu des conséquences directes sur les conditions matérielles et le vécu psychologique de la population kurde. On peut raisonnablement supposer que, même si les Kurdes de Syrie ont subi plusieurs générations d’oppression systématique, ils en sont venus à nourrir des attentes plus élevées à l’égard de l’ère post-Assad, après avoir connu leur niveau d’autonomie et de mobilisation le plus important. Les pertes ont certes commencé par des pertes territoriales, mais elles ne s’y sont pas limitées. En quelques mois seulement, les capacités du mouvement dirigé par les Kurdes se sont considérablement réduites. Ce recul rapide et brutal s’est heurté à des attentes qui demeuraient élevées, alors même que la population s’était mobilisée pour préserver les acquis obtenus. L’écart est particulièrement frappant entre un enseignement intégral en kurde pendant quatorze ans et les trois heures hebdomadaires désormais proposées, ou encore entre un dispositif complet d’Asayîş et une simple « unité spéciale de lutte contre le terrorisme ». Cette contradiction entre des attentes toujours élevées et des capacités en forte contraction permet de mieux comprendre l’ampleur de la frustration collective.
Au cours des dernières semaines et des derniers mois, d’importantes manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes kurdes, notamment à Kobanê, Dirbêsiyê et Qamishlo. Des étudiants, des enseignants et des agents du secteur public y ont participé. Pour nombre d’entre eux, les changements récents dans les domaines de l’éducation et de la vie publique étaient susceptibles de bouleverser profondément leur quotidien. Les manifestants brandissaient des pancartes portant des slogans tels que « Ez kurdim, zimanê me Kurdî ye » (« Je suis kurde, notre langue est le kurde »), « Zimanê me hebuna me ye » (« Notre langue est notre existence ») et « Zimanê me nasnameya me ye » (« Notre langue est notre identité ») [16]. Au-delà de ces manifestations, des mobilisations organisées par les étudiants ont eu lieu en septembre 2026. Des centaines d’entre eux ont boycotté les cours à Al-Hasaka et à Kobanê au début de l’année scolaire. Des sit-in, des marches et d’autres boycotts se sont poursuivis tout au long du mois à Qamishlo, Dirbêsiyê, Derik, Amuda, Tel Tamr et Girkê Legê. Dans son suivi des événements, le Washington Kurdish Institute a décrit l’enseignement en langue kurde comme « le différend le plus visible entre la société kurde et Damas » au cours de ce mois [17][18].
Les revendications en matière de sécurité ont suscité des réactions similaires. Le meurtre de Sipan Hizni, un ancien combattant kurde des FDS, peu après son intégration à l’armée syrienne, a déclenché des manifestations dans plusieurs zones à majorité kurde, réclamant que les responsables rendent des comptes. Une répression sécuritaire visant ensuite les manifestants à Kobanê a été suivie d’un incendie dans une prison, qui a coûté la vie à au moins neuf détenus [19]. À l’inverse, dès février 2026, dans les semaines ayant suivi la perte de territoires contrôlés par l’AANES, une importante manifestation organisée à Qamishlo, conduite par les mères de combattants des FDS tombés au combat, s’était concentrée sur la reconnaissance constitutionnelle et les droits linguistiques plutôt que sur des revendications territoriales [20]. Cette asymétrie tend à conforter notre argumentation, sans toutefois suffire à la démontrer de manière définitive. Gurr distingue les « valeurs de bien-être » (welfare values) des « valeurs interpersonnelles » (interpersonal values) et des « valeurs de sécurité » (security values). La première catégorie demeure relativement abstraite. Bien que l’AANES ait perdu la majeure partie de son territoire lors des affrontements de janvier, avant d’être officiellement dissoute par la suite, cette évolution n’a pas suscité une frustration aussi intense que les incertitudes concernant le statut des forces d’Asayîş et l’avenir de la langue kurde. Ces deux derniers éléments touchent directement au statut collectif d’une population, à sa cohésion sociale et à la continuité de son identité, ce qu’exprime précisément le slogan : « Notre langue est notre identité ».
Selon Gurr, l’intensité de la privation relative varie en fonction de l’importance accordée aux valeurs concernées. L’éducation et les forces de sécurité sont des réalités auxquelles les individus sont confrontés quotidiennement : elles structurent la vie familiale, l’école et le travail. Les champs pétroliers et les frontières, en revanche, ne sont pas vécus de la même manière au quotidien. L’écart entre les attentes et la réalité est donc perçu comme plus aigu lorsqu’il menace directement les conditions concrètes de l’existence collective, plutôt que lorsqu’il concerne une représentation territoriale plus abstraite. Cette analyse permet peut-être de répondre à notre question initiale : « Pourquoi les restrictions imposées à la langue kurde et les préoccupations liées à la sécurité ont-elles suscité une frustration plus intense que les pertes territoriales ? »
Conclusion et perspectives
Nous avons observé les effets manifestes qu’un changement rapide des capacités politiques et de la réalité institutionnelle peut avoir sur la psychologie de la population kurde du Rojava. Plus d’une décennie d’auto-gouvernement et de liberté culturelle a fait naître l’espoir que la reconnaissance constitutionnelle des droits des Kurdes constituerait le minimum attendu de la transition post-Assad, comme l’a exprimé Ilham Ahmed. La contraction brutale de ces capacités, réduites à trois heures d’enseignement en langue kurde par semaine et à une « unité spéciale de lutte contre le terrorisme » placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, sans mécanisme d’autonomie administrative spécifique au-delà de la nomination d’un gouverneur à Al-Hasakah, a laissé les attentes intactes tout en privant la population de ce qu’elle estimait avoir acquis au terme de plusieurs années de conflit. Pour reprendre la terminologie de Gurr, la privation est particulièrement intense lorsqu’elle touche aux valeurs de sécurité et aux valeurs interpersonnelles, c’est-à-dire au statut, au sentiment d’appartenance collective et à la cohérence identitaire. D’où la portée du slogan : « Zimanê me nasnameya me ye » (« Notre langue est notre identité »).
Cette grille de lecture permet d’expliquer à la fois le moment où les manifestations ont éclaté à Kobané, Dirbêsiyê et Qamishlo, et les raisons pour lesquelles la langue et la sécurité sont devenues leurs principaux vecteurs symboliques, plutôt que les pertes territoriales. Alors que les mobilisations populaires se poursuivent — principalement au sein de camps affiliés aux FDS et au PYD —, la réponse apportée à ces manifestations et à cette frustration collective dépendra largement de la volonté de Damas de répondre favorablement aux revendications exprimées. À ce jour, aucun calendrier précis n’a été établi pour la rédaction d’une nouvelle Constitution. Un décret présidentiel d’al-Charaa a garanti certains droits culturels et linguistiques à la communauté kurde, bien que leur portée demeure limitée. Si ces droits sont effectivement institutionnalisés dans la nouvelle Constitution et si les Kurdes sont reconnus comme des participants à part entière au processus de construction nationale, cela pourrait contribuer à apaiser les griefs actuels de la communauté kurde.
En revanche, si Damas adopte une ligne dure à l’égard des manifestants, en restreignant davantage l’autonomie kurde et les droits culturels, il est plausible que la frustration s’intensifie brutalement et débouche potentiellement sur des violences politiques, à condition que la population kurde demeure fortement mobilisée. Il convient toutefois de souligner les limites de cette analyse. Celle-ci repose sur des sources secondaires concernant les manifestations ainsi que sur les déclarations officielles des dirigeants de la DAANES, des FDS et du PYD, plutôt que sur des entretiens avec les manifestants, les étudiants et les membres des Asayîş eux-mêmes. En outre, l’opacité entourant plusieurs dispositions de l’accord conclu entre les deux parties rend difficile toute conclusion ou prévision précise. Enfin, l’approche de Damas pourrait se situer entre ces deux scénarios extrêmes : une autonomie institutionnelle limitée, accompagnée d’un certain degré de liberté culturelle et linguistique.
Notes
[1] « SDF controls about 40% of Syrian territory: Official », Rudaw, 7 December 2024.
[2] International Crisis Group, « الصعود الهش للحزب الديمقراطي الكردي PYD », 8 May 2014.
[3] « Syria’s interim president signs deal with Kurdish-led SDF to merge forces », Reuters, 10 March 2025.
[4] « SDF hands over detained Syrian government fighters as rival sides edge towards integration », The National, 21 October 2025.
[5] « Syria to launch military operation against SDF in Aleppo », Al Jazeera, 7 January 2026.
[6] « What the New Agreement Means for Kurds in Syria and Beyond », JINSA, 30 January 2026.
[7] « Demonstrations across Rojava demand mother-tongue education », ANF News, 6 September 2026.
[8] « Kobane protesters urge Damascus to reverse limits on Kurdish-medium education », Rudaw, 2 September 2026.
[9] Ted Robert Gurr, Why Men Rebel, Princeton, Princeton University Press, 1970, p.24.
[10] James C. Davies, « Toward a Theory of Revolution », American Sociological Review, 1962, pp. 5-19.
[11] Ted Robert Gurr, Why Men Rebel, Princeton, Princeton University Press, 1970, pp.52-56.
[12] Amy Austin Holmes, Statelet of Survivors: The Making of a Semi-Autonomous Region in Northeast Syria, New York, Oxford University Press, 2024, p. 114.
[13] Amy Austin Holmes, Statelet of Survivors: The Making of a Semi-Autonomous Region in Northeast Syria, New York, Oxford University Press, 2024, p. 3.
[14] « Kurdish Rights Constitutional Guarantee ‘Minimum Requirement’: Ilham Ahmed », BasNews, 2026.
[15] Syrian Arab News Agency, « Terms of the Ceasefire and Integration Agreement between Syria and SDF », 18 January 2026; Syrian Arab News Agency, « Comprehensive agreement between Syrian government and SDF for full integration », 30 January 2026.
[16] Syrian Observatory for Human Rights, « No life without language: Student protests intensify in Al-Hasakah and Kobani as schools face closures after Kurdish curriculum cuts », 6 September 2026; Mezopotamya News Agency, « Protests for Kurdish language education held in two cities », 2 September 2026.
[17] The Syrian Observer, « Hundreds of Kurdish Students Boycott Classes to Protest Cuts to Kurdish-Language Education », 8 September 2026.
[18] Washington Kurdish Institute, « Kurdistan Digest | September 2026 », 28 September 2026.
[19] Rudaw, « At least three killed in Kobane violence amid protests over Kurdish soldier’s killing », 12 September 2026.
[20] Rudaw, « Thousands march in Qamishli demanding Kurdish rights in Syria’s constitution », 11 February 2026.


